Le chef libéral Mark Carney se défend d’avoir fait de l’évitement fiscal
Le chef du Parti libéral, Mark Carney, a dû se défendre d’avoir coprésidé deux fonds d’investissement enregistrés aux Bermudes, un territoire qui offre d’importants avantages fiscaux aux compagnies, lorsqu’il était à la tête de Brookfield Asset Management (BAM), une société canadienne de gestion d’actifs.
C’était une question d’efficacité
, a-t-il soutenu. C’est une méthode afin d’avoir les impôts payés ici au Canada par les individus.
Je comprends comment le monde fonctionne, comment ces structures fonctionnent et j’ai la capacité de mettre en œuvre les règles nécessaires pour m’assurer que les taxes appropriées sont payées ici, au Canada.
Les entités ayant investi dans ces fonds sont notamment la Caisse de dépôt et placement du Québec et le Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l'Ontario, selon M. Carney. Les bénéficiaires de ces fonds doivent payer les taxes.
L’important est que le flux des fonds soit dirigé vers des entités canadiennes qui paient ensuite les impôts de manière appropriée, plutôt que les impôts soient payés plusieurs fois avant d’y parvenir
, a expliqué M. Carney.
Cela n’évite pas l’impôt, l’impôt est payé au Canada
, a-t-il assuré.

Mark Carney a utilisé un paradis fiscal pour attirer des investisseurs. Les explications de Laurence Martin.
Les deux fonds, d’une valeur totale de 25 milliards de dollars, investissent dans les secteurs de la transition énergétique et de l’économie à zéro émission nette.
L’utilisation de paradis fiscaux n'est pas illégale
, a rappelé d'emblée le fiscaliste André Laureau, professeur associé à la Faculté de droit de l'Université Laval, en entrevue à Midi Info, diffusée sur ICI Première.
Si une société l'utilise pour camoufler des revenus et ne pas les divulguer aux autorités canadiennes, alors ça devient de l'évasion fiscale
, a-t-il nuancé.
Selon lui, les sociétés enregistrées dans un paradis fiscal n'ont pas à payer de l'impôt sur leurs profits rapatriés au Canada.
Toutefois, en vertu d'un « accord de renseignement », ces entreprises acceptent en retour que le Canada se mette le nez dans leurs affaires
afin de s'assurer que l'argent ne soit pas issu de la criminalité.
Les particuliers, eux, devront payer de l'impôt sur leur revenu de dividende, d'intérêt ou d'autres
, a-t-il expliqué, abondant dans le même sens que M. Carney.
Poilievre trouve ridicule
l'explication de Carney
Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, a ridiculisé la réponse de son adversaire libéral, argumentant qu’il ne voit pas l’utilité d’investir de l’argent aux Bermudes si on doit payer des impôts au Canada de toute façon. C'est ridicule, ce que M. Carney suggère.

Le chef conservateur fédéral Pierre Poilievre s'apprête à monter à bord de son avion de campagne à l'aéroport international John C. Munro de Hamilton, le mercredi 26 mars 2025, en compagnie de sa famille.
Photo : La Presse canadienne / Nick Iwanyshyn
Il prétend que, d'une manière ou d'une autre, cet argent est canalisé grâce à une économie d'impôt aux Bermudes pour revenir ensuite au Canada. Pourquoi ne pas le laisser au Canada en premier lieu? Ça ne fait pas de sens
, a-t-il ajouté.
Il dit qu'il sait comment fonctionne le monde, eh bien, il sait comment le faire fonctionner pour lui et contre vous. Et c'est ce qu'il fera en tant que premier ministre.
En point de presse à Montmagny, au Québec, M. Poilievre a réitéré sa demande que M. Carney dévoile ses actifs, argumentant qu’il les cache dans un paradis fiscal pour éviter de payer les impôts imposés aux travailleurs canadiens.
Si le plombier, le mécanicien ou les travailleurs payent leurs taxes ici au Canada, M. Carney et les milliardaires devraient payer leurs taxes ici aussi
, a ajouté le chef conservateur.
En ce qui le concerne, il assure avoir rapatrié ses actifs au Canada après l’élection de Donald Trump aux États-Unis.
Singh se dit inquiété
Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, a accusé Mark Carney de prioriser les riches par rapport aux citoyens moyens.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, était en visite au centre récréatif pour personnes âgées de Sackville, à Hamilton, en Ontario, le 26 mars 2025.
Photo : Reuters / Carlos Osorio
Son bilan montre, et on a de plus en plus de preuves, qu'il est là pour défendre les intérêts des ultrariches.
Ce n'est pas quelqu'un qui met l'intérêt du Canada en avant, parce qu'on sait que la contribution des taxes, ça contribue à notre système de santé, nos pensions et nos services. Donc, il a décidé d'éviter de contribuer
, a dénoncé M. Singh.
Le chef néo-démocrate, qui était à Hamilton, en Ontario, pour parler du plan fiscal du NPD, a souligné que la décision de M. Carney de baser ces fonds aux Bermudes soulevait des questions
, à savoir si le chef libéral allait favoriser les grandes entreprises plutôt que les contribuables.
C'est inquiétant et je suis inquiété, a-t-il affirmé. Je pense que les Canadiens vont être inquiétés aussi.
Blanchet demande à nouveau que Carney dévoile ses avoirs
Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a, quant à lui, insisté sur le fait que Mark Carney devrait divulguer l’ensemble de ses intérêts économiques, de ses avoirs et de ses actifs.
Il est dans une position où il ne semble pas – je veux les détails – payer légitimement au Canada les impôts qu'il devrait y payer, pendant que les familles et les jeunes ménages du Québec se demandent comment ils vont payer leurs propres impôts
, a déclaré le chef bloquiste sur la scène des studios MELS, à Montréal, où aurait dû avoir lieu le Face-à-Face de TVA , annulé après le refus des libéraux d’y participer.

Yves-François Blanchet était au studio MELS mercredi matin.
Photo : Radio-Canada
Il me semble essentiel que M. Carney lève toute espèce de doute par rapport au risque qu'il a évité, et qu'il évite encore, dans un avenir prochain, de payer sa part légitime d'impôts à l'État canadien, à l'encontre des intérêts des petits payeurs de taxes et d'impôts qui sont dans toutes les régions du Québec, puis qui en arrachent.
En réponse à la question d’un journaliste lors de son point de presse, mercredi, M. Carney a répondu qu’il n’avait plus d’actifs dans BAM. Je n’ai rien, mis à part de l’argent comptant et de l’immobilier
, a-t-il dit, avant d’ajouter plus tard que ses actifs étaient placés dans une fiducie sans droit de regard, un outil destiné à permettre aux politiciens d'éviter les conflits d'intérêts.
J'ai respecté toutes les règles, en fait, j'en ai même fait plus que ce qui était exigé
, a encore soutenu le chef libéral.
Mark Carney a présidé le conseil d’administration de Brookfield Asset Management, une société canadienne de gestion d’actifs, de 2020 et au 15 janvier 2025, lorsqu’il s’est lancé dans la course à la chefferie.
Avec des informations de Jean-François Thériault
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