Notre tolérance à la chaleur est moins grande qu’on le pensait
Les limites de la thermorégulation humaine, c’est-à-dire la capacité du corps à maintenir une température stable en conditions de chaleur et d’humidité extrêmes, sont moins élevées qu’on le pensait jusqu’à aujourd’hui, montrent les travaux des chercheurs Robert Meade et Glen Kenny associés à l’Unité de recherche sur la physiologie environnementale et humaine (HEPRU) de l’Université d’Ottawa. Imaginez une voiture sans système de refroidissement! Le moteur va surchauffer très rapidement! Bien cerner la chaleur que le corps peut endurer est essentiel dans le contexte actuel des changements climatiques. En fait, des températures et des taux d’humidité qui dépassent la limite à laquelle les humains peuvent survivre sont déjà observés dans plusieurs régions du globe, et d’autres s’ajouteront à la liste dans les prochaines décennies. Selon l'ONU, en 2024, le seuil des 50 °C a été dépassé dans au moins 10 endroits aux États-Unis, au Maroc, aux Émirats arabes unis, en Inde et en Chine. Ce seuil avait été dépassé précédemment dans d'autres pays, notamment au Mexique, en Jordanie, en Irak et au Pakistan. Si le seuil des 50 °C n'aurait pas été dépassé au Canada, les étés y sont quand même de plus en plus chauds. Durant la vague de chaleur de juin 2021 dans l’Ouest, la température est montée à 49,5 °C à Lytton, au nord de Vancouver. Des dizaines de morts ont alors été associés à l’épisode de chaleur extrême qui avait duré plusieurs jours. C’est pour cette raison qu’il est important que les autorités de santé publique disposent d’outils précis d’évaluation qui leur permettent d’intervenir rapidement auprès des groupes plus vulnérables, notamment les personnes âgées et celles qui vivent avec une maladie chronique. À ce jour, la limite théorique de survie humaine était de 35 °C au thermomètre humide, ce qui représente 35 °C avec une humidité de 100 % ou 46 °C avec 50 % d’humidité. Or, les présents travaux montrent que cette limite est plus basse et serait comprise entre 26 °C et 31 °C au thermomètre humide. Pour arriver à ces nouveaux chiffres, l’équipe de recherche a exposé 12 participants pendant 9 heures à différentes conditions de chaleur et d’humidité au repos dans une chambre où la température est contrôlée. Les volontaires ont ensuite dû revenir au laboratoire pour une autre journée entière d’exposition à des conditions extrêmes se situant juste au-dessus de leur limite estimée de thermorégulation. Dans cette expérience, les volontaires ont été soumis à des conditions de 42 °C avec 57 % d’humidité, ce qui représente un facteur humidex d’environ 62. Les chercheurs ont ainsi pu déterminer le point où la thermorégulation devient impossible à soutenir. Nos résultats sont clairs. La température corporelle des participants a augmenté continuellement, si bien que bon nombre d’entre eux n’ont pas pu terminer l’exposition de 9 heures. Les limites thermorégulatrices obtenues par les chercheurs canadiens sont dérivées du protocole de changements thermiques progressifs. Le professeur Kenny explique que ce qui distingue ses travaux d’autres, menés avec le protocole, c’est que les volontaires ont dû revenir au laboratoire et passer une autre journée d’exposition à des conditions se situant juste au-dessus de leur limite estimée de thermorégulation. Il faut aussi noter que la capacité de thermorégulation d’une personne peut varier au gré de la saison. Par exemple, la limite de thermorégulation lors d’une première canicule en mai est beaucoup plus basse que lors d’une vague de chaleur observée en septembre. Et les seuils sont différents pour certains groupes comme les personnes âgées et celles qui vivent avec des maladies chroniques. Cette réalité et les nouvelles compréhensions de la thermorégulation humaine doivent être prises en considération et guider les politiques de santé et les mesures de sécurité publique qui sont mises en place, estiment les chercheurs.C’est important de maintenir un système stable parce que toute notre physiologie est basée sur le contrôle de la température
, explique le professeur Glen Kenny, dont les travaux sont publiés dans la revue PNAS (nouvelle fenêtre) (en anglais). Quand la température monte
Mieux cerner le stress thermique
Nos données constituent la première validation directe du protocole, qui est pourtant utilisé pour estimer les limites supérieures de la thermorégulation depuis près de 50 ans
, explique le professeur.Le corps s’acclimate durant la saison
En intégrant les données physiologiques aux modèles climatiques, nous espérons mieux prédire les problèmes de santé dus à la chaleur, ce qui nous permettra de mieux intervenir auprès des plus vulnérables
, observe le professeur Glen Kenny.
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