Sudbury résisterait mieux aux tarifs américains que les autres grandes villes canadiennes
Parmi les grandes villes canadiennes, c’est le Grand Sudbury qui serait la moins vulnérable face aux tarifs douaniers américains proposés par l'administration Trump. Une analyse de la Chambre de commerce du Canada révèle que la diversification des exportations de la ville vers d'autres marchés mondiaux explique sa résilience. Le rapport, rendu public par le Laboratoire de données sur les entreprises de la Chambre de commerce du Canada, classe 41 villes canadiennes selon leur vulnérabilité économique face aux menaces tarifaires américaines. Alors que Saint John (Nouveau-Brunswick), Calgary (Alberta) et Windsor (Ontario) figurent parmi les villes les plus exposées, Sudbury occupe la dernière place du classement. À titre de comparaison, à Calgary, les exportations vers les États-Unis atteignent 71 000 $ par habitant, alors qu'à Sudbury, ce chiffre n'est que d’environ 2500 $ par habitant, selon M. Chan. Selon Jean-Charles Cachon, professeur de stratégie des organisations à la Faculté de gestion de l’Université Laurentienne, cette résilience provient en partie du fait que les métaux produits dans le Grand Sudbury, comme le cuivre, le nickel et l’or, ne sont généralement pas directement exportés aux États-Unis. Il explique que le gros des métaux extraits à Sudbury est envoyé pour affinage en Europe, principalement au Royaume-Uni et en Norvège, avant d'être distribué mondialement. Jean-Charles Cachon, professeur de stratégie des organisations à la Faculté de gestion de l’Université Laurentienne, indique que certaines entreprises, comme le géant minier Glencore, pourraient facilement rediriger leurs exportations vers d'autres marchés mondiaux en cas de sanctions américaines. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga Cette diversification explique pourquoi le Grand Sudbury semble mieux protégé contre les perturbations économiques liées aux tarifs douaniers. M. Chan souligne que Sudbury profite de la forte demande internationale pour ses métaux critiques, notamment au Japon, aux Pays-Bas et en Chine. Le maire du Grand Sudbury, Paul Lefebvre, souligne aussi cette résilience. M. Lefebvre rappelle que Sudbury avait déjà démontré sa capacité à résister aux tarifs douaniers lors du précédent mandat de Donald Trump grâce à une stratégie de diversification des marchés internationaux entamée depuis plusieurs années. Cependant, même si le Grand Sudbury paraît moins exposé directement, la menace indirecte demeure. Autre exemple révélateur : la ville de Thunder Bay, située plus au nord, est classée 13e parmi les villes canadiennes les plus vulnérables aux tarifs américains, en raison de sa dépendance quasi totale (99,3 %) aux exportations vers les États-Unis. Pour autant, même si Sudbury semble en bonne position, M. Chan avertit que l'économie canadienne est profondément intégrée à celle des États-Unis. On ne pourra pas complètement éviter les impacts des tarifs. On ne peut pas complètement dénouer notre partenariat et nos chaînes d’approvisionnement avec les États-Unis. M. Lefebvre partage cette préoccupation, en insistant sur l’effet psychologique des tensions commerciales. Alors que l'incertitude persiste, le Grand Sudbury pourrait renforcer encore davantage sa résilience. Pour M. Cachon, il est crucial que les entreprises locales poursuivent leurs efforts pour élargir leurs marchés internationaux et s’adaptent aux nouvelles réalités économiques mondiales. M. Chan souligne l’importance de libéraliser le commerce entre les provinces canadiennes. Pour Sudbury, il suggère de renforcer ses infrastructures et ses relations avec d’autres partenaires commerciaux internationaux, particulièrement en Indopacifique et en Europe, où la demande en produits canadiens reste forte. Paul Lefebvre, maire du Grand Sudbury, estime que lors des périodes d'incertitude économique, les investissements publics dans des projets locaux majeurs, comme l’aréna et le centre culturel, sont essentiels pour soutenir la croissance économique de la ville. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Maxime Beauchemin De son côté, M. Lefebvre affirme que Sudbury a pris les devants en diversifiant ses marchés, notamment vers l’Amérique du Sud. Nous travaillons depuis plusieurs années à diversifier nos marchés. Cette évaluation de la Chambre de commerce du Canada démontre que nos efforts ont porté fruit malgré la situation malheureuse avec nos voisins des États-Unis.Les exportations à destination des États-Unis ne représentent que 11,5 % des exportations totales de Sudbury, ce qui compte pour seulement 2 % du PIB de la ville
, explique Pascal Chan, vice-président de la politique stratégique et de la chaîne d’approvisionnement à la Chambre de commerce du Canada.
Notre économie est très liée aux minéraux critiques, dont les États-Unis ont besoin. Imposer des tarifs sur ces produits reviendrait à se taxer eux-mêmes, car ils ne peuvent pas les obtenir ailleurs.
Une menace indirecte
Il y a une partie de la production de Sudbury qui va aux États-Unis, mais de façon indirecte. Alors, le produit fini, qui vient de Norvège ou du Royaume-Uni, serait taxé à ce moment-là. Mais c’est indirect, alors il se pourrait que ça affecte Sudbury. Mais ça reste un point d’interrogation
, précise M. Cachon.Nous sommes tous tellement liés économiquement au Canada. C’est vrai que Sudbury a une résilience particulière, mais s’il y a un impact très fort sur notre économie - les États-Unis sont notre plus grand partenaire commercial.
L’incertitude créée par l’administration Trump a déjà eu un impact sur l’investissement privé et les décisions des banques. Selon moi, la plus grande menace pour notre ville, c’est le ralentissement économique causé par la peur et l’incertitude créée par l’administration Trump
, prévient-il.Diversification et partenariats
Les entreprises peuvent exporter une partie de leurs activités
, recommande-t-il, ou trouver des ententes avec d’autres entreprises pour contourner les tarifs.

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