La présence chinoise au Panama
Selon Donald Trump, les Chinois ont pris le contrôle du canal de Panama. « Nous ne l’avons pas donné à la Chine. Nous l’avons donné au Panama et nous allons le reprendre », a-t-il déclaré lors de son assermentation. Qu’en est-il? Dans son discours inaugural, le 20 janvier, le président américain a accusé le Panama d'avoir rompu son engagement en lien avec le transfert du canal, en 1999, et d'en avoir cédé l'exploitation à la Chine. Avant sa prise de pouvoir, il avait déjà menacé le Panama et assuré, faussement, que des soldats chinois opéraient le canal. Il avait également publié sur les réseaux sociaux une image d’un drapeau américain sur un canal avec le commentaire Lorsque le président du Panama, José Raul Mulino, a écrit sur X : «Bienvenue au canal des États-Unis!» a écrit Donald Trump dans sa publication. Photo : Instagram Questionné lors d’une conférence de presse à savoir s’il pouvait garantir que les forces armées américaines ne seraient pas impliquées dans une dispute à propos du canal, le président américain n’a pas exclu cette option. Il a également parlé d’ Le canal de Panama, long de 82 km, relie les océans Atlantique et Pacifique. Près de 6 % du commerce mondial et 57,5 % du fret transporté par conteneurs depuis l'Asie vers la côte est des États-Unis y transitent. Le canal a été construit par les Américains au début du 20e siècle. Ils l’ont exploité pendant des décennies avant de le remettre au Panama, le 1er janvier 2000. Cette rétrocession a eu lieu après la signature de deux traités, en 1977, par lesquels le Panama s’est notamment engagé à assurer sa neutralité. Le traité accorde aux États-Unis le droit d’intervenir militairement s’ils jugent que la sécurité du canal est compromise. Contrairement à ce qu’affirme Donald Trump, il n’y a aucun soldat chinois dans la zone du canal et les Chinois ne le gèrent pas, soutient l'analyste politique panaméen Rodrigo Noriega. Long de 80 kilomètres, le canal offre un passage direct entre la mer des Caraïbes et l'océan Pacifique, ce qui permet de contourner le continent sud-américain. Photo : Radio-Canada / Francis Lamontagne Deux des cinq ports du canal (Balboa et Cristobal) sont gérés, depuis 1997, par la Panama Ports Company, une filiale de l’entreprise CK Hutchison Holdings, basée à Hong Kong. La multinationale gère 53 ports dans 24 pays, dont plusieurs en Europe. Panama Ports Company ne contrôle pas l'accès au canal. Les travailleurs de l’entreprise gèrent le trafic de conteneurs dans le terminal portuaire et approvisionnent les navires en carburant. Le passage lui-même est exploité par l'Autorité du canal de Panama. Le Panama administre le canal depuis 2000, sans qu’il n’y ait jamais eu aucun incident ni controverse, rappelle-t-il. Les navires transitant par le canal doivent être pilotés par des capitaines locaux employés par l'Autorité. Absolument tous les navires, civils ou militaires, qui entrent dans les eaux du canal, sont pilotés par des Panaméens. En ce qui concerne les frais, l’autre doléance du président Trump, les navires américains paient en fonction des mêmes critères que tous les autres navires, soit selon le tirant d’eau et le poids du bateau. Ces frais ont récemment augmenté pour tous les navires, quel que soit leur pavillon, en raison de la sécheresse qui sévit dans la région. Le cargo MSC Gabon, battant pavillon libérien, est remorqué aux écluses d'Agua Clara du canal de Panama sur le lac Gatun à Colon, Panama, le 29 janvier 2025. Photo : Getty Images / MARTIN BERNETTI En outre, les vaisseaux militaires américains ne paient que pour le tirant d’eau, en plus d’avoir priorité sur les porte-conteneurs et autres navires commerciaux qui attendent en file. Ils peuvent passer même en cas de restrictions dues à la sécheresse. Le département d'État des États-Unis a déclaré le 5 février que la flotte militaire pourrait passer gratuitement, ce qu'a démenti l'Autorité du canal. Le ministère chinois des Affaires étrangères a, pour sa part, déclaré que la Chine S’il n’y a aucune preuve que le gouvernement chinois contrôle le canal ou qu’il y a une activité militaire chinoise au Panama, la posture de plus en plus agressive de la Chine et sa présence accrue dans la région inquiètent le monde du renseignement. En cas de conflit à Taïwan, l’accès au canal de Panama serait crucial, note Robert Evan Ellis, chercheur à l'Institut d'études stratégiques du U.S. Army War College. Les navires occidentaux qui se trouvent dans l’Atlantique ou en Europe, ainsi que les bateaux de ravitaillement, devraient passer par le Panama. Le ministre des Affaires étrangères du Panama, Javier Martinez-Acha, a accueilli le 2 février le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, pour sa première visite à l'étranger en tant que chef de la diplomatie américaine. Photo : via reuters / Mark Schiefelbein Même si Pékin ne peut pas vraiment en restreindre l’entrée, la crainte est qu’il puisse le bloquer, au moins temporairement, grâce à l’accès privilégié et aux connaissances techniques dont disposent les