Après le feu, la longue reconstruction de Jasper
Huit mois après l'incendie qui a ravagé près du tiers de la localité de Jasper, un des « joyaux des Rocheuses », la vie reprend son cours au sein de la petite communauté de montagne. Les résidents réalisent aussi l’ampleur des défis associés à la reconstruction de leur ville.
Nous rencontrons Marie-Andrée Arcand dans la roulotte au sud de la ville où elle et sa famille viennent d’emménager. Elle se rappelle avec émotion son arrivée, quelques jours auparavant.
J'ai tellement pleuré de joie, cette journée-là, de me dire "Je pense que je peux me projeter à long terme dans un trailer", on peut finalement être chez nous un petit peu.

Marie-Andrée, son conjoint Régis et leurs enfants prennent une photo de famille à côté de la roulotte où ils viennent d'emménager. En raison des délais de construction et de l'ampleur de la tâche liée aux assurances, ils pensent y vivre de trois à quatre ans.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
Après six mois dans un logement hôtelier, la famille pouvait enfin s’installer quelque part où elle vivra pendant quelques années, le temps de rebâtir sa maison. Sur le réfrigérateur, on peut déjà voir les photos des enfants, et de nouvelles plantes viennent d’être posées sur le bord de la fenêtre.

Marie-Andrée Arcand montre une photo de sa maison, tout en bois, qui a été détruite dans l'incendie de Jasper en juillet dernier.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
Chez moi, j'avais une grande vitre qui donnait vers le Sud, puis j'avais un grand meuble avec plein de plantes dans notre salle à manger
, se rappelle-t-elle. On soupait, puis on avait notre grand mur de plantes, donc d'avoir perdu ça j'étais vraiment triste, mais c'était surtout d'avoir perdu la verdure dans la maison, la vie.
En juillet dernier, alors que les flammes propulsées par des vents de plus de 100 km/h atteignaient Jasper, elle et sa famille ont perdu leur maison, tout comme des centaines d’autres. Au lendemain du sinistre, il ne restait plus que la cheminée et un plant de rhubarbe dans le jardin.
Au total, l’incendie de Jasper a détruit 358 bâtiments, soit environ 30 % des structures de la localité, et s’est étendu sur 33 000 hectares, ce qui en fait le deuxième feu en importance de l’histoire du pays, après celui de Fort McMurray. Le Bureau d’assurance du Canada estime les dommages assurés à plus de 1,23 milliard $.
Notre isolement relatif fait de [notre municipalité] un endroit absolument merveilleux pour passer des vacances, parce qu'on peut s'éloigner de tout
, explique le maire, Richard Ireland, lui-même sinistré. Mais pour ce qui est de la reconstruction, de l'accès à la main-d'œuvre et aux matériaux dont nous avons besoin pour cette reconstruction, c'est un défi.

Willie Dechesne (à gauche), originaire de Fort Nelson, en Colombie-Britannique, s'est installé à Jasper pour quelques mois afin d'effectuer des travaux de remédiation et de nettoyage.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
La ville la plus proche, Hinton, est à une heure de route.
Des entrepreneurs du nord de la Colombie-Britannique et de l’Alberta sont venus prêter main-forte, mais leur déplacement engage des coûts supplémentaires.
À ce défi s’ajoute le fait que Jasper, avec ses 5000 habitants permanents, est située au cœur même d’un parc national fédéral.

La Croix-Rouge canadienne, toujours bien présente à Jasper, est chargée de gérer les parcs de maisons mobiles durant la période de reconstruction.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
Pour simplifier le processus de reconstruction, la municipalité et Parcs Canada ont créé le Centre de coordination du rétablissement de Jasper.
Je ne saurais trop insister sur l'importance de ce partenariat et de cette collaboration avec la municipalité
, explique Amy Cairns, co-directrice du Centre.
À l’heure actuelle, plus de 98 % des permis de démolition ont été délivrés et plus de 50 % des terrains ont été nettoyés, selon Parcs Canada, mais les efforts de reconstruction devraient s'étaler sur plusieurs années.
Son équipe a publié, l’automne dernier, un guide de reconstruction pour aider les sinistrés à planifier les prochaines étapes. Certains des changements que nous avons apportés concernaient la résilience au feu, c'est-à-dire les constructions intelligentes et l'augmentation de la densité, parce que le logement était un problème même avant l'incendie
, explique Amy Cairns.

