Des Nunavummiut voudraient que le suicide fasse l’objet d’une situation de crise
Alors que des recommandations ont été faites à l'issue d'une enquête du coroner qui a pris fin le mois dernier, des intervenants dans le domaine de la santé mentale et une députée estiment que le gouvernement du Nunavut devrait s'inspirer de ce qu'il a fait par le passé et décréter une situation de crise autour du suicide. L’enquête du coroner portait sur la mort de George Arlooktoo, survenue en 2019 à la suite d’une intervention policière à Kimmirut. Le jury a conclu qu'il s'était suicidé. Une des recommandations principales du jury était que le gouvernement territorial déclare une situation de crise en raison du taux de suicide élevé au Nunavut. En 2015, c’est précisément ce qu’a fait le gouvernement à la suite d'une enquête du coroner qui avait recommandé que le suicide fasse l'objet d'une urgence de santé publique. Un peu plus tôt, en 2013, l'année avait été marquée par un nombre record de suicides dans le territoire. Après la déclaration de la situation de crise, le premier ministre de l'époque, Peter Taptuna, avait nommé Kilikvak Kabloona au poste de sous-ministre déléguée à la qualité de vie. Elle avait alors la responsabilité de coordonner les actions du gouvernement visant à prévenir le suicide. Aujourd’hui, en tant que directrice générale de Nunavut Tunngavik, elle se souvient de l’impact de la décision du gouvernement de l’époque. Selon Kilikvak Kabloona, le fait de déclarer une situation de crise autour de la question du suicide avait permis au gouvernement d'accéder à davantage de financement. Photo : CBC / Samuel Wat Son travail a abouti à un plan d’action territorial d’un an et à la Stratégie nationale de prévention du suicide chez les Inuit d’Inuit Tapiriit Kanatami. Cette dernière reçoit du financement fédéral annuellement depuis 2019. La décision prise en 2015 a eu d’autres résultats favorables, ajoute Kilikvak Kabloona, tels que les programmes basés sur le territoire et le centre de traitement des traumatismes et des dépendances à Iqaluit. Dix ans plus tard, le suicide reste un sujet pénible pour la majorité des résidents. Tout le monde au Nunavut connaît quelqu’un qui est touché. Ces personnes nous manquent beaucoup. C’est difficile. D’après les données du Bureau du coroner en chef, il y a eu 32 décès par suicide au Nunavut en 2024, un chiffre qui correspond à la moyenne des 10 dernières années. Le territoire a le taux de décès par suicide le plus élevé du pays. Elle souligne que les ministères gouvernementaux doivent unir leurs forces pour lutter contre le fléau du suicide. Toutefois, elle admet que le gouvernement fait face à un taux élevé de postes vacants et à du personnel surmené. En 2023, la députée d'Iqaluit-Sinaa, Janet Pitsiulaaq Brewster, a demandé au gouvernement territorial de déclarer une situation de crise concernant le suicide. Photo : CBC / Samuel Wat Selon Janet Pitsiulaaq Brewster, il faut offrir davantage de services de soutien en santé mentale dans les communautés pour éviter à la population de devoir se rendre à Iqaluit. Le ministère de la Santé dit travailler à l’élaboration d’un nouveau réseau en santé mentale pour mieux comprendre le taux de suicide. Il dit également collaborer avec d’autres ministères dans le but de répondre aux recommandations du jury. Kennedy Haines est chargée d’évaluer les programmes du quatrième plan territorial de prévention du suicide, Inuusivut Annirnaqtut 2024-2029. Prévenir le suicide, souligne-t-elle, veut aussi dire s’attaquer aux facteurs sociaux qui ont un effet sur la santé, comme le logement, la sécurité alimentaire et les traumatismes intergénérationnels. Tout le monde en est responsable. Selon Kennedy Haines, le gouvernement doit adopter une approche ciblée des ressources disponibles pour prévenir le suicide, en particulier dans les plus petites communautés du Nunavut. Photo : CBC / Samuel Wat C’est un message qu’elle a transmis à plusieurs jeunes lors d’un événement qui s’est tenu ce mois-ci et qui mettait l’accent sur le soutien communautaire. Mia Maurice, qui enseigne le chant de gorge et la danse du tambour, a pris part à l’événement. Elle dit avoir remarqué que les jeunes parlent beaucoup de leur santé mentale, mais aussi que certains ont de la difficulté à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent. Aura Kwon, gauche, et Miria Quassa, à droite, ont participé à un rassemblement de jeunes pour discuter de la santé mentale et du plan d'action Innusivut Annirnaqtut 2024-2029. Photo : CBC / Samuel Wat Aura Kwon, une participante, se sentait pleine d’optimisme. Tout comme Miria Quassa, une autre participante, Aura Kwon estime aussi qu’il est important de faire connaître aux autres Nunavummiut la richesse et la beauté de la culture inuit. Avec les informations de Samuel WatPlus de résultats positifs

Cela a ouvert la porte au recrutement de personnel, à l'obtention de financement et à la collaboration avec d’autres partenaires
, dit-elle.Renforcer la collaboration
Je suis troublée par le fait que, 10 ans après la première déclaration de crise, nous en sommes revenus au point de départ
, affirme Janet Pitsiulaaq Brewster, la députée territoriale de la circonscription d'Iqaluit-Sinaa.Déclarer une situation de crise ou un état d’urgence permettrait de mobiliser davantage de ressources pour le secteur public
, estime-t-elle.
Une responsabilité partagée


Voir le nombre de jeunes impliqués dans ces événements communautair, c’est la preuve d’un avenir brillant pour la communauté
, dit-elle en souriant.
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