Fiancées et adversaires
En couple depuis plus de cinq ans, Ronja Savolainen et Anna Kjellbin ont choisi de quitter l’Europe au même moment pour poursuivre leurs carrières comme hockeyeuses professionnelles dans la LPHF. Elles sont depuis devenues des rivales sur la patinoire. Radio-Canada Sports a rencontré les deux joueuses après un match entre la Charge et la Victoire, à Ottawa. L’équipe de Savolainen venait alors de battre Montréal 3-1 et du même coup, sa fiancée. Une situation qui peut paraître difficile à gérer, mais que les deux joueuses ont appris à accepter. Quelques semaines plus tard, lors de la date limite des échanges, Anna Kjellbin allait encore une fois changer d'adresse quand la formation de Montréal l'a échangée aux Sceptres de Toronto. Savolainen, une Finlandaise, et Kjellbin, une Suédoise, se sont rencontrées en 2019 lorsqu’elles étaient des adversaires dans la Ligue professionnelle féminine en Suède. Pendant deux ans, elles ont entretenu une relation à distance, avant que Kjellbin rejoigne finalement la même équipe que Sovalainen. Ronja Savolainen et Anna Kjellbin ont remporté le titre de la ligue professionnelle suédoise avec le club de Lulea HF. Photo : Instagram/AnnaKjellbin Les deux défenseuses ont rapidement dû apprendre à trouver un équilibre entre leur relation à l’extérieur de la patinoire et leur travail à l’aréna. Elles ont senti le besoin d’instaurer une certaine coupure entre les deux réalités. Après avoir remporté un troisième championnat en Suède, elles ont choisi de se rendre admissibles pour le deuxième repêchage de la LPHF. Ronja Savolainen a été invitée à assister au repêchage sur place, au Minnesota, ce qui laissait croire qu’elle serait choisie lors du premier tour. C’est finalement ce qui est arrivé. La Finlandaise, qui était alors âgée de 26 ans, a été sélectionnée au 8e rang au total par la Charge d’Ottawa. Au deuxième tour du dernier repêchage de la LPHF, Ottawa a sélectionné Ronja Savolainen Photo : Heather Pollock Cette dernière a finalement été repêchée par la Victoire et Danièle Sauvageau au sixième tour, avec le 35e choix total. Les deux joueuses auraient rêvé de se retrouver avec la même équipe, mais elles ont tout de même poussé un soupir de soulagement lorsque le nom de la Suédoise a été prononcé. J’ai pleuré quand j’ai entendu ton nom. Je me suis sentie tellement heureuse et chanceuse. C’était un sentiment incroyable. Je ne pense pas que j’étais nerveuse à savoir si elle allait être repêchée. Je savais qu'elle le serait. Mais je voulais être près d'elle. J’étais plus contente pour elle que je l'étais pour moi. Après trois ans à jouer pour la même équipe, à habiter sous le même toit, celles qui se sont fiancées l'automne dernier doivent à nouveau vivre une relation à distance. Deux heures de route, c’est bien peu. Toronto, c'est un peu plus loin, mais au moins, les deux joueuses demeurent à encore à quelques heures de voiture. Mais peu importe, une certaine période d’adaptation a tout de même été nécessaire, particulièrement pour Ronja. Anna Kjellbin et Ronja Savolainen sont fiancées depuis l'automne dernier. Photo : Instagram/AnnaKjellbin Je pleurais beaucoup. C’était trop de hockey dans ma tête. Quand on jouait ensemble, je revenais à la maison et nous avions une vie à part. Je ne pensais pas au hockey en tout temps. C’était assez difficile. Je l'appelais quand je n'allais pas et elle m'aidait. De nature plus pragmatique, Anna Kjellbin soutient qu’un calendrier favorable leur a permis de se voir assez souvent depuis le début de la saison. Au moins une fois par mois, parfois plus. Elles se côtoient habituellement aussi lors des pauses internationales pendant lesquelles elles retournent en Europe rejoindre leur équipe nationale. Savolainen représente la Finlande et Kjellbin est la capitaine de la Suède. En tant qu’adversaires, elles parviennent à faire la part des choses. La majorité du temps, du moins. Aux Championnats du monde, il y a quelques années, c'était un match super important pour nous, la Suède, et nous avons perdu. Je n’ai pas trouvé que c’était juste. Au moins, ma famille était là. Je ne voulais pas lui parler après le match. Anna Kjellbin est la capitaine de l'équipe suédoise. Photo : Instagram/AnnaKjellbin Deux personnalités différentes qui se retrouvent dans des contextes aux antipodes présentement. Ronja Savolainen est rapidement