Le terrain de camping Wabasso demeurera fermé cet été en raison des dommages importants causés par l'incendie de juillet dernier.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
En bordure de la municipalité, des travailleurs procèdent aussi à des brûlages dirigés pour créer des pare-feu. Un travail essentiel pour mieux protéger la localité, renchérit son collègue Dave Argument, Gestionnaire de la Conservation des ressources à Parcs Canada.
Les conditions météorologiques changent. Chaque année, on se retrouve avec une saison des incendies pire que l'année précédente. Ainsi, avec le réchauffement du climat, vous pouvez le voir autour de Jasper cet hiver, une année avec très peu de neige
, dit-il. Ce sont des conditions de sécheresse qu'on retrouve dans tout l'Ouest canadien. On doit donc redoubler d'efforts et prendre le problème plus au sérieux.

L'incendie de Jasper a eu une grande incidence dans l'arrière-pays, s'étendant sur 33 000 hectares.
Photo : Radio-Canada
Le grand défi du logement
Depuis le retour de la population en septembre, la fréquentation de la banque alimentaire de Jasper a augmenté. Le Centre de services communautaires a ainsi embauché cinq travailleurs sociaux supplémentaires pour répondre à la demande croissante.
On a des délais de deux semaines pour pouvoir appeler les gens, parce que la demande est beaucoup trop importante
, raconte Rihab Baroudi. Il faut aussi savoir que les loyers ont explosé, et des personnes ont eu des difficultés pour payer leur loyer, donc on a aussi apporté une assistance de ce point de vue là.

Au centre-ville de Jasper, bien que les efforts importants des pompiers aient permis de sauver une grande partie des bâtiments, une station-service a été détruite par le feu, ce qui illustre l'effet des braises et des conditions venteuses sur la localité.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
Dans les écoles, environ 20 % des élèves ne sont pas revenus. J'en ai perdu beaucoup qui se sont installés ailleurs temporairement, le temps qu'ils se fassent rebâtir ou qu'ils trouvent une place pour habiter à Jasper
, raconte Marie-Andrée Arcand.
L’absence de ces résidents se fait aussi sentir. La municipalité, qui a accordé un congé d’impôts fonciers aux résidents touchés, a récemment obtenu une aide de 3 millions $ du gouvernement albertain pour l’aider durant cette période de transition.
Des maisons mobiles attendues
Après plusieurs mois d’attente, les autorités ont aussi réussi à ouvrir, au début de mars, deux parcs de maisons mobiles dans le périmètre de Jasper. Le temps pressait, alors que plusieurs familles devaient avoir quitté la chambre d’hôtel qu’ils occupaient avant la fin de février, en vue de la saison touristique.

Laurent Bolduc (à gauche) et Vidal Michaud (à droite), employés de la municipalité de Jasper, estiment que les efforts mis en place durant le feu ont permis de sauver les infrastructures essentielles.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
C’était le sprint. La compagnie d’ingénieurs engagée avait l’air épuisée
, raconte Laurent Bolduc, en visitant un des parcs de maisons mobiles où des équipes s’affairent aux dernièrs travaux pour rendre les résidences habitables. C’est un exploit qu’ils aient réussi.
Ils ont fait environ trois mois d’ouvrage en deux semaines
, renchérit son collègue Vidal Michaud.

Vidal Michaud, responsable des services d'eau et d'égout de la ville, et Laurent Bolduc, responsable des travaux, ont participé activement aux efforts de rétablissement de Jasper, notamment à la mise en place de logements temporaires.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
Mais ces maisons mobiles ne suffisent pas pour l’instant à accueillir tout le monde. Nous avons toujours besoin de plus de logements et nous allons être confrontés, au printemps, à des problèmes d'hébergement pour l'afflux de travailleurs que nous connaissons habituellement pendant la saison estivale
, rappelle le maire, Richard Ireland.
Ces dernières années, Jasper accueillait environ 12 000 employés saisonniers en été.
Les touristes invités à revenir
À une vingtaine de kilomètres au sud de Jasper, à Marmot Basin, la saison touristique a donné un avant-goût de l’été à venir. Pour Marie Flipo-Bergeron, le fait que la montagne ait été épargnée a permis d’éviter le pire.
La montagne emploie tellement de gens ici, ça fait rouler l'économie
, dit-elle. Les touristes qui viennent en hiver ne viennent pas juste pour marcher.

La chanteuse Marie Flipo-Bergeron, qui travaille à Marmot Basin l'hiver et est copropriétaire d'une entreprise de randonnée, se réjouit du retour des touristes à Jasper.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
Malgré les défis en matière de logement pour les employés, la guide de montagne invite les touristes à venir aider les gens de Jasper.
Il y a encore des gens qui vivent ici, et ils sont contents d'offrir leurs produits ou leurs tours… venez nous voir, ça nous fait vraiment plaisir
, conclut-elle.
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