À l’ère Trump, le sort des politiques climatiques des pétrolières est en suspens
Le nom détonne parmi les Chevron, ExxonMobil, BP et autres géants pétrogaziers qui participent à la conférence énergétique CERAWeek, à Houston, au Texas. L’organisation Environmental Defense Fund (EDF) a un grand espace voué à la réduction des émissions. Dernière résistance ou preuve que les engagements climatiques survivent à la nouvelle administration américaine? Le président Donald Trump a promis incessamment d’accroître la production des énergies fossiles des États-Unis. Il a aussi qualifié les politiques de son prédécesseur d'extrémisme climatique. Dan Grossman, de l'organisation Environmental Defense Fund, a été agréablement surpris que les pétrolières ne renient pas leurs engagements de réduction des émissions de méthane. Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette Le vice-président à la transition d’EDF, Dan Grossman, s’attendait donc à ce que la conférence CERAWeek, centrée sur les énergies fossiles, soit une grande célébration pour l’industrie énergétique. Il y a une déconnexion entre la politique [de Trump] et les actions des compagnies. Sur la scène principale, le PDG de Shell, Wael Sawan, évoque ainsi plusieurs fois la nécessité de développer une production de gaz naturel faible en carbone. S&P Global qui organise la conférence s’attend également à ce que cette année, les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables et les technologies propres surpassent pour la première fois les dépenses en hydrocarbures. La production d'énergie solaire est en croissance, en Chine notamment. Photo : Getty Images / Kevin Frayer La directrice principale du climat à S&P Global, Coralie Laurencin, a aussi été surprise que les questions de transition énergétique n'aient pas quitté les conversations. Une des raisons, pense-t-elle, est que ces entreprises investissent avec un horizon plus long qu’un mandat présidentiel. N’empêche qu'un réajustement est en cours, croit son collègue Roman Kramarchuk, responsable de l’analyse des énergies futures à S&P Global. Le président-directeur général d'Aramco, Amin Nasser, a affirmé que les deux décennies d'accent sur le climat ont été un échec, aboutissant plutôt à un record de production de charbon. Photo : CERAWeek par S&P Global Les dirigeants de Chevron et Aramco se sont ainsi réjouis que dans le triangle d’enjeux énergétiques, à savoir l’abordabilité, la sécurité et le climat, les deux premiers aient repris la tête du classement. Il y a plus de chances qu’Elvis se remette à parler que le plan en place fonctionne. L’entreprise BP a réduit ses investissements dans les énergies renouvelables et redirigé cet argent vers les énergies fossiles. Roman Kramarchuk note que la grande majorité des pays n’ont pas établi leurs prochaines cibles d’émissions en prévision de la COP 30. Au Canada, en particulier, l’avenir des politiques climatiques n’est pas certain. Le libéral Mark Carney tout comme le conservateur Pierre Poilievre veulent abandonner une des mesures phares du gouvernement Trudeau, la taxe carbone. Aux États-Unis, Dan Grossman ne se fait pas d’illusion et sait qu’il y aura encore des combats à mener. Le sort de nombreuses mesures qui sont contenues dans l'Inflation Reduction Act (IRA) et qui ont stimulé les technologies propres est incertain.L'administration Trump mettra fin aux politiques irrationnelles quasi religieuses de l'administration Biden sur le changement climatique, qui ont imposé des sacrifices sans fin à nos citoyens
, a déclaré en ouverture de la conférence le secrétaire américain de l’Énergie, Chris Wright.
Je m’attendais à voir de la jubilation et de l’excitation de la part de l’industrie, qu’elle se sente libérée de toute contrainte et que la fête ne fasse que commencer
, explique-t-il.Mais en réalité, la plupart des entreprises à qui nous avons parlé sont toujours déterminées à atteindre les objectifs de réduction du méthane qu'elles se sont fixés. Elles sont toujours déterminées à respecter ces engagements.
L'élan des énergies renouvelables

Elle voit encore de la valeur dans ces projets, affirme-t-elle. Et pas seulement en Europe.
Sécurité énergétique plutôt que climat

Les nouvelles sources ne peuvent même pas répondre à la croissance de la demande d’énergie, alors que les sources prouvées sont rejetées et démonisées
, a déploré le PDG de la société saoudienne Aramco, Amin Nasser.Que fera le reste du monde?
Le rôle des États-Unis y sera moins important, mais il reste à voir comment le reste du monde va combler ce fossé. Les dés ne sont pas encore jetés
, dit-il, ajoutant que de nombreuses élections auront encore lieu cette année.L'IRA est une pièce du casse-tête pour réduire les émissions de méthane, mais ce n’est pas la seule pièce. Bien sûr, nous allons nous battre pour la défendre
, dit-il.
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