Des clients floués par des entreprises faussement locales
Une entreprise prétendant avoir pignon sur rue à Québec attire de nombreux clients avec des promesses trompeuses et des prix alléchants. La Mode Québec, dirigée par les soi-disant entrepreneures Sofia et Charlotte, a annoncé une Le site lamode-quebec.com a été dénoncé à plusieurs reprises sur fraude-alerte.ca. Photo : Capture d'écran Hélène Choquette, une résidente de Montréal, a été touchée par l’histoire des entrepreneures d’une boutique locale de Québec et commande trois vestes en laine sur le site lamode-quebec.com. Insatisfaite, elle écrit à l’entreprise et exige que la marchandise soit retournée et remboursée. L’adresse associée au coupon retour, rédigé en anglais, se trouve en Chine. Réalisant qu’elle est tombée dans le panneau, cette dernière s’empresse de communiquer avec son émetteur de carte de crédit avant que ses deux autres colis, envoyés séparément, soient livrés. L'entreprise La Mode Quebec s’adonne à des ventes tripartites à livraison directe, aussi appelées dropshipping. Photo : Capture d'écran La valeur totale de sa commande, s’élevant à 200 $, sera finalement entièrement remboursée par Mastercard, évoquant que les délais de livraison n’ont pas été respectés. Nicolas Fortin a répertorié une cinquantaine de liens de sites frauduleux qu’il a dénoncés sur les réseaux sociaux.
Photo : Radio-Canada / Anne-Sophie Roy Nicolas Fortin a lui aussi été attiré par un stratagème semblable sur le site Allure-Québec. En réalisant qu’il avait commis une bévue quelques secondes après avoir complété un achat sur son téléphone, il tente d’annuler sa commande auprès de l’entreprise, en vain. La transaction a finalement été annulée par l’émetteur de carte de crédit évoquant aussi des délais de livraison de plus de deux semaines. Le modèle de manteau, vendu au coût de 99,95 $ sur le site d’Allure-Québec, est en vente à une fraction du prix sur d’autres sites comme Temu ou Shein. Le manteau acheté par Nicolas Fortin sur le site d'Allure-Québec est également en vente sur le site La Mode Quebec. Photo : Capture d'écran Nicolas Fortin a depuis répertorié une cinquantaine de liens de sites frauduleux qu’il a dénoncés sur les réseaux sociaux. Il souhaite aujourd'hui sensibiliser les internautes à l'existence de ces boutiques éphémères. La Mode Québec possède, à elle seule, plusieurs pages Facebook créées à quelques semaines d’écart. Ces entreprises s’adonnent à des ventes tripartites à livraison directe, aussi appelées dropshipping. Concrètement, l’entreprise prend la commande du client et la relaie à un fabricant ou à un autre fournisseur qui s’occupera de livrer le produit. En réponse aux questions de Radio-Canada, l’entreprise La Mode Québec soutient que leur magasin physique n'existe plus et que leurs articles proviennent de Cette vague de fausses entreprises inquiète les entrepreneurs locaux, comme Marilou Boucher, fondatrice de Marilou Design, une entreprise de Québec qui conçoit et fabrique ses vêtements localement. Marilou Design est une des rares entreprises qui fabrique ses vêtements à Québec.
Photo : Radio-Canada / Anne-Sophie Roy Selon elle, ces pratiques frauduleuses risquent de nuire à la confiance des consommateurs envers les véritables entreprises locales. Cette inquiétude se fait aussi sentir chez Lasclay, une des rares entreprises québécoises qui exploite l’asclépiade, une plante aux propriétés isolantes. Gabriel Gouveia-Fortin est fondateur de l'entreprise Lasclay. Photo : Radio-Canada / Anne-Sophie Roy Si peu de personnes possèdent l’expertise pour fabriquer des produits à base d’asclépiade, il n’est pas exclu que des entreprises mal intentionnées fabriquent un produit avec un autre isolant en prétendant qu’il s’agisse d’asclépiade. Le contexte de la guerre tarifaire entre le Canada et les États-Unis pousse bon nombre de consommateurs à rechercher des produits d’ici. Face à cette montée des fausses entreprises en ligne, l'Office de la protection du consommateur recommande de vérifier les coordonnées de l'entreprise et d'effectuer une recherche d'images pour confirmer l'authenticité des produits. Des produits du Québec avec leurs marques de certification. Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies Faire des représentations fausses ou trompeuses et passer sous silence un fait important constituent des infractions à la Loi sur la protection du consommateur (LPC). Dans le cas où un commerçant ne rembourse pas un achat dans les délais prescrits, le consommateur peut demander la rétrofacturation à l’émetteur de la carte de crédit avec laquelle il a payé. Selon la professeure, il est grande vente de fermeture
et dit devoir fermer ses portes devant la montée des grandes enseignes aux budgets colossaux
. Les vêtements, vendus avec des rabais allant jusqu’à 80 %, attirent l'œil de la clientèle sur des réseaux sociaux comme Facebook.
C’est soi-disant une veste en laine, mais ça a toutes les allures de la peluche. C'est vraiment terrible!
déplore-t-elle.
C’était tellement bien fait, tellement bien écrit. Dans tous les courriels d’échange, ils ne répondent jamais au fait qu’ils sont censés être à Québec et vendre des vêtements en laine
, relate Hélène Choquette.
Ce n’était pas cher, je me suis dit : "Ok, je vais m'acheter un manteau". Tout de suite après, j'ai dit : "Qu'est-ce que j'ai fait là?" J'ai vite réalisé que ce n'était pas un vrai magasin de Québec. Il n'était ni sur Google ni sur Google Maps, nulle part.

L’intermédiaire, qui présente un site Web qui inspire confiance, ne divulgue pas toujours son identité réelle
, souligne l’Office de protection du consommateur.fabricants de haute qualité du monde entier
.Des conséquences pour les véritables commerces locaux
Avec la tendance actuelle d'acheter local, on voit des entreprises qui sont de fausses entreprises qui font de la fausse représentation. C'est de la concurrence déloyale de s'afficher comme entreprise québécoise pour profiter de la vague
, explique-t-elle.

Ça ferait très mal
, laisse tomber Gabriel Gouveia-Fortin, fondateur de Lasclay. Tout d’un coup, notre matière qui est notre étendard, notre fer de lance, pourrait perdre sa réputation.
Les fraudeurs exploitent le filon de l'achat local

Peu importe que l'entreprise exerce d'une façon légale ou pas, qu'elle soit située au Québec ou à l'étranger, ça n'a pas d'impact sur le fait que la loi va protéger les consommateurs québécois
, souligne Marie-Ève Arbour, professeure à la Faculté de droit de l'Université Laval.évident
que de plus en plus d’entreprises plus ou moins licites
exploitent ce filon dans un contexte de mouvance vers l’achat local.On s’attend, avec la guerre des tarifs qui nous concernent, à ce que cette situation engendre beaucoup d’études de cas qui vont peut-être être judiciarisées et qui vont possiblement engendrer un bassin jurisprudentiel
, avance-t-elle.
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