Malgré une opération au cœur, Mathilde Lachance est devenue joueuse professionnelle
C’était la surprise du chef à l’ouverture du camp des Roses de Montréal : la directrice sportive Marinette Pichon et l’entraîneur-chef Robert Rositoiu, une fois leur mêlée de presse terminée, invitaient leur nouvelle défenseuse Mathilde Lachance, remarquée lors des détections, à se joindre à eux devant les micros. « Ce sera annoncé cet après-midi, mais voici, en primeur pour vous », avait ajouté Pichon, en omettant de mentionner le plus intrigant aspect de l’histoire. À vrai dire, avant les détections, Lachance avait elle-même gardé secrète l’épreuve qu’elle avait traversée à la fin de son parcours collégial : des malaises cardiaques à répétition qui lui ont volé un an et demi de son cheminement comme joueuse de soccer. Pendant des mois, cette arrière centrale prometteuse n’avait pas pu faire le moindre effort physique. Ce n’est qu’après que l’état-major du club lui eut offert son premier contrat professionnel qu’elle leur a révélé cette douloureuse parenthèse. La conversation, elle, l’a été beaucoup moins. L’entraîneur adjoint Yannick Girard, pour ne pas le nommer, a reculé brusquement la tête, les yeux écarquillés. C’est du moins ce qu’on déduit de l’imitation qu’en fait Lachance, qui n’a visiblement pas que le soccer comme talent. Girard n’en revenait pas qu’une nouvelle professionnelle de 22 ans ait pu atteindre ce niveau après une aussi longue pause forcée. Tout commence au Cégep Garneau de Québec, sa région natale. Lachance est alors capitaine des Élans, en première division du Réseau du sport étudiant du Québec. Au début de sa dernière année d’admissibilité, pendant un entraînement, elle perd connaissance. On doit l’emmener d’urgence à l’hôpital. Pourtant, son corps la trahit de nouveau. Cette fois, l’effort physique n’a, a priori, rien à y voir : elle perd connaissance à l’hôpital, où elle effectue un stage comme apprentie infirmière. Les visites à l’urgence se multiplient. De nombreux médecins examinent l’athlète sans pouvoir trouver la source de ses maux. Mathilde Lachance était la capitaine des Élans du Cégep Garneau. Photo : Courtoisie/Cégep Garneau Parce qu’elle est Pendant des mois, la participation active à un sport disparaît de la vie de Mathilde Lachance. Des enseignantes bienveillantes l’aident à réussir la dernière ligne droite de sa technique en soins infirmiers, mais en stage, certains quarts sont plus éprouvants que d’autres. Cette médecin oriente Lachance vers l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Elle y rencontre le Dr Jean Champagne, un cardiologue et électrophysiologiste particulièrement au fait des nouvelles technologies de son domaine. Elle se soumet à une étude électrophysiologique qui va changer sa vie, même si elle ne sera sur la table d’opération qu’une quinzaine de minutes. Lachance peut recommencer le sport après une courte convalescence. L’appel des terrains ne se fait pourtant pas sentir. Après des mois d’hésitation, elle accepte finalement l’offre d’une amie qui veut l’attirer dans sa ligue de garage. Bien vite, les matchs hors-concours ne la satisfont plus. Lachance communique avec des entraîneurs qui seraient prêts à la faire jouer à un haut niveau. Michel Fischer et Grégoire Lebreton dirigent l’équipe féminine du Royal Sélect Beauport dans la Ligue1 Québec. Ils sautent sur l’occasion. Le retour au jeu se passe si bien que Lachance se laisse tenter par le soccer universitaire. Elle finira par jouer la plupart des matchs de la saison 2024 du Rouge et Or de l’Université Laval. Son visage tordu par l’émotion après avoir marqué le tir au but gagnant en quarts de finale du championnat national contre l’Université Trinity Western témoignera du chemin parcouru depuis ce premier malaise au Cégep Garneau. Marinette Pichon (à gauche) a présenté Mathilde Lachance aux médias à l'ouverture du camp des Roses de Montréal. Photo : Radio-Canada / Simon Lemieux Tout juste avant ce championnat canadien, les Roses annonçaient leurs journées de détection ouvertes aux joueuses de niveau universitaire, semi-professionnel et professionnel. Lachance était décidément retournée sur la pelouse à temps. En apprenant que certaines de ses coéquipières sont inscrites, elle choisit de suivre leur exemple. Les 20, 21 et 22 novembre, une dizaine de jours après la défaite de Laval en finale nationale, la défenseuse est donc sous le dôme, dans la ville qui porte le nom de son université, sans trop savoir si elle y reviendra un jour avec la rose bleue sur la poitrine. Et c’est bien tout ce qui compte pour les gens qui lui ont fait signer un contrat.Leur visage, quand ils l’ont su… c’était quand même assez cocasse, se souvient Lachance. Je me rappelle la face d’un des entraîneurs, Yannick…
On ne savait pas ce que j’avais. J’avais des palpitations, des pincements au cœur, mon cœur battait super vite, je perdais connaissance, se souvient Lachance. On m’a emmenée à l’hôpital, on m’a dit que tout était correct, on m’a fait passer plein de tests.

