Le jeu de Christian Dvorak sort enfin de l’ombre
On voit constamment Christian Dvorak mâchouiller son protecteur buccal pendant les matchs. On le voit moins souvent sourire. Le centre de 29 ans célèbre les buts, les siens ou ceux d’un coéquipier, avec la même expression taciturne qu’un joueur de poker. Or, samedi soir, après que Brendan Gallagher lui eut servi une brillante passe depuis la rampe vers le haut de l’enclave, Dvorak s’est amené devant le gardien Mackenzie Blackwood, de l’Avalanche du Colorado, et l’a trompé en logeant un revers dans la lucarne du côté rapproché. L’Américain a levé un bras en passant derrière le filet et il a esquissé un très léger sourire avant que Gallagher ne se jette dans ses bras. Selon ses standards à lui, on pourrait appeler cela un débordement. Sa manœuvre ressemblait quelque peu à ce qui avait constitué son premier but en carrière, le 3 novembre 2016 en Arizona. Dvorak s’était amené dans l’enclave, sa feinte avait fait mordre le défenseur Roman Josi, des Predators de Nashville, puis il avait battu le gardien Pekka Rinne du revers. Depuis, Dvorak a passé beaucoup de temps à travailler sur ce revers, entre autres durant l’été 2023 alors qu’il récupérait d’une opération à un genou. Lorsqu’on lui demande quels buts ont suscité le plus d’enthousiasme chez lui dans sa carrière, Dvorak évoque justement son premier en carrière… et celui qu’il a le plus frais en mémoire, celui qui a égalé la marque 4-4 et couronné une improbable remontée du Tricolore face à l’Avalanche. Il a beaucoup été question récemment de l’atmosphère survoltée du Centre Bell à l’approche des séries, et Dvorak a ses propres raisons de vouloir entendre la foule rugir plusieurs fois de cette façon. C’est qu’il n’a participé qu’à neuf rencontres éliminatoires depuis son arrivée dans la Ligue nationale. Et encore, ce n’était pas l’expérience totale. J'ai joué seulement neuf matchs de séries et c'était l'année de la COVID, donc je n'ai jamais vraiment vécu de séries éliminatoires avec des amateurs. Ce serait vraiment spécial, surtout de le faire ici avec ces partisans-là, ce serait génial. Ils attendent ça depuis un petit moment ici, alors ce serait vraiment cool d'avoir cette atmosphère de séries à Montréal. Dvorak a choisi un bon moment pour connaître ses meilleurs moments en carrière, ou à tout le moins depuis qu’il s’est joint au Canadien. Dire qu’il ne nous avait pas habitué à attirer les réflecteurs vers lui serait un euphémisme. Rares sont les joueurs qui ont passé quatre saisons à Montréal et qui demeurent relativement inconnus du public. Mais le jeu de Dvorak, en particulier depuis le retour de la Confrontation des 4 nations, le rend difficile à ignorer. Au cours des trois saisons précédentes, Josh Anderson et Brendan Gallagher avaient été ses ailiers les plus fréquents, mais plus souvent qu’autrement au sein de combinaisons différentes. Les trois ensemble avaient passé moins de 95 minutes ensemble à 5 contre 5 selon Natural Stat Trick. Les expériences passées pouvaient entre autres laisser croire que Dvorak n’était pas le centre dont avait besoin Gallagher car systématiquement leur trio semblait manquer d’explosion en contre-attaque. Or, la venue du rapide Anderson à leurs côtés leur a permis de développer un jeu de transition beaucoup plus élastique et la nouvelle utilisation par Anderson de sa vitesse en défense aide son trio à passer moins de temps dans son territoire. Selon Dvorak, les trois joueurs ont bénéficié de leur prévisibilité. Mais il n’y a pas que la vitesse d’Anderson qui fait une différence; celle de Dvorak aussi. Jake Evans disait récemment à la blague que Dvorak était plus rapide depuis qu’il s’était mis à manger des bananes avant les matchs. Le principal intéressé, plus sérieux, croit que le changement s’est opéré dès le début de la saison. Dvorak s’est amené à Montréal à la fin de l’été 2021 dans un contexte dont il pouvait difficilement sortir gagnant. Marc Bergevin avait laissé filer Phillip Danault sur le marché des joueurs autonomes pour quelques centaines de milliers de dollars de plus et il avait ensuite vu les Hurricanes de la Caroline lui chiper Jesperi Kotkaniemi