Bénédiction patrimoniale pour deux églises francophones d’Ottawa
Le comité du patrimoine bâti d'Ottawa est allé à l’encontre de la volonté de l’archidiocèse en accordant une désignation patrimoniale à deux églises francophones locales.
À savoir : l'église Saint-Joseph à Orléans, et Saint-François d’Assise dans Hintonburg, dans des quartiers de la ville marqués par une présence francophone.
La validation de ces désignations est prévue au conseil municipal du mercredi 28 mai.

Les fenêtres à arc en ogive de l'église Saint-Joseph d'Orléans sont un des éléments traditionnels du style d'architecture néo-gothique.
Photo : Radio-Canada / Felix Desroches
La présidente de la Société franco-ontarienne du patrimoine et de l'histoire d'Orléans (SFOPHO), Nicole Fortier, est aux anges.
Quand on regarde à Orléans, surtout sur le boulevard Saint-Joseph, il n'y a plus beaucoup d'édifices qui sont encore debout, encore moins debout et fonctionnels comme ils l'étaient dans les années 1950, 1960 et 1970
, constate la passionnée d'histoire.
C'est un autre symbole important pour nous rappeler que nos ancêtres ont contribué.

La propriété est liée au révérend Georges Bouillon, ainsi qu'à l'histoire de l'aménagement du village de Saint-Joseph d'Orléans, appelé ensuite seulement Orléans.
Photo : Radio-Canada / Felix Desroches
Le président de la Société d'histoire de l'Outaouais, Michel Prévost, ne peut qu'abonder dans le même sens.
Le plus important, c'est une reconnaissance de ces deux bâtiments centenaires [qui] dominent
, lance-t-il. Ça domine à Orléans, ça domine dans le quartier Hintonburg, ce sont des phares, les églises. Ça fait partie bien sûr du patrimoine bâti, du patrimoine religieux, du patrimoine culturel, mais aussi du patrimoine paysager : vous enlevez ces églises-là des quartiers et les quartiers perdent leur âme.
Seule une dizaine d'églises franco-ontariennes désignées
L'historien souligne que très peu d'églises de l'Ontario français sont protégées en vertu de la loi provinciale sur le patrimoine.
Bien sûr, on a la cathédrale Notre-Dame qui est le joyau du patrimoine franco-ontarien
, dit-il. Il y a aussi l'église Saint-Charles et dans l'est ontarien, dans les Comtés unis de Prescott et Russell où on a plusieurs églises magnifiques, il y en a une seule [de désignée bien patrimonial] : l'église de Très-Sainte-Trinité de Rockland
, regrette M. Prévost.
Qu'on vienne ajouter deux églises, c'est très significatif
, assure-t-il.

Michel Prévost est président de la Société d'histoire de l'Outaouais depuis 1997.
Photo : Radio-Canada / Olivier Plante
Selon la Ville d'Ottawa, avec l'ajout de ces édifices religieux francophones, le nombre d'églises franco-ontariennes désignées patrimonialement dans toute la province passerait de 10 à 12.
Préservation contre une vente ou une démolition potentielles
Bien sûr, l'autre avantage, c'est qu'on ne peut pas les modifier comme on veut. La désignation est en 2025, alors il faut préserver l'extérieur des églises comme elles sont aujourd'hui
, rappelle M. Prévost.
Une préservation qui soulage les défenseurs du patrimoine.
Pour nous, on disait "notre édifice patrimonial", mais il n'avait aucune protection en vertu de la Loi sur le patrimoine de l'Ontario
, raconte l'Orléanaise Mme Fortier. Le fait que l'église devienne désignée, ça nous rassure qu’il n'y aura pas automatiquement une vente et une démolition par exemple
, croit-elle.

L'église Saint-François d'Assise est située au 1062, rue Wellington Ouest, dans le quartier Hintonburg d'Ottawa.
Photo : Radio-Canada / Nelly Albérola
Dans ce quartier, nous assistons à un développement important
, relève pour sa part le président de l'association communautaire de Hintonburg, Brian Innes. Il existe une réelle tension que nous constatons chaque jour dans cette communauté, autour du fait qu'il est moins cher de démolir et de reconstruire que de réparer.
Une désignation qui peut coûter cher aux propriétaires
Si M. Innes est ravi de la désignation de l'église dans son quartier, il est conscient des conséquences que cela implique. Lorsqu'on classe un bâtiment aussi remarquable comme monument historique, cela a un coût
, reconnait-il.
Un coût que l'archidiocèse d'Ottawa-Cornwall refuse de payer. En général, les clochers ont toujours des problèmes d'infiltration d'eau
, rappelle le directeur général de l'administration pour l'archidiocèse, Richard Pommainville.