quand même têtue, dans la vie
, Lachance essaie tant bien que mal de rester au service de ses coéquipières, mais elle comprend vite que participer aux entraînements sera hors de question jusqu’à nouvel ordre. Après avoir discuté de son avenir avec son entraîneur, Vincent Cournoyer, elle accepte de demeurer avec l’équipe et d’assister aux entraînements, mais sans se joindre aux exercices. Son cœur s’emballe même lorsqu’elle tente un jogging léger pour garder la forme.Je me disais que j’étais peut-être fatiguée. J’essayais de changer mes habitudes de vie autour de ça pour être capable de retourner sur les terrains rapidement. Mais plus je continuais, plus mon corps était incapable de supporter l’effort physique. Mon cœur battait tellement vite.
Elle a eu pitié de moi
Une journée, après le travail, je suis allée à l’urgence au CHUL, raconte-t-elle. Une cardiologue m’a vue, et elle a peut-être eu un peu pitié de moi, mais elle a cru à mon histoire en se disant que ça n’avait pas de bon sens qu’une athlète ne puisse pas s’entraîner depuis presque un an.
Ils sont rentrés au niveau de mon cœur, ils ont injecté un médicament, et ils ont vu directement que je faisais de l’arythmie cardiaque. Donc en même temps, ils ont fait une ablation, ils sont allés brûler les petites cellules qui ne fonctionnaient pas dans mon cœur, raconte Lachance. À partir de ce moment-là, j’ai été guérie. Je me suis relevée de ma petite opération, et je n’ai plus jamais eu de malaise.
Ça faisait tellement longtemps que je n’y étais plus qu’il manquait quelque chose en moi, la petite flamme pour y retourner
, admet-elle avec le recul. Elle craint aussi de décevoir les attentes si elle revient au jeu. Elle ne porte pas le brassard de capitaine au Cégep Garneau pour rien, après tout.J’ai remis mes souliers, puis je me suis dit : “Ah! C’est ça qui manque à ma vie pour que je sois 100 % heureuse!”
Du championnat national au niveau professionnel
C’est beaucoup grâce à eux que je suis là
, soutient Lachance, qui reconnaît que les entraîneurs et ses coéquipières ont dû s’armer de patience avec elle.Les émotions fortes quand on gagne des matchs, quand on joue des matchs importants… Être exaltée par quelque chose, avoir de la passion, avoir un effet de groupe, être dans une équipe comme dans une famille, ça me manquait vraiment beaucoup, reconnaît Lachance. Avoir des coéquipières qui se soutiennent, qui s’entraident, ç’a manqué un peu à ma vie monotone d’infirmière qui travaillait de nuit!

Je pense qu’en me lançant ce défi-là, c’était un peu ça, tu sais — j’essayais d’atteindre les étoiles, et puis j’ai réussi. C’est la plus belle partie de l’histoire
, assure-t-elle, comme pour insister sur sa conviction que l’épisode cardiaque qu’elle a vécu ne la définit pas. Ce que je voulais qu’on voie, c’était mon soccer, c’était ma passion pour le sport.
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