Aucune compétition déloyale selon les pêcheurs de homard autochtones
La Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk, au Bas-Saint-Laurent, se défend de pratiquer une pêche commerciale déguisée du côté nord de la Gaspésie. Des pêcheurs de homard gaspésiens estiment que les permis exploratoires réservés aux communautés autochtones, distribués gratuitement par le fédéral, demeurent une concurrence injuste à leur endroit.
Tout ce qu’on touche ne se transforme pas nécessairement en or
, lance d’entrée de jeu le directeur des pêches commerciales pour la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk, Guy-Pascal Weiner.
Mercredi, 150 pêcheurs et aides-pêcheurs gaspésiens ont fait une sortie publique disant déplorer que depuis 2021, le gouvernement fédéral a accordé une priorité d’accès sans limite à toutes les pêches existantes et futures sur l’ensemble de la Gaspésie et du golfe du Saint-Laurent aux Premières Nations
.
La communauté Wolastoqiyik Wahsipekuk, qui exploite trois permis de pêche exploratoire au homard depuis 2018 entre Matane et Sainte-Anne-des-Monts, tient à apporter un bémol.
On a un statut précaire, un statut exploratoire qui était tout d’abord des permis expérimentaux. Oui, on peut exercer le métier, mais on n’a toujours pas un actif, on n’a toujours pas un permis commercial.

Guy-Pascal Weiner est directeur des pêches commerciales pour la Première Nation Wolastoqiyik Washipekuk.
Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon
Dans la zone 19, de Cap-Gaspé à Cacouna, Ottawa compte délivrer, en trois phases, 17 permis de 250 casiers à 11 communautés autochtones, dont quatre supplémentaires aux Wolastoqiyik.
Le fédéral accordera, par ailleurs, 35 permis de 100 casiers à des pêcheurs allochtones en difficulté, principalement des crevettiers.
Si la biomasse ne peut pas supporter une pêche commerciale au cours du déploiement de ces trois phases, Pêches et Océans Canada a toujours assuré que la préservation de la ressource primerait sur le développement économique.

Le directeur général du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, O'Neill Cloutier, qui représente plus de 160 pêcheurs, dit avoir été pressé par ses membres de prendre position sur les critères d'octroi de permis de pêche exploratoire aux communautés autochtones.
Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat
Le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie estime que ces permis de pêche exploratoire ont été délivrées sans données scientifiques fiables.
Encore une fois, Guy-Pascal Weiner tient à rappeler que les pêcheurs de sa communauté ont mesuré pas moins de 300 000 homards depuis 2018 et les évaluations scientifiques ont été menées en collaboration avec l’Institut Maurice-Lamontagne et l’Association de gestion halieutique autochtone Mi’gmaq et Wolastoqey, soit l’organisme de recherche en pêche des communautés autochtones présentes dans l’Est-du-Québec.
On va pêcher le homard à Rimouski. On a 250 casiers et on prévoit déjà mettre à l’eau 125 casiers par jour
, précise M. Weiner. Dans une mesure volontaire, on regarde comment on ne pourrait peut-être pas réduire la taille maximale, d’un point de vue conservation. Je crois qu’il n’y a rien de gênant dans ce qu’on fait
, se défend-il.
Il rappelle aussi que le homard pêché par sa communauté est vendu dans des usines de la Haute-Gaspésie ou du Bas-Saint-Laurent, donc les retombées économiques dépassent les frontières de la Première Nation.
Par ailleurs, Ottawa autorise aussi la pêche expérimentale dans un secteur, de Cap-Gaspé à Mont-Louis, où huit pêcheurs détiennent des permis commerciaux.
Les pêcheurs commerciaux estiment que les permis de pêche exploratoire donnant droit à 250 casiers représentent une pêche commerciale déguisée qui mettra en péril des pêcheurs qui disent avoir payé jusqu’à huit millions de dollars par permis commercial. Les droits de pêche exploratoire, quant à eux, sont distribués gratuitement.
C’est vrai que l’effort est comparable à une pêche commerciale. Par contre, le statut, sur papier, ne nous garantit absolument rien. Ça demeure un statut précaire
, rétorque le représentant autochtone.

Les communautés Mi’gmaw de la Gaspésie pêchent déjà le homard dans les autres zones commerciales de la région.
Photo : CBC / Eric Woolliscroft
Entretenir une bonne entente
M. Weiner espère maintenant que la relation cordiale entre les pêcheurs allochtones et autochtones du Québec se poursuivra, contrairement aux incidents qui ont marqué dans le passé des communautés de pêcheurs des Maritimes.
La relation sur les quais a toujours été respectueuse au Québec. On sait qu’il en est autrement, à l’occasion, dans les provinces de l’Atlantique, donc c’est avec la main tendue et le sourire qu’on veut aborder la prochaine saison de pêche
, conclut le représentant de la Première Nation du Bas-Saint-Laurent.
La pêche au homard débute normalement dans la dernière semaine du mois d’avril en Gaspésie. La région compte quelque 160 pêcheurs de homard.
Les pêcheurs gaspésiens et madelinots connaissent, ces dernières années, des saisons records, à la fois quant à la valeur et la quantité des débarquements.
D'après une entrevue à l'émission Bon pied bonne heure
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