Québec risque « un autre Oka » avec le régime forestier
Plusieurs Premières Nations du Québec réclament la suspension immédiate de la modernisation « opaque et unilatérale » du régime forestier menée par le gouvernement Legault. Craignant d'être « dépossédés » de leurs droits ancestraux sur le quart de la forêt publique, elles encouragent la province à refaire ses devoirs si elle veut « soutenir la paix sociale ». La tension monte entre Québec et plusieurs communautés autochtones. Après avoir clairement témoigné de leur indignation face au nouveau régime forestier préparé par le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF), des chefs se disent maintenant prêts à augmenter la pression. Des actions plus musclées sur le terrain ou devant les tribunaux sont envisagées si la province continue d'ignorer leurs demandes. S'il ne veut pas L'exemple n'est pas banal. En 1990, les Mohawks de Kanesatake avaient lancé un mouvement de résistance contre un projet de développement résidentiel prévu sur des terres revendiquées par la Première Nation, incluant un cimetière autochtone. Scène emblématique de la crise d'Oka : le face-à-face d'un soldat et d'un warrior, le 1er septembre 1990. (Photo d'archives) Photo : La Presse canadienne / Shaney Komulainen Il s'en est suivi 78 jours de confrontation, des barricades, deux morts, des affrontements entre les Warriors mohawks et la Sûreté du Québec, puis l'intervention de l'armée canadienne. Le chef Wabanonik est pleinement conscient de la force et de la portée de ses propos en faisant allusion à ce moment historique, connu sous le nom de la Crise d'Oka. Il assume néanmoins ses mots et maintient que des gestes d'opposition pourraient être posés dans le cadre de la réforme du régime forestier, surtout si le gouvernement Legault n'engage pas de pourparlers de bonne foi avec les Premières Nations. Si la CAQ refuse de nous entendre, c’est la seule option qui va nous rester. [...] Plusieurs chefs me disent que des actions fortes doivent être envisagées. Le chef de Lac-Simon, Lucien Wabanonik, mène la charge au nom des Premières Nations dans ce dossier et tente de fédérer les Autochtones autour de l'enjeu du régime forestier. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard Les Autochtones ont fait partie des quelques groupes invités à voir les grandes orientations de la réforme du régime forestier élaborée par Québec, lors de rencontres confidentielles organisées par le MRNF l'automne dernier. Les Premières Nations en sont sorties estomaquées. La ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Maïtée Blanchette Vézina Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel Les Premières Nations en ont particulièrement contre le concept de zonage forestier que souhaiterait instaurer le MRNF. Selon elles, près de 25 % des forêts publiques, et peut-être encore davantage, seraient réservées exclusivement à la production de bois. En plus du zonage forestier, la réforme remettrait la planification de la récolte forestière entre les mains de l'industrie, comme c'était le cas avant la dernière modernisation du régime, en 2013. En confiant cette tâche à des aménagistes indépendants du gouvernement, les chefs craignent que Québec ne veuille se On n'a pas le choix de réagir. [...] Ils ne pourront pas ignorer nos droits. La forêt publique représente 92 % des forêts québécoises. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada Insatisfaits des réponses fournies par la ministre Blanchette Vézina depuis, et ce malgré des rencontres tenues au cours des dernières semaines, 16 chefs autochtones ont fait parvenir une nouvelle lettre au gouvernement, cette fois directement au premier ministre François Legault. La missive réclame Le premier ministre du Québec, François Legault (Photo d'archives) Photo : La Presse canadienne / Christinne Muschi Les représentants autochtones demandent également une rencontre avec M. Legault, n'ayant plus confiance en la ministre Blanchette Vézina. Innus, Mohawks, Atikamekw, Anishnabes, Hurons-Wendats, Abénakis et Micmacs sont tous représentés dans la missive envoyée au cabinet du premier ministre. Selon Lucien Wabanonik, le cabinet du premier ministre n'a pas répondu à leur proposition. Au-delà du contenu de la réforme, les Premières Nations en ont contre le processus et l'attitude de Québec. Il soutient que des décisions récentes des tribunaux ont donné raison aux Premières Nations et rappelé au Québec ses obligations constitutionnelles envers les peuples autochtones. Les Innus de Mashteuiatsh commencent à être « dérangés » par la pression de l'industrie forestière sur leur territoire traditionnel, selon le conseil de la Première Nation. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada Le représentant innu est d'avis que le cas du régime forestier a le potentiel de fédérer les forces autochtones aux quatre coins de la province. L'industrie forestière, poursuit-il, représente l'activité économique qui a le S'il y en a enjeu sur lequel il y a une mobilisation au sein des Premières Nations, c'est vraiment par rapport au territoire. C'est un élément qui nous rassemble tous. Si la ministre Pour l'heure, M. Gil-Verreault croit encore d'un autre Oka
, le gouvernement du Québec devra prendre les Premières Nations au sérieux, prévient Lucien Wabanonik, chef de la Nation anishnabe du Lac-Simon, en entrevue avec Radio-Canada.
Ce n'est pas notre souhait du tout
, insiste-t-il au sujet d'une résistance autochtone. Ce serait notre dernier, dernier recours.

Dépossédés
Québec nous enlève nos droits pour les octroyer à l’industrie forestière
, ont tonné une vingtaine de chefs dans une lettre envoyée à la ministre Maïtée Blanchette Vézina, en décembre, quelques jours après la présentation ministérielle. 
Vous ne pouvez pas partitionner le territoire pour nous déposséder d’une partie de nos terres et les offrir à l’industrie
, tranchaient les chefs signataires, rejetant catégoriquement
les propositions de Québec.déresponsabiliser
et se soustraire à ses obligations constitutionnelles de consultation envers les Premières Nations.
Lettre à François Legault
Le futur de l’aménagement des forêts sur nos territoires ancestraux ne peut être déterminé dans le cadre d’une réforme législative opaque et unilatérale du régime forestier
, déclarent-ils dans la correspondance envoyée la semaine dernière et dont Radio-Canada a obtenu une copie.la suspension du dépôt du projet de loi de réforme du régime forestier
et la création d’une instance de concertation permanente de haut niveau de gouvernement à gouvernement
. 
Ça peut mener loin
Pour nous, il est clair qu'on n'est pas dans un processus de consultation [de Nation à Nation]
, déplore Jonathan Gil-Verreault, vice-chef des Innus de Mashteuiatsh. 
Dans le moment présent, on n'est pas là. On se prépare à moderniser le régime sans prendre en compte réellement nos droits et nos préoccupations
, tranche M. Gil-Verreault, qui laisse entendre que la voie judiciaire pourrait être encore envisagée.Pour nous, le territoire, la forêt, c'est le fondement de notre identité
, dit-il. Les Premières Nations sont solidaires par rapport à ça.
plus d'impacts sur nos pratiques traditionnelles
. Les gens commencent à être tannés de voir ce développement-là se faire sans tenir compte de nos droits sur le territoire
, rapporte-t-il. ne vient pas rétablir un cadre de discussion
, Jonathan Gil-Verreault entrevoit lui aussi une augmentation des tensions.Le territoire, c'est un élément fondamental de notre mode de vie, de notre identité. Oui, ça peut mener très loin ces enjeux-là
, souligne-t-il enfin. Je ne sais pas où ça peut nous mener, mais je peux vous dire que l'ensemble des communautés va être solidaire.
au dialogue
. Les choses peuvent s'arranger et c'est important, je pense que la ministre Blanchette Vézina en soit consciente, et le premier ministre.
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