L'église Saint-François d'Assise est considérée comme le bâtiment de culte le plus imposant construit par l'architecte hullois Charles Brodeur.
Photo : Radio-Canada / Nelly Albérola
On a fait des parages ici assez récemment pour au moins colmater les brèches, mais il y a des travaux majeurs qui s'en viennent.
La toiture aussi va avoir besoin d'être réparée dans les prochaines années, on parle de 400 000, 500 000 dollars, donc ce sont des grosses rénovations qui vont être requises.
Le conseiller municipal du quartier Kitchissippi et membre du comité du patrimoine bâti d'Ottawa, Jeff Leiper, admet que des frais peuvent s’ajouter.
La protection du patrimoine n'implique pas toujours des coûts plus élevés pour tenter de modifier ou de réparer des choses, mais parfois, c'est le cas
, reconnaît-il. À l’image de vitraux, d’une toiture ou même de finitions réalisées dans un bois distinct.
Une fois l’édifice désigné bien patrimonial
, son propriétaire ne peut plus entreprendre de modifications sans l'approbation du conseil municipal.

Richard Pommainville est le directeur général de l'administration pour l'archidiocèse d’Ottawa-Cornwall.
Photo : Capture d'écran Radio-Canada
Dans ce contexte-là, est-ce qu’une désignation nous aide? La réponse est non
, réitère M. Pommainville.
Il y a un peu d'aide financière pour les édifices qui ont une désignation, mais ce n'est pas beaucoup
, rappelle M. Leiper. À peu près 75 000 $ par année pour toute la ville. On a besoin de beaucoup plus
, estime l’élu municipal.
Protéger malgré tout
L’élu souligne que ces oppositions aux désignations sont assez courantes, par peur des coûts ou parce que le propriétaire souhaite garder la possibilité de vendre son bien ou de développer son site.
La Loi sur le patrimoine de l'Ontario donne aux municipalités le pouvoir de désigner des bâtiments comme étant protégés, même en cas d’opposition. Nous respectons donc la loi
, explique M. Leiper.

Jeff Leiper est membre du comité du patrimoine bâti de la Ville d'Ottawa.
Photo : Radio-Canada / Nelly Albérola
Il y a un processus [par] lequel le propriétaire peut faire appel de notre décision.
Il existe des cas où ces bâtiments répondent à tellement de critères de désignation que nous considérons que la protection de ce patrimoine est plus importante que le coût que cela peut représenter pour le propriétaire.
Une valeur patrimoniale incontestable
La Ville d'Ottawa utilise neuf critères pour évaluer la valeur patrimoniale d'un édifice. Seuls deux sont nécessaires pour être désigné.
L'église d'Orléans répond à sept critères, et celle sur la rue Wellington [Saint-François d’Assise], c'est très rare, répond aux neuf!
, relève le conseiller municipal du quartier Kitchissippi et membre du comité du patrimoine bâti d'Ottawa, Jeff Leiper.
Critères de la Ville d’Ottawa pour une désignation patrimoniale
| 1. Exemple exceptionnel du style architectural |
|---|
| 2. Association avec des événements historiques marquants |
| 3. Association avec une personne ou un groupe de personnes importantes pour l'histoire d'Ottawa |
| 4. Représentation des communautés d'Ottawa et de leurs préoccupations |
| 5. Représentation d'une époque importante dans l'histoire d'Ottawa |
| 6. Lieu associé à un développement historique majeur ou à un secteur économique important |
| 7. Lieu qui est toujours un point d'intérêt pour les habitants et les touristes |
| 8. Exemple rare, peu commun ou unique de son genre |
| 9. Éléments d'un lieu de valeur pour la ville |
Un terrain non figé
La désignation d'un bâtiment ne fige pas le terrain
, tient à rappeler l'une des directrices de Patrimoine Ottawa, Linda Hoad.
Ils doivent collaborer avec les urbanistes pour s'assurer que cela n'affecte pas les caractéristiques patrimoniales, [mais] des ajustements peuvent être apportés.

Le reportage d'Anne-Charlotte Carignan
La défenseuse du patrimoine prend l'exemple de l'église Saint-Charles dans le quartier Beechwood comme réussite de la collaboration entre planification urbaine et protection des propriétés classées.
L'église a été désacralisée, a été rachetée par un promoteur et le presbytère adjacent a été démoli. Il y a un très grand projet immobilier à côté de l'église.
L'église est préservée, sa visibilité depuis la rue est préservée. C'est donc réalisable.
M. Leiper de conclure qu'une ville qui ne protègerait pas son patrimoine est une ville beaucoup plus pauvre
.
Nous avons besoin de protéger les histoires qui sont représentées par les édifices.
Avec des informations de Joseph Tunney, CBC News
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