devenue une joueuse importante pour Ottawa. Elle joue plus de 15 minutes par match, a marqué deux buts, a ajouté sept passes et présente un différentiel de +9. De son côté, Anna Kjellbin a vu son temps de jeu diminuer considérablement depuis le début de la saison, au point d’être laissée de côté pendant plusieurs matchs. Dominika Laskova, revenue au jeu après un an d’absence, a pris sa place lors de trois des quatre derniers matchs de Montréal. Kjellbin n’a pas joué plus de dix minutes par match depuis le début du mois de février. Elle connaitra maintenant un nouveau départ à Toronto. Comme elles le faisaient lorsqu’elles étaient coéquipières, elles essaient de ne pas trop parler de hockey maintenant qu’elles sont adversaires. Si elles pouvaient donner un conseil aux autres couples d’athlètes qui vivent une situation similaire, elles leur diraient simplement d’être là l’une pour l’autre. Elles ont vécu les deux : être adversaires et coéquipières. Il y a du positif et des aspects plus difficiles dans les deux cas, mais que préfèrent-elles? Ronja Sovalainen et Anna Kjellbin sont fiancées depuis l'automne dernier. Photo : Instagram/AnnaKjellbin Avec les informations d'Ophélia Poisson-VecchioJe jouais pour Lulea HF et Anna, pour le HV71. Après un match où nous jouions l’une contre l’autre, il y a eu une fête d’équipe et c’est là que nous avons fait connaissance. Nous ne nous sommes pas lâchées depuis
, souligne Sovalainen.C’était le plus beau jour de ma vie
, ajoute-t-elle, en regardant Anna.Nous avons joué ensemble pendant trois ans avec la même équipe. Nous avons gagné trois championnats ensemble à la maison, en Suède. C'était génial
, raconte Kjellbin. 
J’ai dit que je voulais être à un endroit dans le vestiaire où je ne verrais pas Ronja. Je ne voulais pas être dans le même groupe d’entraînement
, souligne Kjellbin.Nous sommes un couple à l’extérieur du hockey, mais nous sommes des coéquipières à l’aréna. Nous avons rapidement établi que nous pouvions parler de hockey à l’aréna et dans la voiture en s’y rendant, mais une fois à l’appartement, nous n'en parlions plus
, ajoute-t-elle. 
C’était différent. Ronja était au Minnesota quand il y a eu le repêchage. J’étais à la maison, sur le sofa, en Suède. Nous savions qu’elle allait être repêchée assez tôt, mais on ne savait pas dans mon cas. Je dirais que mon futur était plus incertain. Évidemment, elle a entendu mon nom plus rapidement que moi, en Suède, sur mon sofa
, mentionne Anna Kjellbin. Nous savions en quelque sorte que nous n’allions pas jouer pour la même équipe. J’étais plus nerveuse de savoir où elle allait se retrouver. Évidemment, c’était un rêve devenu réalité qu'elle se retrouve à Montréal et que je sois à Ottawa. C’est juste à deux heures de route alors c’est très proche
, lance Kjellbin.
C’était difficile pour moi lors des deux premiers mois de ne pas habiter avec elle après l’avoir fait pendant trois ans, confie-t-elle. Juste le fait de ne pas être avec elle, même si nous pouvons nous appeler. C’était difficile mentalement. J’étais contente quand je venais à l’aréna, mais j’étais triste quand je rentrais à la maison. Je voulais juste être avec elle tout le temps, avoir une vie normale à l’extérieur du hockey.
Je pense que c’est amusant. Nous sommes toutes les deux des défenseuses, alors nous ne jouons pas vraiment l’une contre l’autre. Aujourd’hui, on vous a battu alors ça va bien
, rigole Savolainen. Tu veux toujours gagner, mais je veux aussi qu’elle connaisse un bon match, renchérit Kjellbin. Aujourd’hui, je n’avais jamais joué dans cet amphithéâtre, alors elle m’a dit avant le match que les baies vitrées étaient vraiment rigides, dures quand on se faisait frapper. Je vois qu’elle essaie...
Tu ne m’as pas parlé pendant deux jours, rajoute Savolainen. Mais je te connais, c’est beaucoup d’émotions. Moi, que je gagne ou que je perde, je suis pareille. Je ne prends pas ça aussi difficilement.

Nous sommes heureuses face à notre situation. Ça pourrait être vraiment pire
, avait dit Kjellbin, avait évidemment de savoir qu'elle serait éventuellement échangée. Être coéquipières, répond Kjellbin, après un court moment de réflexion. J’aime mieux avoir son talent dans mon équipe que contre moi.
Quand tu es là, je me sens à mon meilleur
, ajoute Savolainen, en jetant un coup d'œil à sa fiancée. 
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