compagnies chinoises présentes dans la zone du canal. Cela pourrait prendre la forme d’un Le problème n’est pas que les Chinois exploitent physiquement le canal, c’est que tout ce qu’ils font dans cette zone leur offre beaucoup d’occasions de le bloquer. Plusieurs firmes chinoises opèrent dans la zone franche autour du canal, ce qui leur permet de surveiller les allées et venues des navires, note-t-il. En outre, c’est un consortium chinois qui est en train de construire un des ponts qui enjambent le canal, ce qui signifie que les entrepreneurs ont des connaissances techniques sur le secteur et ses caractéristiques, qu’ils peuvent y amener de la machinerie lourde et même des explosifs. « Le canal de Panama n'est pas à vendre », indique la banderole brandie lors d'une manifestation devant la résidence de l'ambassadeur américain à Panama, le 20 janvier 2025. Photo : Getty Images / ARNULFO FRANCO Un argument qui ne convainc pas l'analyste politique Rodrigo Noriega. C’est un scénario de science-fiction, estime-t-il, Impossible pour les Chinois de faire tout cela, estime-t-il. D’abord, parce que c’est un pilote employé par le canal qui mène le bateau d’une extrémité à l’autre, et ensuite vu qu’il y a une flotte de remorqueurs pour aider les navires en détresse. Une deuxième préoccupation est que la Chine puisse, à travers ses entreprises, recueillir des renseignements tels que les schémas de transbordement et les routes navales des navires américains. Cela crée énormément de vulnérabilités dans le contexte de tensions sur les chaînes d'approvisionnement, soutient M. Ellis. Les liens commerciaux entre le Panama et la Chine ont augmenté de manière exponentielle ces dernières années, notamment depuis que l’ex-président Juan Carlos Varela a rompu les rapports historiques avec Taïwan, en 2017, établissant plutôt des relations diplomatiques avec Pékin. Le président de la Chine, Xi Jinping, s'est rendu au Panama en décembre 2018 pour signer une série d'accords de coopération avec son homologue, Juan Carlos Varela. Photo : Getty Images / LUIS ACOSTA Le Panama a ensuite été le premier pays latino-américain à adhérer au projet chinois des nouvelles routes de la soie. Cela a donné lieu à la signature d’une vingtaine d’accords dans différents domaines et à d’importants investissements chinois, notamment dans le secteur minier et la construction d’infrastructures. Ce changement d’alliance soulève toutefois des doutes sur des contreparties qu’auraient pu recevoir les élites politiques du Panama, remarquent les chercheurs. La société civile panaméenne n’a jamais été consultée ni même mise au courant des motifs pour lesquels le pays rompait subitement les relations avec Taïwan, souligne Rodrigo Noriega. On n’a jamais été informés des raisons de ce revirement ni du calcul coût-bénéfice. Tout cela s’est fait secrètement. Il y a Des relations douteuses qui créent des risques en cas de guerre, mais qui ont également un impact sur ce que les Chinois pourraient faire pour promouvoir les intérêts de leurs entreprises et influencer les choix du gouvernement. C'est comme au Canada ou ailleurs, si certaines entreprises ont trop d'influence ou des relations trop étroites avec le gouvernement, il y a lieu de s’inquiéter, surtout s'il y a peu de transparence. Le président Laurentino Cortizo, qui a succédé à Juan Carlos Varela en 2019, a revu et mieux encadré plusieurs contrats signés avec les entreprises chinoises. Un cargo attend au port de Balboa avant de traverser le canal de Panama, le 4 février 2025. Photo : Getty Images / MARTIN BERNETTI Pékin souhaitait notamment une entente de libre-échange avec le Panama, qui finalement n’est plus dans les cartons. Le contrat pour construire un chemin de fer vers le Costa Rica, un projet initié par les Chinois, sera en fin de compte accordé à une entreprise américaine. Ces gestes montrent clairement que la relation avec la Chine était déjà en perte de vitesse avant l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, estime M. Noriega. Cependant, la concession portuaire accordée à CK Hutchinson Holdings a été renouvelée en 2021 pour 25 ans dans le cadre d’un processus plutôt opaque. Les frais que paie l’entreprise au gouvernement sont notamment critiqués. À la suite des pressions de M. Trump, la société fait l'objet d'un audit des autorités panaméennes afin de vérifier si elle respecte ses engagements financiers. Deux avocats panaméens ont également déposé une plainte demandant l'annulation de la concession. Enfin, le 7 février, après une rencontre avec le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, le président du Panama, José Raul Mulino, a informé Pékin de sa décision de se retirer du projet des nouvelles routes de la soie. L'accord, qui est renouvelé tous les trois ans, ne devait se terminer qu'en 2026. Pékin a déclaré 1. Qu’a dit Donald Trump sur le canal?
Bienvenue au canal des États-Unis!
Chaque mètre carré du canal de Panama et de ses environs appartient au Panama et continuera d'appartenir (au Panama)
, Donald Trump lui a répondu : On verra bien!

