Des milliers d’élèves suspendus en Ontario, faute de vaccination complète
2956 élèves ont récemment été suspendus parce qu'ils n'ont pas reçu tous les vaccins requis par la loi dans la région de Hamilton.
Le Dr Brendan Lew, médecin hygiéniste adjoint de la Santé publique de Hamilton, indique que les suspensions sont le résultat de l’application de la Loi sur l’immunisation des élèves.
Cette mesure vise à protéger davantage les enfants contre les maladies désignées en vertu de la présente loi
, notamment la diphtérie, la rougeole, les oreillons et le tétanos, explique le Dr Lew.
Un courriel de la porte-parole de la Ville de Hamilton, Lauren Vastano, confirme que ces suspensions suivent plusieurs avertissements.
En janvier 2025, les services de santé publique de Hamilton ont envoyé 8750 lettres de dépistage aux élèves de la 9e à la 12e année, sur un total de 26 102 élèves inscrits au secondaire
dans les deux principaux conseils scolaires de la région parce qu'ils n'avaient pas reçu tous les vaccins requis.
Selon le site web de la santé publique de la région, si le carnet de vaccination de votre enfant n'est pas à jour après la réception de la lettre de dépistage, une lettre de suspension lui sera envoyée. Cette lettre indique la date limite pour soumettre le carnet de vaccination à jour ou une exemption, afin d'éviter une suspension scolaire
.
Or, poursuit Mme Vastano, les lettres de suspension ont été envoyées le 5 février 2025. Au 7 mars, premier jour de suspension de cette vague d'application, le nombre d'élèves concernés était passé de 8750 à 2956
, ce qui signifie que ceux-ci ont été suspendus.
Cette suspension doit être de 20 jours de classe, à moins que la santé publique reçoive et accepte un carnet de vaccination mis à jour ou que l’élève soit exempté, notamment au moyen d'une déclaration d’un médecin ou d’une infirmière autorisée qui explique que le vaccin peut nuire à sa santé ou qu’il soit déjà immunisé.
Lorsque les taux de vaccination diminuent dans une communauté, les maladies se propagent plus facilement parmi les personnes non vaccinées ou insuffisamment vaccinées et peuvent provoquer des éclosions de maladies graves telles que la rougeole.

Le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole est un vaccin utilisé depuis plus de 50 ans. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Eric Risberg
Il est essentiel que les parents et les tuteurs s'adressent à leur prestataire de soins de santé pour s'assurer que les vaccins de routine de leur enfant sont à jour
, rappelle-t-il.
Un retour à l'application de la loi
La Santé publique de Hamilton applique la Loi sur l’immunisation des élèves en cette année scolaire 2024-2025 pour la première fois depuis la pandémie.
Selon le porte-parole du Conseil scolaire Viamonde, Steve Lapierre, des défis techniques
depuis quelques années dans la région seraient en cause.
Le bureau de santé publique est en mode rattrapage pour les vérifications qui n’ont pas pu être faites depuis quelques années, ce qui expliquerait en partie le nombre élevé de suspensions dans cette région.
Or, la Santé publique d'Ottawa affirme qu'elle aussi recommence le processus seulement cette année.
Selon sa porte-parole, les autorités sanitaires n'ont pas voulu faire appliquer la loi pendant l'année scolaire 2023-2024 en raison de l'inquiétude entourant le fait que les enfants et les jeunes ont manqué des jours de classe pendant les fermetures lors de la pandémie, et des difficultés rencontrées par les familles en matière d'accès aux vaccins
.
Le médecin hygiéniste de l'Est ontarien et pédiatre, le Dr Paul Roumeliotis, souligne que ces lettres de suspension servent surtout à encourager les parents.
On suspend très peu d'enfants. Je trouve que [ces lettres] sont un bon outil, qu'on utilise à travers l'Ontario, pour vraiment faire un rappel aux parents et augmenter le taux de vaccination.

Le Dr Paul Roumeliotis estime que les lettres de suspension sont un bon outil pour encourager les parents à faire vacciner leurs enfants. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Felix Desroches
Le Dr Isaac Bogoch, spécialiste des maladies infectieuses à l'Hôpital général de Toronto, croit quant à lui que la majorité des jeunes ont reçu tous leurs vaccins, mais que les parents ont perdu leur petit papier jaune, [peut-être] dans le fin fond de leur commode, et il y ramasse de la poussière
.
Le Dr Bogoch déplore le fait que les différentes autorités sanitaires du pays ne centralisent pas ce genre de données.
Nous sommes dans l'ère du numérique, oui nous devons garantir le droit à la vie privée des gens, mais il devrait y avoir un meilleur système pour les dossiers médicaux et éviter ce genre de perturbation inutile
, soutient-il.
Un groupe à la fois
De son côté, la Santé publique de Toronto vérifie cette année uniquement le carnet de vaccination des élèves de 11e année nés en 2008, particulièrement touchés par les retards qu'a entraînés la pandémie.
La pandémie a affecté le taux de vaccination des élèves de 11e année, car ils n'ont pas pu être vaccinés à l'école lorsqu'ils étaient en 7e année
, explique le porte-parole, Dane Griffiths.
Normalement, les élèves de 7e année reçoivent leur dose pour contrer l’hépatite B, le virus du papillome humain et le méningocoque.
M. Griffiths affirme dans un courriel que la Santé publique a donc envoyé 18 320 lettres aux familles dont le carnet de vaccination de l’enfant était incomplet ou qui ne bénéficiait pas d'une exemption valide.
Puis, le 24 février, les autorités sanitaires ont commencé à envoyer des ordres de suspension aux familles dont le dossier était incomplet, et ce processus est toujours en cours.
Les suspensions doivent commencer le 8 avril, selon le porte-parole.
La pandémie en cause
M. Griffiths soutient que la Santé publique de Toronto a recommencé à faire appliquer la loi entourant la vaccination l’an dernier, après une pause en raison de la pandémie.
Il raconte que lors de l’année scolaire 2018-2019, plus de 90 % des élèves étaient à jour dans leurs vaccins prescrits par la loi
. Depuis, le nombre a diminué. Il n’a cependant pas précisé l’ampleur de cette baisse.
Selon le Dr Roumeliotis, ce genre de retard existe bel et bien à l'échelle du pays.
C'est pour ça qu'on voit une augmentation de la rougeole.
Le phénomène n'est pas surprenant, dit-il, car la pandémie, qui a causé la fermeture des écoles, a par le fait même causé l'arrêt complet de la vaccination des enfants visés. De plus, dit-il, il y a une certaine fatigue vaccinale dans la population.
Pour sa part, M. Lapierre dit qu’il n’a pas de données systémiques sur le nombre de suspensions, car ceci peut survenir à n’importe quel moment au cours d’une année
.

Deux ans de pandémie de la COVID-19 ont créé une fatigue vaccinale chez de nombreux Canadiens, ce qui nuit aux efforts de vaccination pour d'autres maladies, dit le Dr Roumeliotis. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette
Viamonde, contrairement aux conseils scolaires anglophones, couvre une région plus étendue qui n’est pas associée à une seule unité de santé publique, explique M. Lapierre. Il soutient qu’il y a généralement peu d’élèves à Viamonde qui sont suspendus
pour des raisons de vaccination.
Au moment de publier ces lignes, le Conseil scolaire catholique MonAvenir n’avait pas répondu à la demande d’informations de Radio-Canada.
Avec des informations de Rozenn Nicolle, d’Andréane Williams et de CBC
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