par le biais d’une offre hostile. Forcé de trouver du renfort à la position de centre, l’ancien DG avait décidé de combler une des deux pertes par Dvorak, qui n’était pas tout à fait du même niveau que Danault. Le Canadien allait économiser 1 million $ sur le salaire de son deuxième centre par rapport à ce que Danault a soutiré des Kings de Los Angeles, mais à quel prix? Pour obtenir Dvorak, des Coyotes de l’Arizona, le Canadien a dû utiliser le choix de premier tour en 2022 qu’il venait de recevoir des Hurricanes en compensation pour Kotkaniemi ainsi qu’un choix de deuxième tour en 2024. Dvorak n’a pas vraiment pu se faire justice à son arrivée à Montréal car il a manqué une bonne partie de la deuxième moitié de la saison 2021-22 en raison d’une blessure au haut du corps. Il n’a guère été plus chanceux par la suite, car Dvorak s’est blessé en deuxième moitié de saison à chacune de ses trois premières campagnes à Montréal. La frustration des années précédentes étant derrière lui, Dvorak peut désormais contribuer comme il en est capable. Il continue d’être un rouage important de l’infériorité numérique, il est l’homme de confiance de Martin St-Louis pour les mises en jeu cruciales, et il a récemment connu face aux Sénateurs d’Ottawa son premier match de quatre points en carrière. Une chose est certaine : on n’aura jamais à s’inquiéter que Dvorak se laisse emporter par ses succès ou ceux de son équipe. La complaisance, très peu pour lui. Mais le Canadien est enfin en position de participer aux séries et cela, Dvorak y tient. Même si cela pourrait se produire dans ce qui ressemble à sa dernière saison à Montréal.Je n'ai jamais vraiment été du genre à célébrer après avoir marqué, a dit Dvorak. Je ne sais pas d'où ça vient, je pense qu'en grandissant, j’ai pris l’attitude que je devais agir comme si j’en avais marqué d’autres avant.
Mais sur ce dernier but, les gars se sont un peu moqués de moi parce que j’ai levé un bras un peu, puis Gally m'a carrément taclé. Ç’a été amusant.
Une connivence avec Anderson et Gallagher
On a une bonne chimie. On est à l'aise l'un avec l'autre sur la glace, on sait ce que les deux autres vont faire et leur travail a été énorme pour moi. Tu sais ce que tu vas obtenir de ces deux gars-là et c’est facile de jouer avec eux. Ils gagnent des tonnes de batailles, ils m’aident sur les mises en jeu, des petites choses comme ça, et ils savent où aller. Ils peuvent jouer sur 200 pieds et ils m'aident énormément.
Cette année, je me sens plus rapide que l'an passé, a-t-il indiqué. Le fait que je n'ai pas eu à soigner une blessure ou un truc du genre l'été dernier m’a aidé, tandis que l'été précédent j’avais eu mon genou. Le fait d'avoir un été complet pour travailler la vitesse, la rapidité, la puissance et le bas du corps, je n'ai pas vraiment pu faire ça l'année d’avant.
Enfin en santé
C’est clair que ç’a mal commencé, a convenu Dvorak. Je suis arrivé dans une équipe qui venait de se rendre en finale de la Coupe Stanley, et là les choses ont fait boule de neige la première année, avec les blessures et tout ça. Puis on a amorcé une sorte de reconstruction, ou peu importe comment vous voulez appeler ça.
C'est nul d'être blessé et de ne pas pouvoir aider l'équipe. Ce n'est pas le fun de regarder des matchs des lignes de touche, mais c'est de l'adversité et tu dois trouver ton chemin à travers ça. C'est un peu la situation dans laquelle je me trouve cette saison. L'objectif principal était de rester en bonne santé et c'est ce que j'ai fait jusqu'à présent, donc c’est bien.
J'ai ajusté son rôle et je lui lève mon chapeau parce qu'il s’est appliqué à la tâche et il a fait ses affaires, a indiqué St-Louis. D-Vo c'est un gars qui se présente et qui est facile à gérer. Présentement, il a une confiance très élevée, et c'est d'essayer de continuer à garder cette confiance-là parce qu’il est capable de faire beaucoup de choses sur la glace.
Cette année a été très amusante, a-t-il confié. Beaucoup de gens ont douté de nous, mais on croit en ce vestiaire, on aime nos chances de participer aux séries, et ce serait vraiment spécial d’y parvenir.
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