un cadeau idiot que nous n’aurions jamais dû faire
et soutenu que nous [les États-Unis] nous faisons arnaquer au canal du Panama comme partout ailleurs
.Notre marine et notre commerce sont traités de manière particulièrement injuste [...] Les droits [de passage] que fait payer le Panama sont ridicules
, a-t-il écrit sur son réseau Truth Social le 21 décembre.2. Quelle est la réalité?
Ce que dit le président Trump est totalement faux
, affirme-t-il.
Le canal est administré à 99,9 % par des Panaméens, note M. Noriega. Sur 8500 employés, il y a six étrangers, soit quatre Américains et deux Latino-Américains. Il n’y a aucun Chinois.

Ils ont un traitement super VIP
, explique M. Noriega.ne participe pas à la gestion et à l'exploitation du canal et ne s'est jamais immiscée dans les affaires du canal
.3. Alors, pourquoi ces craintes?
Ce serait une course contre la montre pour envoyer suffisamment de forces dans la région indopacifique avant que l'Armée populaire de libération ne puisse mettre fin à l'indépendance de Taïwan, estime-t-il. Un blocage du canal pourrait être un facteur décisif.

accident
, tel que le naufrage d’un porte-conteneurs dans la coupe Culebra, une des zones les plus étroites du canal, ce qui bloquerait ainsi le passage. Il pourrait également y avoir une attaque contre les écluses ou l’effondrement d’un pont sur la voie navigable.
digne d’un roman de Tom Clancy
.S’il y a un problème, qu’une hélice fait défaut et qu'un navire ne peut plus avancer, par exemple, les remorqueurs l’enlèvent pour que le canal ne soit pas bloqué
, explique M. Noriega.4. Quelle est l’ampleur de la présence chinoise au Panama?

un réseau inquiétant de relations d’intérêt
entre la Chine et des familles puissantes au Panama, note Robert Evan Ellis.5. Une relation en perte de vitesse?

déplorer profondément
ce retrait. La Chine s'oppose fermement à ce que les États-Unis utilisent la pression et la coercition pour dénigrer et saper la coopération
, a soutenu Lin Jian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.Le monde n'est pas aveugle à la vérité [et voit] qui maintient le canal neutre et prospère et qui menace continuellement de "reprendre le canal"
, a ajouté le porte-parole.
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