Le grand frère quittera-t-il la maison?
Ce n’est pas exactement le scénario que David Savard avait envisagé quand il s’est entendu avec l’équipe finaliste de la Coupe Stanley qu’il venait de vaincre comme membre du Lightning de Tampa Bay à l’été 2021. Comme d’autres vétérans débarqués à Montréal à cette époque, le défenseur croyait venir soutenir une brigade défensive expérimentée alors composée de Jeff Petry, Ben Chiarot, Joel Edmundson et Brett Kulak. En ce jour de photo d’équipe au Centre Bell, il était impossible de ne pas réaliser à quel point le temps a passé, à quel point les choses ont changé et comment, au fil des ans, le rôle de Savard en est devenu un d’encadrement, de meneur d’hommes, de présence rassurante, bref, de grand frère pour cette défense montréalaise rajeunie soudainement. Les rêves de printemps chauds montréalais se sont estompés à ses premières années avec l’équipe, remplacés par ceux, moins euphorisants, de reconstruction, de développement, de mentorat. Et Savard poursuit ce mandat avec Arber Xhekaj aujourd’hui, entre autres, mais pour combien de temps? Savard n’a pas déménagé à la date limite des échanges. Il le redoutait. En est-il à ses derniers miles avec le Canadien? Ça dépendra. De l’équipe, surtout, comprend-on. On ne connaît pas encore les intentions de Montréal et nous, on doit décider ce qu’on veut comme famille. Le discours est limpide. La priorité est de demeurer au Québec. Mais si ce n’était pas possible, Savard ferait-il réellement ses valises? En gros, qui s’étonnerait de le voir prendre sa retraite si jamais le CH ne lui offrait pas de revenir? Le colosse de Saint-Hyacinthe prêche la stabilité, il aura 35 ans au début de la prochaine campagne. Quinze ans de hockey professionnel, presque 13 dans la LNH, une coupe Stanley : il y a de quoi être fier pour un ancien choix de quatrième tour repêché par les Blue Jackets de Columbus en 2009. Pour quiconque en fait. Même si ces questions sont inévitables à ce stade, elles devront attendre encore un peu. Le Québécois n’a jamais été aussi près des séries éliminatoires depuis qu’il est à Montréal et l’ambiance, samedi soir, lui a mis l’eau à la bouche. Savard n’est pas dupe d’ailleurs. Ses responsabilités, particulièrement à cinq contre cinq, fondent comme neige au soleil. Son temps de glace total est passé de 22 min 23 s il y a deux ans à 20:14 l’an dernier à 17:36 cette saison. Depuis le retour de la pause à la mi-février, il a encore perdu près d’une minute en moyenne (16:47), malgré l’absence de Kaiden Guhle. Le grand frère peine de plus en plus à suivre les petits. Et ce n’est que le cycle de la vie. Au moins, il lui reste le désavantage numérique. À ce propos… Le collègue Martin Leclerc, fidèle à ses habitudes, en a pris quelques-uns à contrepied – votre humble serviteur compris – dans sa chronique, lundi, en nous apprenant que les arbitres n’ont jamais été aussi chiches en 107 ans. Selon le chroniqueur, ils distribuent, en moyenne, 2,73 pénalités par équipe par match, soit le plus faible taux de l’histoire de la LNH. Parallèlement à ce faible nombre d’avantages numériques, les attaques massives n’ont jamais été aussi performantes, non pas au total de buts dans une saison, mais en pourcentage, s’entend, comme l'a démontré ce graphique publié sur Bluesky par le journaliste Prashanth Iyer, de Détroit. Un graphique démontrant l'efficacité des avantages numériques dans la LNH depuis 40 ans. Photo : Image tirée de Bluesky / NHL.com Tous ceux sondés à l’entraînement lundi, des joueurs à l’entraîneur, ont paru un brin surpris de la statistique. Personne n’avait remarqué cette rareté en fait. Il y a cette idée consacrée au hockey qu’un avantage numérique s’améliorera au fur et à mesure d’un match. Plus l’unité de supériorité aura d’occasions, plus elle trouvera les failles, comme l’a expliqué Carrier. Depuis quelques saisons, pourtant, c’est précisément le contraire qui se produit. Moins d’occasions, meilleur taux de conversion. Difficile à expliquer. Visiblement, à l’échelle de la ligue, ils n’y sont toujours pas parvenus. Vendredi dernier, dans un échange à propos des succès d’Alexander Ovechkin en avantage numérique, Martin St-Louis a fait valoir que les attaques massives innovent constamment et que les défendeurs sont toujours en rattrapage. Il semble, actuellement, y avoir un grand écart à combler. Ça prendra plus que Luc Senay. Il y a eu, lundi, un peu de brasse-camarade de bon aloi à l’entraînement. Michael Pezzetta et Arber Xhekaj se sont échangé de joyeux coups de bâton pendant un exercice à trois contre trois. Pezzetta, qui a reçu le premier coup, n’a pas exactement tendu l’autre joue et est revenu en asséner un encore plus violent au défenseur. Les hostilités se sont arrêtées là, mais bon, comme les gens heureux n’ont souvent pas d’histoire, l’épisode était divertissant. Il fallait bien le partager. Par ailleurs, sachez que Samuel Montembeault disputera son 50e match de la saison mardi soir contre les tout-puissants Sénateurs. Joel Armia, pour sa part, s’est absenté de l’entraînement, toujours ennuyé, on l’imagine, par une blessure au bras.On a eu la chance de prendre une photo avec nos familles aussi. On va voir si c’est la dernière à Montréal. Il y a encore beaucoup de choses auxquelles penser. On est concentrés sur les séries. Il y a eu la date limite des échanges, on va laisser la poussière redescendre
, a-t-il laissé tomber, lundi.J’aime encore beaucoup jouer au hockey, c’est une décision familiale à ce point-ci. Mes enfants vieillissent, ils sont à l’école, on aime beaucoup être à Montréal. On va voir les intentions de l’équipe
, a-t-il répété.On a eu beaucoup de plaisir. Que ce soit à la télévision ou en personne, tout le monde a eu l’impression d’un match de séries un peu, a estimé Savard. On est en train de comprendre comment y arriver.
Ce serait spécial [de le faire] avec lui. Ça fait quatre ans qu’il est ici, il était là pour les bas. Ce serait bien d’avoir un haut
, a lancé son compatriote Alexandre Carrier, l’homme appelé à le remplacer.Des unités d’autant plus spéciales

C’est mieux pour nous sur le désavantage numérique que l’autre équipe n’ait pas autant de touches de rondelle. Si tu les arrêtes trois ou quatre fois dans un match, c’est là qu’ils font des ajustements et se créent des occasions de marquer
, a lancé Carrier.Les avantages numériques essaient de trouver des solutions. Avant, par exemple, tout le monde jouait en formation parapluie, maintenant tout le monde joue le 1-3-1. C’est au désavantage de s’ajuster
, a estimé Samuel Montembeault.Rififi
Ça me rappelait mes deux gars à la maison
, s’est amusé Savard, l’adulte dans la pièce.
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