Devant l’offensive de Trump, des étudiants canadiens de Harvard sous le choc
« J’ai l’impression que les règles du jeu ne sont plus claires aux États-Unis en ce moment », lâche Antoine au bout du fil. Étudiant canadien à l’Université Harvard, il ne sait plus où donner de la tête depuis que l’administration Trump a sonné la charge contre les étudiants étrangers de la plus célèbre université de l’Ivy League.
En entrevue à l'émission Le 15-18, Antoine s’exprime sous un pseudonyme par crainte de représailles de la part du gouvernement américain.
Il y a énormément d’autocensure sur le campus présentement. Les gens ne savent plus ce qu’ils peuvent dire ou ne pas dire. La réalité, c’est qu’il y a eu des étudiants de Harvard et d’autres universités qui ont vu leur visa être révoqué pour avoir partagé leur opinion dans les médias
, relate l’étudiant.
Même son de cloche pour son collègue Éric, qui a aussi opté pour l’anonymat, alors qu’il ne lui reste qu’une seule année à terminer avant d'obtenir son diplôme.
Quand on fait face à un gouvernement au complet, on ne sait pas où est la ligne qu’on peut franchir ou pas.
L’administration Trump, à couteaux tirés avec l’établissement que le président qualifie de woke
et qu'il accuse de fomenter l’antisémitisme
, a annoncé jeudi qu’elle coupait court aux étudiants étrangers en retirant à Harvard la certification permettant de les accueillir sur son campus.
Ce dernier pavé dans la mare constitue toutefois une menace de taille pour l'Université, qui dépend grandement des étudiants étrangers pour assurer son financement.
Harvard était déjà engagée depuis avril dans un bras de fer avec le gouvernement américain, dont l’enjeu était un financement fédéral de 9 milliards de dollars que Donald Trump menaçait de retirer si l’Université ne se soumettait pas à ses exigences en matière de gouvernance.
L'Université Columbia avait déclaré forfait en mars en cédant aux pressions de la Maison-Blanche, qui menaçait de geler 400 millions de dollars américains en subventions fédérales.
Un tribunal américain a suspendu temporairement vendredi l'ordre de la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, d'interdire l'inscription de nouveaux étudiants étrangers à Harvard. Cette année, ils étaient près de 6800 à affluer vers le prestigieux établissement, soit près du quart de ses étudiants, selon son site web.
En 2024, 751 élèves inscrits à Harvard étaient canadiens, ce qui en fait la deuxième communauté d'étudiants internationaux en importance après les étudiants originaires de Chine.
L’Université Harvard, en réalité, c’est une institution internationale. Elle ne serait rien sans les étudiants internationaux
, estime Éric.
Aujourd'hui, les étudiants internationaux évaluent leurs possibilités [et se demandent] s'ils devront retourner à la maison. C'est un choc pour tout le monde.
Les étudiants ne sont d'ailleurs pas les seuls à être inquiets.

Dans mon département, la moitié des étudiants qu'on avait admis pour le programme doctoral en septembre sont des étudiants internationaux
, affirme Michèle Lamont, professeure de sociologie à Harvard, qui a témoigné d'un choc incroyable
pour le milieu universitaire en entrevue au Téléjournal 18 h.
C'est la revanche de Trump
, croit la sociologue. Je pense que c'est une question de régler des comptes.
Il va y avoir beaucoup d'implications au niveau de notre travail, de nos subventions de recherche, des étudiants internationaux avec qui on collabore. Ça affecte directement nos conditions de travail
, ajoute Mme Lamont.
La juge fédérale Allison D. Burroughs entendra l'administration Trump et l'Université Harvard lors d'une séance préliminaire sur le retrait de cette certification cruciale, le 29 mai prochain.
Avec des informations de CBC

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