De demandeuse d’asile à enseignante en classe d’accueil
À l’école primaire Chénier, dans l’arrondissement d’Anjou, à Montréal, Vanessa Ibanez attend ses élèves dans le corridor, comme elle le fait tous les matins. Dès le son de la cloche, une certaine cacophonie envahit l'école. Après avoir déposé leur manteau dans les casiers, chaque élève doit faire un exercice de phonétique avant d'entrer dans la classe. Vanessa Ibanez enseigne dans une classe d'accueil de niveau préscolaire, c'est-à-dire en maternelle. Pour ces enfants, leur entrée à l’école coïncide avec leur arrivée dans leur nouveau pays. Un pictogramme dans la classe d'accueil de Vanessa Ibanez. Photo : Radio-Canada / Karine Mateu Ils sont originaires de l’Algérie, du Mexique, d'Haïti ou d’ailleurs et, à leur arrivée, leur maîtrise de la langue française n'était pas suffisante pour intégrer les classes ordinaires. La plupart ont donc commencé en septembre dans la classe de Vanessa, mais d'autres s'y sont joints il y a quelques semaines à peine. L'enseignante à l'école Chénier, Vanessa Ibanez. Photo : Radio-Canada / Karine Mateu Vanessa comprend bien comment se sentent les tout-petits qui sont dans sa classe, car elle a déjà été à leur place. L’enseignante au regard lumineux est originaire du Salvador. Sa famille a demandé l’asile à la fin des années 1980. C’était la guerre civile au Salvador. On a été obligés de quitter notre pays. Ce n’était pas par choix. L'enseignante Vanessa Ibanez à son arrivée au Canada. Photo : Vanessa Ibanez Ni elle ni le reste de sa famille ne parlaient français à leur arrivée. L’année qui a suivi a été d'une grande importance pour elle. C’est donc ce souvenir et cet accueil chaleureux que Vanessa veut transmettre à ses élèves, comme s'ils faisaient partie d'une famille. D'ailleurs, lorsque les parents des élèves apprennent qu'elle est, elle aussi, issue de l'immigration, ils sont rassurés. À l’école Chénier où enseigne Vanessa Ibanez, il y a cinq classes d’accueil, donc environ 80 enfants. Cette école fait partie du Centre de services scolaire de la Pointe-de-l'Île qui compte 173 groupes, en date du 30 avril 2025. C'est le bureau des communautés culturelles qui évalue le niveau scolaire des enfants à leur arrivée au Québec et qui détermine s’ils doivent aller en classe d’accueil avant d’intégrer les classes ordinaires. La directrice adjointe de l'école Chénier à Anjou, Josiane Fugère. Photo : Radio-Canada / Karine Mateu Elle se réjouit, par ailleurs, de compter Vanessa parmi son personnel enseignant. Je pense que c’est une figure rassurante pour les élèves, c’est un modèle. Elle aussi est passée par là. Elle fait aussi preuve d'empathie et elle peut se mettre à la place des élèves. La directrice adjointe ajoute que le parcours de Vanessa est un atout pour les autres enseignants, une référence : En effet, certains enfants sont sous le choc lorsqu'ils arrivent dans la classe de Vanessa. Un temps d'adaptation est nécessaire, explique l'enseignante, qui a quelques trucs pour entrer en contact avec les enfants. Sa classe est d'ailleurs chaleureuse. Il y a des pictogrammes, des chiffres et des lettres, mais aussi un coin lecture, une petite table de cuisine, des peluches et même quelques déguisements. Le coin jeux et cuisine de la classe d'accueil de Vanessa Ibanez. Photo : Radio-Canada / Karine Mateu Peu importe leur histoire et d'où ils viennent, les enfants veulent jouer ensemble. Il n'y a pas de barrières d'origine. Le jeu, c'est le jeu, et ça se passe très bien entre eux. Dans sa classe, les jeux, les comptines, la lecture et les causeries font partie des activités qui servent à apprendre le français et à découvrir la société d'accueil. Vanessa poursuit : Ils apprennent tellement vite, je le leur fais remarquer et ça les rend fiers. À cet âge-là, ils sont comme des éponges, ils prennent même mes expressions. C’est fascinant. Et c’est pour ça que je reste en classe d’accueil. La majorité des enfants de sa classe intégreront en septembre prochain les classes ordinaires. Un pictogramme indiquant la météo dans la classe de Vanessa Ibanez. Photo : Radio-Canada / Karine MateuMontre-moi la lettre qui fait "sssss"! Bravo!
dit l'enseignante à un élève qui montre, sur une feuille accrochée au mur, la lettre qui représente le son qu’il vient d'entendre. Lorsque tous les enfants se sont prêtés à l'exercice, ils appuient sur un tableau électronique où leur nom est écrit sur de petites fusées et s’assoient calmement.Bonjour les amis! Est-ce que ça va bien? Est-ce que tu peux dire bonjour aux autres amis à côté de toi?
demande Vanessa avec douceur aux enfants, qui ont entre cinq et six ans. 
Ce qui est particulier en classe d’accueil, c’est qu’on peut recevoir des enfants tout au long de l’année scolaire. Il y a en a qui viennent tout juste d'arriver. Ils sont encore en mode observation et tentent de comprendre les consignes. Ils n'ont pas encore le vocabulaire, mais la plupart, puisque c'est la fin de l'année, parlent déjà [le français]
, se réjouit Vanessa. Un parcours semblable à celui des élèves

J’avais huit ans quand je suis arrivée au Canada. J’ai commencé ma 3e année en classe d'accueil, j'ai fait une année comme mes élèves et, ensuite, j’ai intégré une classe régulière
, raconte-t-elle.
La première année [au Canada] est tellement importante. Moi, mon passage en classe d’accueil m’a marquée à vie. C'est devenu alors évident que je voulais enseigner comme madame Thérèse, mon enseignante
, confie-t-elle.Ils se disent : ''elle va comprendre mon enfant''. Ça ajoute une plus grande confiance et la communication est plus facile
, dit-elle.Un pont entre les cultures

Les enfants n'ont pas eu des parcours faciles. Parfois, ils n’ont pas été scolarisés, ça dépend s’ils ont fait la grande route, comme on dit. D'autres fois, ils ont vu des choses qu’ils n’auraient pas dû voir, de la violence. Ils laissent aussi derrière eux des grands-parents ou même des parents
, explique la directrice adjointe de l'école Chénier, Josiane Fugère. Elle fait le pont entre les deux cultures. On peut lui poser des questions et elle nous permet de comprendre certains comportements des enfants qui pourraient être mal interprétés et elle propose des pistes d'intervention ancrées dans les réalités des élèves.
Un apprentissage en douceur

Préfères-tu aller à la plage ou à la forêt?
demande justement l'enseignante aux élèves lors d'une discussion. La plage, parce que j'adore nager
, répond une fillette originaire du Mexique dans un très bon français.Nommez-moi le nom d'un pays que vous connaissez.
Les enfants nomment leur pays d'origine ainsi que le Canada. Chez certains enfants, on peut même entendre un certain accent québécois.
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