Des joueurs disent non à l’obsolescence programmée des jeux vidéo
Imaginez : vous achetez un exemplaire physique d'un jeu vidéo, puis, 10 ans plus tard, il est complètement inutilisable, même en mode solo. C’est ce qui est arrivé à nombre de joueurs et de joueuses avec The Crew, un jeu de course automobile lancé en 2014 et dont le serveur a été débranché par Ubisoft l’an dernier. Le cas du débranchement de The Crew, premier opus de la série de jeux du même nom, a été la goutte qui a fait déborder le vase pour Ross Scott, un youtubeur activiste et figure de la scène vidéoludique. En avril 2024, il a décidé de passer à l’action en lançant une pétition en ligne nommée Plus d’un an après son lancement, la pétition cumule quelque 1,3 million de signatures, dénonçant cette Dany Guay-Bélanger est aussi candidat au doctorat en histoire et préservation des jeux vidéo à l'Université de Montréal. Photo : Gracieuseté Ce n’est pas tout : dans ses conditions d’utilisation, Ubisoft exhorte les joueurs et les joueuses à « The Crew » est une série de jeux vidéo de course automobile dont le premier opus, aujourd'hui injouable, a été lancé en 2014. Photo : Ubisoft Radio-Canada a contacté Ubisoft, qui a indiqué qu’aucun commentaire ne serait formulé à ce sujet. Un porte-parole a ensuite envoyé une publication X (ex-Twitter) d’Ubisoft, publiée quelques minutes plus tard, déclarant que sa licence d’utilisation a été rédigée il y a Nous révisons cette clause dans le cadre de nos efforts continus pour nous assurer que nos politiques reflètent les attentes des joueurs et la nature évolutive de notre industrie. Afin de préserver le jeu et de pouvoir continuer à y jouer, certaines personnes appellent l'entreprise à tolérer l'utilisation de serveurs privés pour l'héberger. Cela enfreindrait toutefois les conditions d’utilisation d’Ubisoft, notamment en ce qui concerne la tricherie et le piratage. Ce que je vois avec ça, c’est exactement ce que la pétition dit : de l’obsolescence programmée. On empêche les gens de jouer à de vieux jeux. On vient contrôler l’histoire. Il y voit également un discours contradictoire : celui d’avoir, d’un côté, une industrie qui vend la liberté dans ses jeux, à incarner des superhéros avec des superpouvoirs, et de l’autre, une industrie qui limite ce qu’on peut faire dans ses jeux. Ubisoft n’est qu’un exemple parmi d’autres, comme le stipule la pétition. Cette manière de faire des studios est Pour l’instant, les joueurs n’ont pas la propriété des jeux. Ils n’ont qu’une licence d’exploitation. Pour changer les choses, il faut modifier la loi. Et pour avoir une chance d’arriver à la modifier, en Europe, la pétition est une Thomas Burelli, professeur au département de droit civil de l'Université d’Ottawa Photo : Thomas Burelli Si la Commission européenne légifère, pourrait-on voir des répercussions au Canada? Difficile à dire pour le moment. Le mouvement a aussi eu son volet canadien. Un Ontarien de Guelph a présenté une pétition semblable, signée par 8816 personnes, en octobre 2024 à la Chambre des communes du Canada. François-Philippe Champagne, alors ministre de l'Innovation, des Sciences et de l'Industrie, a répondu qu'il s'agissait d'une compétence provinciale. Pour ce qui est de permettre les serveurs privés, La propriété intellectuelle, tu dois la protéger. Il y a un risque que tu perdes tes droits si tu ne la protèges pas. [On n’a qu’à penser à] des marques comme Frigidaire [...] ou Kleenex qui sont devenues du langage courant. Il se range néanmoins du côté de la communauté qui réclament à ce qu’au minimum, le mode solo d’un jeu demeure accessible hors ligne, ce qu’Ubisoft n’a pas offert pour les adeptes de The Crew. Les adeptes de jeux vidéo devront s’armer de patience avant que la pétition fasse boule de neige jusqu’à mener à une éventuelle loi, puisqu’une foule d’autres étapes sont à prévoir dans la prochaine année du côté des instances européennes. Toutefois, si tout se passe comme prévu, Stop Killing Games
ou, en français, Arrêtez de tuer des jeux
.forme d’obsolescence programmée
et appelant des instances gouvernementales européennes à légiférer pour la freiner.
C’est choquant
, dit Dany Guay-Bélanger, historien du jeu vidéo. Pour lui, débrancher le serveur d’un jeu vidéo et le rendre inutilisable, c’est l’équivalent d’un garagiste qui enverrait à la ferraille une voiture dont une seule pièce, nécessaire à son fonctionnement, n'est plus offerte sur le marché.immédiatement désinstaller le [jeu] et détruire toutes les copies de celui-ci qui se trouvent en [leur] possession
. Le géant français du jeu vidéo l’exige pour l’ensemble des productions pour lesquelles il cesse d’assurer l’assistance.
plus de 10 ans
et qu’elle vise à préciser qu’à l’expiration d’une licence, l’utilisateur n’a plus le droit d’accéder au produit ou de l’utiliser
.Nous comprenons que la formulation de cette clause peut sembler anormalement forte ou en décalage avec la façon dont les joueurs vivent et apprécient leurs jeux
, ajoute l’entreprise, qui compte de nombreuses antennes au Canada.Encore là, si je prends l’exemple d’une voiture des années 1950, sur laquelle tout tombe à terre, et que je la remonte, Ford ne me demanderait pas ce que je suis en train de faire. C’est une aberration
, lance l’historien.L’industrie vend un rêve, et vient dire après que c’est leur rêve, et qu’il faut le vivre comme eux veulent bien que tu le vives
, s’insurge-t-il.Un nombre croissant de jeux vidéo sont vendus effectivement comme des biens, sans date d'expiration indiquée, mais conçus pour être complètement injouables dès que le support de l'éditeur cesse.
Tout à fait légal
aberrante
, selon l’historien, mais ceux-ci agissent dans leurs droits, rappelle Thomas Burelli, professeur au Département de droit civil de l'Université d’Ottawa.belle manière
de procéder, suggère le juriste. D’après lui, avec ses près de 1,3 million de signatures, Stop Killing Games
remplit les conditions pour déposer sa pétition et être entendu en Commission européenne.On va avoir des réponses [...] mais ça ne veut pas dire automatiquement qu’il va y avoir une loi là-dessus
, précise Thomas Burelli, spécialiste en droit du jeu vidéo.
La réglementation du jeu vidéo, ça se passe par territoire, par État
, souligne le juriste. Toutefois, certains studios vont généraliser certaines pratiques à d’autres pays. Il se pourrait, ainsi, qu’une éventuelle réforme de la loi en Europe ait des effets en Amérique du Nord.ça se complique
, dit-il. Ubisoft pourrait perdre le contrôle sur la diffusion et l’utilisation de [ses] produits
, explique-t-il. Le studio n’aurait plus accès aux données de ses joueurs et joueuses, aussi.Notre objectif reste d'offrir aux joueurs la meilleure expérience de conduite d'action qui soit et, pour y parvenir, nous continuons à fournir du nouveau contenu et à assurer le support de The Crew 2 et du récent The Crew Motorfest
, avait déclaré Ubisoft au moment de l'annonce de la fin du jeu en décembre 2023. L'entreprise avait également offert des remboursements aux gens s'étant procuré le jeu récemment
.ils auront au moins été entendus
, se réjouit Thomas Burelli, lui-même un joueur.
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