Pas facile de passer le flambeau dans le monde du parasport
Patrick Côté a passé les huit dernières années à la barre de l’équipe canadienne de rugby en fauteuil roulant. Avec un jeune enfant à la maison, il voulait passer plus de temps en famille, et convenait donc qu’il était temps de passer le flambeau. Mais voilà, des entraîneurs disponibles et dans le monde du parasport, prêts à le porter bien haut, il y en a bien peu.
Après une 6e place plus ou moins satisfaisante aux derniers Jeux paralympiques de Paris, Patrick Côté sentait que ses joueurs avaient besoin d’entendre une nouvelle voix pour les guider. Ça faisait longtemps que j’étais là, sur la route. J’étais dû pour un changement de rythme de vie et je pense que l’équipe était mûre pour un nouveau messager. Tu te poses toujours la question comme entraîneur : ‘‘est-ce que j’ai perdu le vestiaire?’’. Je ne pense pas, ça s’est relativement bien passé jusqu’à la fin.
Mais le constat final était que comme il n’y a pas un grand roulement de joueurs au sein de la formation, un changement d’entraîneur s’imposait
, dit-il.
J’ai été transparent auprès de la fédération, en leur disant que j’allais avoir une réflexion sérieuse sur mon avenir après les Jeux de Paris. Et malgré ça, il n’y avait personne prêt à l’interne à me remplacer à mon départ. Il n’y avait simplement pas de plan de succession
, regrette-t-il.

L'équipe québécoise de rugby en fauteuil roulant est en action au Complexe Claude-Robillard cette semaine.
Photo : Patrice Hugo
La situation rappelle le chaos vécu par l’équipe canadienne de basketball en fauteuil roulant, en 2023, qui a enchaîné quatre instructeurs en l’espace de huit mois, dans une année paralympique. Ils n’avaient pas d’entraîneurs dans le pipeline. Ça montre aussi la difficulté à trouver des entraîneurs dans le parasport au Canada.
La fédération canadienne devait aussi composer avec des restrictions budgétaires de plus en plus importantes. En 2022, on avait des réunions d’équipe avec 12 ou 14 personnes de l’équipe nationale. À ma dernière réunion, avant de partir pour Paris, on était trois, illustre-t-il. Il y a des départs non comblés, des permanents qui deviennent contractuels.
Patrick Côté a donc décidé d’attaquer le problème de front, en acceptant un nouveau poste chez Parasports Québec. Il est devenu cette année responsable de la formation des entraîneurs.
Pour développer des entraîneurs, il faut leur offrir des occasions… d’entraîner, insiste d’abord Patrick Côté.
C’est l’œuf ou la poule, et je pense qu’en ce moment, il faut travailler sur le poulailler
, évoque-t-il. S’il n’y a pas de gym disponible, il n’y a pas de club, il n’y a pas d’entraîneurs qui se développent. C’est la première chose. Il faut que l’entraîneur accepte aussi que la première année, il ne fera peut-être pas des séances complètes, mais des séances avec deux joueurs. Mais s’ils ont un entraîneur, ils vont continuer, et ça va devenir quatre joueurs, huit joueurs... Ça se construit comme ça.
Puis, il y a des craintes propres à la réalité du parasport; comme des appréhensions à diriger des athlètes avec un handicap, si on ne connaît pas déjà le milieu. Il existe un bassin d’entraîneurs, selon Patrick Côté, qui œuvrent dans le milieu récréatif, ou de façon bénévole, qui pourrait être tenté par un nouveau défi dans le parasport, si on les intègre bien.
On a fait une approche avec le triathlon, récemment. Et le triathlon ou le paratriathlon, c’est le même sport. Et on discute avec un entraîneur, qui travaille avec un athlète de 55 ans, qui a son historique de blessures, de précautions. C’est pas différent que de coacher un jeune athlète avec un handicap. Tu t’assois avec la personne, tu jases, tu comprends ses contraintes, et comment tu peux l’aider.
Il faut ainsi miser sur le partage de connaissances, pour bien exploiter l’expertise qui existe au Québec, et décloisonner les mondes du sport et du parasport. Si à la fédération d’athlétisme, il y a des entraîneurs hésitants à travailler avec des lanceurs qui ont un handicap, on peut les mettre en contact avec Nathalie Séguin, par exemple, qui est une experte en la matière.
Et finalement, dans son grand chantier, Patrick Côté et son équipe portent attention aux anciens joueurs, pour les retenir dans le milieu. Celui qui l’a remplacé à la barre de l’équipe canadienne est d’ailleurs son ancien capitaine, Trevor Hirschfield.
C’est une grosse étape, de passer de joueur à entraîneur dans une équipe. Mais c’est un génie tactique. Il a aussi de l’expérience comme entraîneur. Il devra apprendre l’aspect gestion d’équipe. Il devrait avoir un plan d’accompagnement autour de lui
, espère-t-il.
Une semaine au Complexe Claude-Robillard plutôt qu’en Australie
Patrick Côté a accompagné la formation à deux Jeux paralympiques, à Tokyo et à Paris, à des Jeux parapanaméricains, à Lima et à Santiago, et un peu partout à travers le monde. Un étrange sentiment va certainement l’habiter en fin de semaine, alors que ses anciens joueurs seront en action en Australie, tandis que lui sera au Complexe Claude-Robillard, pour relever un autre défi.
Il sera présent pour diriger l’équipe québécoise, lors du Championnat canadien, organisé cette année par Parasports Québec.
Avec l’équipe A
qui se trouve à l’autre bout du monde, le tournoi sera l’occasion pour d’autres de se faire valoir, et de lorgner une place sur la sélection nationale.
Beaucoup auront l’opportunité de jouer des matchs serrés, importants, des temps de jeu qui auraient normalement été donnés à d’autres. Avec une seule division, il y aura plus de parité entre les formations. Ce sera difficile de déterminer même qui sera en finale, alors que ce n’était pas le cas auparavant. Ce sera excitant pour ça. On verra beaucoup de nouveaux joueurs évoluer à ce niveau pour la première fois.

Patrice Dagenais est un vétéran du rugby en fauteuil roulant. Le Franco-Ontarien a rejoint l'équipe nationale canadienne en 2010.
Photo : Kéven Breton
Patrick Côté retrouvera Patrice Dagenais, qui a été son co-capitaine, en compagnie de Trevor Hirschfield, sur la sélection canadienne.
Dagenais participe au tournoi comme joueur-entraîneur, avec l'équipe ontarienne. J'ai toujours aimé coacher, et j'ai pris des cours récemment. Il me manque des certifications pour monter de niveau. C'est un objectif pour moi.
S'il n'a pas voulu faire le saut directement, comme Hirschfield, c'est pour se donner un peu de temps. J’y pense. Mais je ne suis pas prêt à prendre ma retraite comme joueur officiellement encore. Et je pense que je veux commencer par accumuler de l’expérience.
Le Franco-Ontarien est déjà l'instructeur de son club à Ottawa, et il s'implique aussi dans la création d'un volet féminin auprès de la fédération canadienne.
Un Championnat canadien qui servira donc finalement non seulement à donner du temps de jeu à des athlètes, mais à des entraîneurs aussi. Les demi-finales et la finale seront présentés dimanche.
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