L’essor des quarts-arrières canadiens vu par Anthony Calvillo et Sasha Ghavami
Longtemps écartés de l’équation au niveau professionnel, tant au Canada qu’aux États-Unis, les quarts-arrières d’un océan à l’autre sont davantage prisés qu’auparavant. Les occasions qui s'offrent à eux sont désormais plus nombreuses à cette position névralgique. De l'eau a coulé sous les ponts depuis qu'un quart canadien a obtenu un départ dans la Ligue nationale de football (NFL). L'Ontarien Jesse Palmer est le dernier en lice avec trois matchs amorcés pendant la saison 2003. Il succédait à l'Albertain Mark Rypien, qui s'est grandement illustré à Washington, au point d'être nommé joueur par excellence du Super Bowl, en 1992. Leurs compatriotes Kurtis Rourke et Taylor Elgersma espèrent maintenant suivre leurs traces. L’un a été choisi au repêchage du circuit Goodell, tandis que l'autre a paraphé un contrat avec une équipe de la NFL. Deux événements qui ne s’étaient plus produits depuis belle lurette. Dans un avenir pas si lointain, verra-t-on un quart canadien occuper le rôle de partant dans la NFL? Kurtis Rourke Photo : Getty Images / Justin Casterline Dans la dernière ligne droite de l’encan de la NFL, les 49ers de San Francisco ont jeté leur dévolu sur l’Ontarien Kurtis Rourke (7e tour; 227e). Il fallait auparavant remonter à 2001 pour dénicher le dernier quart canadien repêché dans la NFL, soit Jesse Palmer (4e tour; 125e). Pratiquement une génération s’est écoulée entre les deux nominations. Une saison où il a brillé de tous ses feux avec les Hoosiers de l'Université de l'Indiana, personnellement et collectivement, décrochant au passage une participation aux éliminatoires de la NCAA, a contribué à la sélection de Kurtis Rourke. Une avenue distincte a été empruntée par l’Ontarien Taylor Elgersma. Le pivot des Golden Hawks de l’Université Wilfrid Laurier a quant à lui mordu la poussière durant l’encan, mais cela ne l’a pas empêché de se frayer un chemin au sein de l’effectif des Packers de Green Bay en signant une entente à titre de joueur autonome non repêché. Taylor Elgersma a fait l'étalage de son talent au College Gridiron Showcase, ainsi qu'au Senior Bowl, deux importantes mises en vitrine où sont conviés des espoirs de renom. L'équivalent d'un tremplin dans son cas. Taylor Elgersma Photo : Associated Press / Butch Dill Rares sont les joueurs canadiens qui parviennent à recevoir un contrat les menant à la NFL à la suite d’une carrière universitaire au pays. Peu importe la position. C’est d’autant plus exceptionnel lorsqu’il s’agit d’un quart : Taylor Elgersma est ainsi devenu le premier pivot en 38 ans (!) à réussir ce tour de force. Non seulement le joueur par excellence dans l'U Sports en 2024 n'est que le quatrième quart à accomplir l'exploit, mais il a également fait le saut dans la NFL en franchissant l'étape du minicamp sans entente le liant aux Packers. Il faut que tu prennes la place à quelqu'un d'autre versus quand tu es signé après le repêchage avec de l'argent garanti et une certaine forme de priorité. Tu n’as jamais une place assurée dans la NFL, mais ça t'apporte un petit niveau de confort à court terme. La Ligue canadienne de football (LCF) n'est pas en reste. Un trio de quarts a été choisi pendant le repêchage, du jamais-vu depuis 2001, tandis que le circuit Johnston compte deux partants nationaux : Tre Ford (Elks d’Edmonton) et Nathan Rourke (Lions de la Colombie-Britannique). Le frère aîné de Kurtis Rourke figure d'ailleurs parmi la fine élite de la LCF. Le Britanno-Colombien a tenté sa chance dans la NFL après que ses prouesses sur le terrain eurent attiré les regards aux États-Unis. Il a bondi des Jaguars de Jacksonville aux Patriots de la Nouvelle-Angleterre, en 2023, et des Giants de New York aux Falcons d'Atlanta, en 2024. Nathan Rourke Photo : Associated Press / Wilfredo Lee Sans succès après quatre essais, Nathan Rourke est maintenant de retour dans sa province natale aux commandes de l'unité offensive des Lions. Aux premières loges pour constater l'épanouissement du talent des quarts canadiens au cours des trois dernières décennies, le réputé Anthony Calvillo a observé une nette progression depuis qu’il s’est amené en sol unifolié en 1995. Le prolifique passeur voit d'un très bon œil la mise sur pied du programme de stages dédiés aux quarts évoluant dans l'U Sports. L'initiative est apparue en 2010 et découle d'une volonté de la LCF à former les meneurs offensifs des universités au pays. Les Alouettes ont accueilli Jonathan Sénécal durant leur camp d'entraînement, d'abord en 2022, puis en 2024, avant de jeter leur dévolu en avril sur le pivot des Carabins de l'Université de Montréal. Son homologue Éloa-Latendresse-Régimbald est l'heureux élu cette année. C'est pourquoi j'adore le programme actuel de la LCF avec les universités canadiennes. Ces jeunes, comme Éloa, peuvent désormais venir dès maintenant, tout comme Jonathan Sénécal l'an dernier. Ils sont arrivés et ont l'occasion de vivre l'expérience d'un camp professionnel, de voir la compétition et son intensité. De cette façon, lorsqu'ils reviendront l'année suivante, ils ne seront pas surpris. Ils savent à quoi s'attendre. Je suis donc ravi qu'ils aient ce programme maintenant. L'accompagnement des entraîneurs dans les rangs scolaires transparaît dans le développement des quarts nationaux, estime Anthony Calvillo, ajoutant que ceux-ci Jonathan Sénécal Photo : Gracieuseté : Carabins de Montréal En débarquant au camp d'entraînement des Alouettes, malgré le fait qu'il s'agissait de ses débuts professionnels, Jonathan Sénécal se trouvait donc en terrain connu. Le programme de stages de la LCF y est pour beaucoup. En plus d'avoir profité de deux longues immersions dans le nid montréalais, la recrue repêchée au septième tour (62e rang) s'est déjà retrouvée sous l'aile d'Anthony Calvillo lorsqu'ils étaient tous deux avec les Carabins, en 2021. Jonathan Sénécal Photo : James Hajjar / Carabins de l'Université de Montréal. Pourquoi pas? Ultimement, je pense qu'il faut faire attention avec l'étiquetage, répond l'agent de joueurs de football Sasha Ghavami. Si tu es bon, tu es bon. Ça donne des modèles à la position. C'est le développement qui va compter, ce sont des intangibles, il y a tout ça. Je ne serais vraiment pas étonné de voir éventuellement un quart canadien aux commandes d'une équipe de la NFL.
Chaque année, on se rapproche un peu plus
, enchaîne le coordonnateur offensif et entraîneur des quarts des Alouettes de Montréal, Anthony Calvillo, qui voit une continuité dans cet élan.Je vais donc encourager ces deux gars à se démarquer. Et cela ne fera qu'inspirer d'autres jeunes quarts canadiens. Je suis convaincu qu'il y a de jeunes quarts qui regardent ça en se disant : "ça pourrait être moi un jour".


