Après les JO, la jeune Adeline Kerry Cruz danse Silent Legacy à Montréal
Adeline Kerry Cruz a capté tous les regards lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux de Paris l'été dernier. Cette petite virtuose du krump, âgée de 11 ans seulement, présente cette semaine Silent Legacy à la Place des Arts de Montréal. D'abord imaginé pour le Festival d’Avignon, le spectacle signé Maud Le Pladec – chorégraphe de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques – se veut une rencontre entre le krump et la danse contemporaine. Maud Le Pladec se souvient encore de l’émotion qui l’a traversée la première fois où elle a vu Adeline danser. En se promenant sur les réseaux sociaux, la chorégraphe venait de tomber sur le court-métrage SIT STILL du réalisateur québécois Vincent-René Lortie. Du haut de ses sept ans, Adeline y fait du krump, cette danse saccadée, à l’énergie brute, née il y a une vingtaine d’années dans des quartiers défavorisés de Los Angeles. Alors directrice du Centre chorégraphique national d'Orléans, en France, Maud Le Pladec travaille sur un spectacle que lui a commandé le prestigieux Festival d’Avignon. Subjuguée par le brio d’Adeline, la chorégraphe française s’envole pour Montréal afin d'y rencontrer la jeune fille. Après une semaine dans la Belle Province, l'artiste rentre en France, certaine d’avoir trouvé en Adeline l’une des deux danseuses principales de Silent Legacy. Il n’y a rien dans la vie d’Adeline qui est proche de la douleur à la source du krump, donc ça m’interrogeait. Pourtant, quand je vois Adeline, je vois l’origine du krump. Accompagnée à tour de rôle par ses parents, puis ses grands-parents, Adeline se rend à plusieurs reprises en France afin de collaborer à la naissance de Silent Legacy. En juillet 2022, la jeune Montréalaise monte sur scène au Festival d’Avignon. Elle y danse alors, seule, les dix premières minutes de ce spectacle salué par la critique. Faire reposer un spectacle en bonne partie sur les épaules d’une enfant était risqué, reconnaît Maud Le Pladec. Fille du directeur artistique adjoint de la troupe d'arts scéniques Les 7 doigts et d’une ancienne circassienne, Adeline baigne dans le monde du spectacle depuis sa naissance. Dans la vie, je suis tellement petite et timide, mais je me sens toujours vraiment grande et belle quand je danse. Dans Silent Legacy, Adeline partage en partie la scène avec son mentor : le krumpeur Jr Maddripp, dont le véritable nom est Kevin Gohou. Ce dernier assure que le terme de Explorant les questions de l’héritage et de la transmission, Silent Legacy s’articule autour de deux solos : l’un de krump dansé par Adeline (accompagné de Jr Maddripp pendant quelques minutes), et l’autre de danse contemporaine exécutée par Siaska Chareyre. À l'origine, cette seconde partie était interprétée par Audrey Merilus, une danseuse afro-descendante. A priori rien ne destinait Adeline, petite fille blanche de la classe moyenne montréalaise, à devenir une prodige d’une danse issue de la colère et de la frustration des ghettos de Los Angeles. Une piste d'explication se trouve peut-être dans le vécu d’Adeline. De son côté, Jr Maddripp a grandi dans une banlieue défavorisée de Paris. Découvrir le krump – grâce au documentaire Rize que David LaChapelle a consacré à cet art en 2005 – a changé sa trajectoire. Danser le krump est rapidement devenu une obsession... et son métier. Il a quitté Paris pour Montréal, où il enseigne désormais cette danse en plus d’y être artiste pour le Cirque du Soleil et pour le Cirque Eloize. Il s’est également illustré en quart de final à l’émission Révolution en 2019. Pour la chorégraphe, coécrire le solo d’Adeline avec Jr Maddripp s’est imposé comme une évidence. Je ne suis pas krumpeuse, donc il était hors de question pour moi de m'approprier une culture, une danse qui n'était pas la mienne. On a chorégraphié ce solo à deux têtes, à deux expériences, à deux cultures. La chorégraphe et danseuse française Maud Le Pladec Photo : afp via getty images / JOEL SAGET Préoccupée par des questions de réappropriation culturelle, Maud Le Pladec a tenu, par souci d’équité, à être claire sur tous les aspects de la collaboration entre les deux artistes. Après avoir voyagé à travers l’Europe ainsi qu'à Toronto et à Ottawa, Silent Legacy termine son parcours à Montréal. La raison est simple : Adeline rentre au secondaire en septembre. Le spectacle sera présenté tous les soirs, de mardi à samedi, à la Place des Arts.Son talent transperçait l’écran, j’étais en larmes
, confie-t-elle, en entrevue.C'est difficile d'expliquer l'inexplicable, elle touche tout le monde Adeline
, avoue Mme Le Pladec. J'ai été profondément bouleversée par cette petite personne et je continue de l'être. Elle a une sorte de profondeur et de sagesse, qui est très rare à son âge. J'avais envie de partager avec un maximum de gens ce que j'avais ressenti en la voyant danser.
Un pari osé
Mais j’étais sûre, mais vraiment sûre de moi, et d'ailleurs, je ne me suis pas trompée
, lance la chorégraphe.J’étais quand même impressionnée, car c’était la première fois que je faisais un spectacle aussi gros, mais je n’étais pas trop stressée
, lance la jeune krumpeuse au sujet de la première du spectacle à Avignon.prodige
n’est pas usurpé pour parler de sa protégée, dont il loue la persévérance et la discipline.La semaine suivant son tout premier cours, à son retour, on aurait dit qu'elle s’était entraînée pendant deux mois
, raconte-t-il au sujet de ses progrès rapides. Elle comprend très vite.
Des stéréotypes renversés
Quand je disais que je faisais une pièce avec du krump, tout le monde présumait que c'était Audrey Merilus la krumpeuse parce qu'elle était racisée
, souligne Maud Le Pladec.Dans ma vie, beaucoup de personnes sont mortes, alors le krump m'aide à exprimer toutes ces émotions
, confie la jeune artiste, qui dit se sentir libérée après avoir dansé.Le krump repose principalement sur l’expression de ses émotions et de son intériorité par le corps
, indique Maud Le Pladec. C’est aussi une danse de la transcendance, c’est-à-dire qu’elle permet d’atteindre une forme de grâce et d'élévation spirituelle.
Sans ça, j'aurais fini comme les autres personnes dans mon ghetto
, raconte-t-il, soulignant ses mauvaises fréquentations à l’adolescence.Collaborer dans le respect

J’ai partagé absolument tout avec Jr Maddripp; non seulement la signature, mais aussi les droits d'auteur, l'image et l'argent. C’est très concret, la non-appropriation culturelle!
, lance-t-elle.
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