Le journalisme et l’information, malgré tout
Journaliste. Qui veut encore de ce travail ingrat? Qui veut travailler le week-end, dans le temps des fêtes, avoir un horaire imprévisible, voir son travail scruté par des milliers d’yeux ou d’oreilles, recevoir des insultes. En plus, on les écoute de moins en moins. Vraiment, ça vous intéresse? Parmi le public de Carleton-sur-Mer se glissent pourtant plusieurs étudiants en journalisme ou en communication. Ces jeunes de 20 ans, souvent moins, viennent d'assister à trois jours de shows de chaises dans cet improbable festival qui marie public, professionnels et apprentis. Certains jeunes ont fait plus de sept heures de route pour partir de Jonquière, où se donne le programme Art et technologie des médias, pour se rendre à Carleton-sur-Mer. De belles têtes qui aspirent à raconter l’histoire du monde, comme ce Zachary qui transforme la citation Devenir journaliste, c'était en fait le titre de la rencontre avec Laura-Julie Perreault, reporter et chroniqueuse à La Presse. La salle n’était pas pleine. C’est rare : habituellement, ça déborde. Quelques jeunes, une dizaine peut-être. Plusieurs têtes blanches aussi. Il y a de plus en plus de formations, mais il y a maintenant presque mille ans, beaucoup atterrissaient comme journaliste par hasard ou à l’occasion d’un voyage. C’est le cas de Laura-Julie Perreault. Pour elle, le journalisme peut être un métier très solitaire : C'est la journaliste Pénélope Garon (à droite) qui menait l'entretien avec Laura-Julie Perreault. Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé Son métier, c’est pourtant d’être sur le terrain aux premières loges des horreurs du monde, de rapporter des histoires de partout, de gens dans tous les états de détresse : affamés, endeuillés, violentés, torturés, emprisonnés, censurés. Gaza, Ukraine, Congo, Pakistan, créer l’empathie, humaniser les douleurs lointaines est une mission complexe, coincée entre les dangers du terrain et la monotonie des bulletins d’information. Elle raconte bien, tout en délicatesse, faisant ressortir la lumière de récits trop souvent déchirants. Pourtant dans le monde en général, ce ne sont pas les épices, mais plutôt les épines qui donnent le ton. Pour les journalistes, ces épines sont de plus en plus piquantes, pour ne pas dire mortelles. On est beaucoup lu, on est très content de ça, mais c’est fragile. Selon Reporters sans frontières (RSF), qui vient de publier la version 2025 de son classement mondial de la liberté de la presse dans le monde, Cette dégradation est une première dans l’histoire de ce classement. Ce que RSF dit aussi, c’est que les contraintes économiques pèsent de plus en plus sur la presse mondiale. Cette année, 34 pays se distinguent par des fermetures massives de médias et le silence des journalistes. Il ne s’agit pas que de pays autoritaires ou pauvres. Étudiant à l'ATM, à Jonquière, Zachary transforme la citation Etre informé, c'est être libre de René Lévesque par Faire du journalisme, c’est aussi être libre. Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé Les exemples de fermetures sont nombreux au Canada et se multiplient aux États-Unis. Pour les 100 jours de Donald Trump, la journaliste de La Presse rapporte que personne de ceux interviewés en 2016 n’avait voulu commenter le début du second mandat. Beaucoup se taisent quand l’argent et le pouvoir parlent, aux États-Unis comme partout. La désinformation est un pouvoir horrible, commentait en matinée la journaliste Marie-Claude Lortie du quotidien Le Droit, dans un panel qui se demandait si la presse avait encore un pouvoir. Le phénomène a toujours existé. Ce sont les moyens déployés pour le répandre qui ont changé. Ces moyens, que ce soient ceux des réseaux sociaux ou des empires médiatiques, sont planétaires, propriétés de conglomérats milliardaires. La concentration de la propriété médiatique reste encore un enjeu dans de nombreux pays, selon RSF. La journaliste Marie-Claude Lortie (à gauche) a dénoncé la place de la désinformation dans l'espace public. Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé Cédric, une jeune recrue qui travaillera à Radio-Canada cet été comme journaliste relève, veut Sur le web, les sources se multiplient et les journalistes peinent à se distinguer de la masse communicante. Sur le plancher du festival, ils ne seront que quelques-uns à lever la main lorsqu’on demandera au public s’il s’informait sur les réseaux sociaux. L’auteur et journaliste Pierre Somany n’en est pas surpris. Les deux tiers des Québécois s’informent encore sur les médias traditionnels. Ah, oui! À la fin de l’entretien avec Laura-Julie Perreault, la salle était pleine. Être informé, c'est être libre
de René Lévesque par Faire du journalisme, c’est aussi être libre.
Son optimisme l’honore. On en espère beaucoup de cette eau.La planète comme terrain
C’est entre moi et mon calepin.
C'est dire à quel point le temps long de la réflexion, de la recherche occupe une place.
Mon travail, c’est de donner la voix à d’autres. Il n’y a personne qui va changer le monde à lui tout seul. Moi, c’est mon petit bout
, dit celle qui a écrit 40 chroniques sur ce qui se passe à Gaza depuis le 7 octobre.Quand j’écris sur la Russie, sur l’Iran, je vois encore la poussière, j’ai encore le goût des kebabs. Quand j’écris, ça met des épices dans mon travail.
Le ratatinement
les conditions d’exercice du journalisme sont difficiles, voire très graves, dans la moitié des pays du monde et satisfaisantes dans moins d’un pays sur quatre seulement
. 
La crise des revenus a un réel impact sur notre travail
, commente Mme Perreault, à laquelle s'est joint, plus tard dans la journée, l'ancien directeur de l'information de Radio-Canada Michel Cormier pour faire le point sur la liberté de presse dans le monde.Qui compte les buts?

rencontrer des gens, raconter leurs histoires
. Mais, à l'évidence, le récit n’appartient plus qu’aux seuls journalistes.En aparté
Advertising by Adpathway









