Une cicatrice de plus sur le territoire ancestral des Cris
Plusieurs hypothèses sont évoquées pour expliquer ce qu’il s’est passé. La première est celle des feux de forêt qui ont frappé le secteur en 2019, puis en 2023.
Philippe Gachon, professeur d’hydroclimatologie à l’UQAM, explique qu’à cause des feux, il y a un phénomène d’érosion du sol, ainsi qu’une absence de végétation, ce qui favorise un apport de sédiments beaucoup plus important
.
Allan Saganash rappelle que ces feux ont fait rage de part et d’autre du lac. Elles [les entreprises forestières, NDLR] ont continué à couper après ces feux, ce qui ouvre encore davantage la zone, ce qui rend les sols encore plus stériles
, dit-il.
Après les feux, ils sont immédiatement venus récupérer le reste de bois. Ils avaient peur de perdre de l’argent
, ajoute aussi Abraham Dixon.
L’activité forestière revient régulièrement dans les discussions.
L’endroit dont parle William est ravagé par ce qu’on appelle des scarifications
dans le milieu forestier. Ces opérations consistent à préparer le sol après une coupe pour replanter. Cette pratique a toutefois des conséquences sur la couche d’humus et la végétation, en plus d’ameublir le sol.
Ils s’en fichent. Ils coupent et assèchent la forêt. Le sol ne tient plus. Quand on détruit la végétation, le sol devient meuble
, témoigne Abraham Dixon.
Les entreprises forestières doivent pourtant négocier avec les maîtres de trappe les zones qu’elles pourront couper.
On m'a souvent demandé d'aller couper ou planter des arbres là-bas. Et j'ai dit : "Non, je ne veux pas que vous alliez là-bas, parce que c'est une très belle montagne". Ils y sont quand même allés
, assure William Dixon.
Il a réussi à protéger une très faible partie de tout son territoire : 1 % de sa ligne de trappe, comme le prévoit la Paix des braves.
Le reste fait l'objet d'un plan de gestion spécial qui doit être élaboré en collaboration avec les maîtres de trappe, comme William. Mais ça n'arrive jamais
, assure Allan Saganash, qui dénonce les travaux de scarification qui ont pourtant été totalement rejetés par les maîtres de trappe
.
La ligne de trappe de William est, par endroit, ravagée par ces scarifications. La façon dont un aîné me l'a expliqué, c'est comme si vous tiriez une lame sur la longueur de votre bras. Le résultat est un désordre sanglant. C'est ce que nous sommes en train de faire à la terre
, raconte la cheffe de Waswanipi.
Elle explique que des travaux de sylviculture ont été réalisés à l’endroit où la terre près du lac Rouge s’est perforée.
Dans les zones importantes comme celle-ci, les dégâts sont considérables. Il y a d'abord les incendies de forêt. Puis la récolte du bois. Ensuite, la scarification. Puis ils plantent des arbres, ce qui est une bonne chose, mais ils ne plantent pas les bonnes espèces. Ils choisissent celles qui ont une valeur commerciale. Si c’est le pin gris qui est le plus cher sur le marché, alors ils replantent du pin gris
, explique Allan Saganash, qui plaide plutôt pour une forêt mixte en prenant en compte la faune.
Il dénonce, comme d’autres, que les entreprises forestières puissent prélever jusqu’à 70 % de bois brûlé, ce qui nuit à la régénération de la forêt.
La cheffe Neeposh souligne aussi que le lac Rouge se situe en hauteur, et l’endroit par lequel il s’est vidé est vraiment bas… par un trou qui s’est creusé à un endroit complètement aléatoire où il n’y a pas de cours d’eau
.
Elle évoque un phénomène naturel
et croit qu’il est temps de réajuster la manière dont nous lisons la nature
.
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