Il y a différents facteurs qui mènent à ça. Les Packers ont clairement vu quelque chose en Elgersma. Pour eux, c'était peut-être une étape nécessaire, mais avec une grande confiance qu'il allait pouvoir faire l'équipe. Mais c'est sûr que c'est difficile quand tu arrives là sans contrat. Il faut que tu déloges quelqu'un
, explique Sasha Ghavami.En même temps, ça bâtit l'adversité. Je n'étais pas étonné de voir qu'il était à sa place avec les Packers. Je trouvais franchement que c'était une bonne union, il l’avait beaucoup recruté, beaucoup analysé. C'est vraiment impressionnant de voir des joueurs qui réussissent à aller dans des essais de minicamp et faire leur place. Ça m'impressionne beaucoup.
Les frères Rourke à tour de rôle

Quand tu regardes la famille Rourke, c'est vraiment cool, ce que Nathan et Kurtis ont réussi à faire. Je pense que le football canadien est en plein essor. Il y a de plus en plus de recruteurs des deux côtés de la frontière qui les analysent à la lettre, surtout la NFL qui porte beaucoup plus d'attention. Je suis bien emballé de voir comment ça progresse
, se réjouit Sasha Ghavami.Les équipes portent attention au football qui se joue ici. Si tu es un bon joueur, elles vont te trouver. La réalité, c'est que les quarts ne sont pas exclus de ça. Ce n'est pas comme si c'était une mode, ça prend du talent, mais les talents se développent plus jeunes [...] Ma perspective, c'est que tu vas avoir plus de talent parce que tu as aussi plus de portes possibles pour ces joueurs
, considère l'agent de joueurs de football.Des stages formateurs, selon Calvillo
À mes débuts dans la LCF, je pense que c'était un choc pour certains quarts canadiens qui sortaient du circuit universitaire canadien de voir la compétition des autres quarts
, estime le célèbre no 13 des Alouettes.jouent un rôle important dans ce processus
.Je pense que les entraîneurs s'améliorent chaque année à tous les niveaux, cela ne peut qu'aider les jeunes joueurs, et je trouve cela formidable. Il faut féliciter les jeunes entraîneurs du secondaire, du cégep et de l'université au Québec, car ils font leur travail : ils étudient la position de quart, participent à des stages de football, recueillent beaucoup d'informations et les aident. Lorsqu'ils arrivent chez nous, ils ont été très bien encadrés
, souligne le membre du Temple de la renommée du football canadien depuis 2017.Je ne veux pas dire que le coaching était mauvais, pas du tout, mais je pense que ça motive aussi le coaching de voir que leurs joueurs ont des débouchés. De voir qu'il y a des occasions qui peuvent arriver. Ça aussi, c'est le fun. C'est motivant pour tout le monde ultimement
, renchérit Sasha Ghavami.
Le plus important, c'est qu'il a toujours confiance en ses moyens. Il a toujours eu la force de bras nécessaire. Puis, en tant que quart, il faut être prêt mentalement à affronter le chaos qui se présente à soi
, soutient-il.Il est tellement athlétique qu'il pouvait beaucoup courir ces dernières années et créer des occasions avec ses jambes. Ce que j'ai apprécié jusqu'ici, c'est qu'il a réussi à demeurer dans la pochette protectrice pendant le camp d'entraînement. Même quand elle cède, il ne la quitte pas. C'est excitant à voir en tant qu'entraîneur des quarts et comme organisation, car on veut voir un quart capable de rester dans la pochette protectrice et gérer tout le chaos qui accompagne ce métier
, poursuit Anthony Calvillo.Je l'ai remarqué à l'époque et je le constate encore aujourd'hui. Maintenant, il s'agit simplement d'être constant. C'est ce que nous recherchons comme athlètes. Qui peut être constant semaine après semaine, jour après jour, même lorsqu'il est fatigué physiquement et mentalement? Qui a la force de tenir le coup? Il montre qu'il possède tout ça.

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