Dans une Allemagne chamboulée, l’extrême droite séduit même des immigrants
Quand elle se présente en tant que députée de l’AfD, Anna Nguyen sait qu’elle suscite parfois de la surprise. « Il y a des préjugés selon lesquels nos membres sont des vieux hommes. Je suis exactement le contraire! », s'exclame la trentenaire, fille d’immigrants vietnamiens. Ils [les Allemands issus de l'immigration] souffrent de l’immigration illégale aussi, ils souffrent de la désindustrialisation à cause de la crise de l’énergie et ils ont aussi peur du déclassement et des attaques terroristes. La députée Anna Nguyen assure que l'AfD attire de plus en plus d'Allemands issus de l'immigration. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair. Nous le rencontrons dans un quartier central de la ville de Kassel en compagnie de son ami Exzon qui, lui, est d’origine kosovare. Tous deux entendent appuyer l’AfD aux élections fédérales de dimanche. S’il reconnaît que certains d’entre eux ont contribué au développement du pays, confronté au vieillissement de sa population, il juge que trop de personnes sans statut ont été autorisées à entrer en Allemagne. Selon des recherches menées par le Centre allemand pour la migration et l’intégration, environ 20 % des électeurs immigrants ou enfants d’immigrants entendent appuyer l’AfD, un reflet de l’appui au parti dans l’ensemble de l’électorat. Un appui particulièrement élevé chez les jeunes électeurs issus de l’ancien bloc soviétique, mais plus faible chez ceux d’héritage turc ou arabe. La codirectrice du département de consensus et de conflit, Friederike Römer, souligne néanmoins que le message de l’AfD a un certain écho auprès d’une partie des électeurs qui ont des racines en Turquie. D’autres facteurs, comme les Les immigrants ne sont pas nécessairement pro-immigration et les non-immigrants ne sont pas nécessairement anti-immigration. Les Allemands sont appelés aux urnes dimanche. Photo : Getty Images / Sean Gallup À cela s'ajoutent les enjeux sécuritaires liés à la migration qui se sont imposés dans la campagne électorale, notamment après l’attaque à la voiture-bélier commise par un demandeur d’asile afghan à Munich, la semaine dernière. Au cours de cette même entrevue, cet élu du Parti vert disait craindre que ce contexte ne profite à l’AfD. La candidate de l’AfD au poste de chancelière, Alice Weidel, fait de la lutte contre l’immigration clandestine le cœur de sa campagne, en évoquant le concept de remigration, un retour forcé dans les pays d’origine. Une enquête policière a d’ailleurs été ouverte pour Ce conseiller municipal de Karlsruhe a reçu un dépliant électoral de l'AfD sous forme de billet d'avion aller simple. Photo : Radio-Canada / Guillaume Parent Le conseiller municipal de la ville de Karlsruhe, Kian Nguyen, a reçu l’un des faux billets des mains d’un militant de l’AfD sur une place publique. En janvier 2024, le média d’investigation Correctiv a révélé la tenue d’une rencontre à Potsdam, en périphérie de Berlin, à laquelle ont participé des représentants de l’AfD, lors de laquelle l’idée d'expulser 2 millions de personnes, dont des Allemands d’origine étrangère jugés Plusieurs grandes manifestations contre l’extrême droite ont été organisées à travers l’Allemagne en réaction à ces propositions, que les représentants du parti assurent ne pas appuyer. Une affiche contre l'AfD dans une manifestation organisée à Munich. Photo : afp via getty images / LUKAS BARTH-TUTTAS Avec un appui presque immuable d’environ 20 % depuis le début de la campagne électorale, l’AfD, qui a reçu l’appui d’Elon Musk et du vice-président américain JD Vance, se positionne pour devenir la deuxième force politique au Bundestag, le Parlement fédéral. Tous les autres partis rejettent l’idée de former une coalition qui comprendrait l'extrême droite. Une position répétée par le favori de la course, le conservateur Friedrich Merz, dont le parti, la CDU, a pourtant récemment brisé un tabou en faisant adopter une motion sur l’immigration grâce à l’appui de l’AfD. N’empêche, vu les positions plus fermes en matière d’immigration proposées par les autres partis pendant la campagne, On a beaucoup de membres d’origine étrangère dans l’AfD, on a beaucoup d’électeurs d’origine étrangère qui votent pour nous
, assure la députée, élue en 2023. Son parti avait alors obtenu un score historique de 18 % dans la province de la Hesse, dans l’ouest du pays.
En Allemagne, nous avons beaucoup, beaucoup de problèmes
, confirme Hasso, né de parents syriens et libanais.Depuis qu’Angela Merkel a fait venir tous ces étrangers, ça a tout chamboulé
, croit Exzon, en référence à l’arrivée d’un million de réfugiés syriens à partir de 2015, au moment où l’ancienne chancelière était à la tête du gouvernement à Berlin.On leur dit : vous êtes intégrés, vous avez travaillé fort pour faire partie de l’Allemagne et aujourd’hui de nouveaux immigrants menacent votre statut
, explique-t-elle.valeurs familiales conservatrices
défendues par l’AfD peuvent également présenter un attrait.
Beaucoup de gens sont inquiets et, parmi eux, de nombreux immigrants qui ont subi des actes de violence
ici même, admettait récemment sur les ondes d’une télévision allemande Cem Özdemir, le ministre fédéral de l’Agriculture, lui-même né de parents immigrants venus de Turquie.Un discours anti-immigration
incitation à la haine raciale
en lien avec la distribution, par des membres de l’AfD, de dépliants électoraux aux allures de billets d’avion aller simple depuis l’Allemagne.
Ils disent que ce sont les mauvais immigrants. Mais je suis la preuve vivante que toute personne avec un historique d’immigration peut avoir une cible dans le dos. Ça fait mal
, a-t-il expliqué en entrevue à notre collègue Tamara Altéresco.non-assimilés
, aurait été évoquée.Ce n’est pas vrai que l’AfD veut expulser les Allemands d’origine étrangère. Les médias traditionnels ne parlent pas de nous correctement, notre image publique est fausse. Beaucoup de gens d’origine migratoire le savent bien, ils savent que l’AfD veut expulser les clandestins et les criminels étrangers
, rétorque la députée Anna Nguyen.Tout le monde n’est pas pareil. Il y a de bonnes et de mauvaises personnes
, dit l’Allemand d’origine syrienne Hasso, qui ne se sent pas visé par les prises de positions du parti qu’il entend appuyer.
Quelle place pour l’extrême droite au Parlement?
l’AfD a été en mesure d’influencer le discours et, indirectement, les politiques
, constate Friederike Römer, du Centre allemand pour la migration et l’intégration.
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