Des agriculteurs se sentent oubliés dans la guerre tarifaire qui frappe le Canada
Une productrice de canola saskatchewanaise doit faire face à un avenir marqué par beaucoup « d’incertitudes », en raison des tarifs douaniers imposés par la Chine et les États-Unis, alors que son grain et ses engrais, d'une valeur de centaines de milliers de dollars, attendent d'être semés. Près de Moose Jaw, à environ 60 km à l’ouest de Regina, Margaret Rigetti et sa famille ont une ferme où elles cultivent du canola, du blé, du blé dur, des lentilles et des pois chiches. Margaret Rigetti estime que les agriculteurs se sentent oubliés par Ottawa. Photo : Radio-Canada / Alexandre Silberman À l’approche de l’ensemencement, Margaret Rigetti admet se sentir désemparée face à la situation. Le Canada est frappé par des droits de douane imposés à titre de rétorsion par la Chine depuis mars. Pékin répond ainsi aux taxes sur les véhicules électriques, les produits en acier et en aluminium produits en Chine imposés par Ottawa en 2024. Les agriculteurs sont ainsi frappés par des droits de douane de 100 %, notamment sur leurs exportations d'huile de canola vers la Chine, qui fait partie de leurs principaux partenaires commerciaux, avec des exportations s'élevant à 5 milliards de dollars. La Chine impose des tarifs de 100% sur le canola canadien. Photo : Radio-Canada / Cory Herperger Margaret Rigetti estime que les agriculteurs se sentent oubliés dans la stratégie qu'Ottawa a mise en place en ce qui concerne les tarifs douaniers imposés par la Chine. Elle se demande pourquoi prioriser une industrie émergente de véhicules électriques en Ontario au détriment des produits agricoles. Ces tarifs douaniers ont été annoncés alors que le Canada est engagé dans un bras de fer commercial avec les États-Unis. L'administration de Donald Trump a imposé des tarifs sur le Canada, entraînant une chute rapide du prix du canola, suivie de fluctuations changeantes, avant que les prix ne remontent au cours des dernières semaines. Les États-Unis sont le premier partenaire commercial du Canada pour les exportations de produits à base de canola, d'une valeur s'élevant à 7,7 milliards de dollars. Margaret Rigetti, qui est également directrice du conseil d'administration de Sask OilSeeds, a souligné que les enjeux sont majeurs pour son industrie, qui s'est construite autour du libre-échange. Le Canada exporte 90 % de sa production de canola dans le monde. En janvier dernier, les États-Unis ont annoncé que le biocarburant à base de canola n’allait plus être qualifié pour le Crédit d’impôt pour la production de carburants critiques (Critical Fuels Production Credit), une douche froide pour les producteurs de canola. La demande pour le canola est en croissance en tant que biocarburant, un produit de base pour la création de diesel et de carburant d'avion renouvelables qui produisent moins d'émissions que les carburants traditionnels. (Photo d'archives) Photo : (Mike Stewart/The Associated Press, Jeff McIntosh/The Canadian Press) En raison de l'incertitude, les projets d'usines de transformation du canola, d'une valeur de plusieurs milliards de dollars, en Saskatchewan ont été suspendus ces derniers mois. Ces installations font partie de la stratégie de la province visant à porter le chiffre d'affaires du secteur agricole à valeur ajoutée à 10 milliards de dollars d'ici 2030. Pour offrir plus de stabilité aux agriculteurs canadiens, le gouvernement fédéral a annoncé un renforcement de son programme Agri-stabilité. Ottawa a doublé le taux d'indemnisation et augmenté le plafond de paiement en le faisant passer à 3 millions de dollars. Avec les informations d'Alexandre Silberman
Cela nous amène à nous demander si planter du canola est vraiment la bonne décision à prendre
, confie-t-elle.Un secteur agricole sacrifié au profit d'autres industries?

Si notre industrie du canola doit être sacrifiée au profit d'une politique commerciale canadienne qui privilégie d'autres secteurs comme l'automobile ou les produits laitiers, il faut comprendre que le préjudice subi par nos exploitations agricoles et nos communautés sera dévastateur
, assure-t-elle.Des tarifs douaniers et un autre coup dur pour le Canola

Sans l'admissibilité à ce crédit d'impôt, il est difficile pour nous d'être compétitifs sur le marché américain des biocarburants
, indique Chris Vervaet, directeur général de l’Association du Canadian Oilseed Processors.La répercussion immédiate, c'est : où allons-nous vendre nos produits demain?
, s’inquiète-t-il.
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