Une étude évoque un lien entre la pollution et l’irrégularité menstruelle
Une nouvelle recherche américaine voit un lien entre la pollution atmosphérique et l’irrégularité du cycle menstruel. Une experte canadienne estime toutefois que l’étude est davantage dans l’hypothèse que dans l’affirmation. Des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et de l’Université du Colorado à Denver ont analysé 2,2 millions de cycles menstruels de plus de 92 000 utilisatrices de Clue. Il s'agit d'une application de suivi des règles et de l’ovulation mise au point par une société privée allemande. Les participantes résident dans 230 villes de trois pays : États-Unis, Brésil et Mexique. Les résultats de la recherche (nouvelle fenêtre) (en anglais), publiés dans The Lancet Planetary Health, indiquent que des concentrations plus élevées de particules fines dans l'air correspondent à une fréquence accrue d'irrégularités du cycle menstruel. Abrégées en PM2,5, les particules fines sont de minuscules entités solides d'un diamètre inférieur à 2,5 microns, qui restent en suspension dans l'air ambiant, qu’on ne peut pas voir à l'œil nu et que le corps ne sent pas non plus lorsqu’elles sont inhalées. Les participantes à l'étude résident dans trois pays : États-Unis, Brésil et Mexique. Cette photo d'archives montre la ville de Mexico enveloppée de fumée et de smog. Photo : AP / Ginnette Riquelme Amanda Shea est directrice scientifique à Clue. Elle précise que l'étude a révélé que c’est l’exposition à long terme à la pollution qui est associée à un pourcentage plus élevé de cycles menstruels anormaux. Les chercheurs ont agrégé les estimations des concentrations de particules fines dérivées des satellites. Ces données ont ensuite été mises en relation avec l'exposition correspondante. Elle ajoute qu’il ne s’agit pas non plus d'une enquête dans laquelle on a demandé aux participantes d'essayer de se souvenir de ce qu'ont été leurs cycles au cours de l'année écoulée. Dans le cas présent, les cycles [menstruels] ont été suivis en temps réel. Cela fait la force de cette étude, car lorsqu’on a besoin d'un échantillon de cette taille, une grande partie des données peuvent être rétrospectives. Amanda Shea est directrice scientifique à Clue, une application de suivi des règles et de l’ovulation. Photo : Fournie par Jadin Roberson Elle souligne qu’il s'agit de personnes qui souhaitent en savoir plus sur leur propre corps et qui, ainsi, utilisent fréquemment l'application pour y saisir des données pour elles-mêmes, au jour le jour. Nicole Todd est professeure clinicienne au département d'obstétrique et de gynécologie de l'Université de la Colombie-Britannique. Elle exerce en tant que gynécologue-obstétricienne, notamment à l’Hôpital pour enfants à Vancouver. D’après elle, une recherche de ce genre est la bienvenue dans la mesure où « la santé des femmes est historiquement sous-représentée dans la littérature scientifique ». Cela étant dit, elle constate qu’il s’agit là d’une étude d’observation, qui prend des données et observe si deux phénomènes se produisent ensemble. Cela ne signifie pas que les irrégularités du cycle menstruel observées dans les pays où la pollution atmosphérique est plus élevée sont la cause de l'effet observé. Ce que retient donc cette étude, c'est que deux choses se produisent ensemble. La Dre Nicole Todd exerce également en tant que gynécologue-obstétricienne à l’Hôpital pour enfants à Vancouver.
Photo : Fournie par Nicole Todd Comment l’étude a-t-elle défini le cycle menstruel, sachant que, selon l’OMS, le cycle des jeunes femmes de moins de 24 ans se situe entre 21 et 45 jours, et celui des plus de 25 ans, entre 21 et 35 jours? Comment les participantes passaient-elles leurs journées par temps de pollution élevée? Ont-elles plus tendance à prendre leur propre voiture ou le transport en commun? En cas de forte concentration de PM2,5, restaient-elles à l'intérieur ou sortaient-elles malgré tout? Et l'échantillon comportait-il des femmes qui étaient sous hormones ou qui allaitaient? Ce sont là autant de questions que se pose par ailleurs la Dre Todd. Les données de l’étude ont été recueillies entre 2016 et 2020, donc en partie pendant la COVID-19. La Dre Todd estime que cela pourrait avoir influencé, dans une certaine mesure, l’interprétation des résultats étant donné que, durant cette période, les gens étaient confinés à la maison. Selon Amanda Shea, l’étude a essayé d’exclure les femmes sous contraception hormonale. Toutefois, l’échantillon pourrait contenir des femmes allaitantes ou qui prennent des médicaments, ce qui pourrait affecter leur cycle menstruel, admet-elle. (Photo d'archives)
Photo : Shutterstock / HTeam Amanda Shea reconnaît que le fait de ne pas avoir pu saisir avec précision tous les mouvements des participantes en temps de pollution, ainsi que leurs différents niveaux d'exposition au cours d’une période donnée, constitue effectivement une limite. Toutefois, la taille importante de l’échantillon Je pense que cette étude ne nous apportera pas de réponses définitives, mais elle éclaire une voie, qu'il serait intéressant d'approfondir. « Oui, il est nécessaire de poursuivre les recherches » dans ce domaine, ajoute la Dre Todd. « Ces résultats renforcent les appels à l'amélioration des normes de qualité de l'air et à la justice environnementale pour les communautés les plus exposées », estiment de leur côté les auteurs de l’étude dans un communiqué.
« Ce n'est pas une étude clinique »
Il ne s'agit pas d'une étude clinique dans laquelle on demande aux utilisatrices de faire quelque chose qu'elles ne feraient pas normalement dans leur vie de tous les jours
, explique Amanda Shea. 
Corrélation plutôt que causalité
Cela n'équivaut pas à un lien de cause à effet
, fait-elle remarquer. 
Des questions, beaucoup de questions

La taille de l'échantillon, un atout?
permet de dégager des tendances plus générales dans les données
, ce qui minimise donc l'importance
de la variabilité entre les participantes.
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