Exporter notre hydroélectricité, une bonne affaire?
Noel Merritt a passé toute sa vie dans Queensbridge, le plus grand complexe d’habitations à loyer modique d’Amérique du Nord. Le quartier, qui compte 96 bâtiments tous identiques, est situé dans l'arrondissement de Queens, à New York. Habillé d’une veste de basketball rouge et coiffé d’une casquette des Yankees, Noel pointe du doigt les briques noircies de l’un des édifices. « La suie s’est accumulée pendant des décennies », dit-il de sa voix riche et résonnante. Noel a de beaux souvenirs de sa jeunesse passée dans le quartier, mais il se rappelle que tous les jours, son corps se raidissait lorsqu’il entendait retentir trois coups de klaxon. La centrale électrique de Ravenswood, située à un jet de pierre, annonçait ainsi qu’elle allait relâcher des polluants dans l’atmosphère. La centrale de Ravenswood brûle du gaz et du mazout pour alimenter la ville de New York en énergie. Avec ses 2050 MW, elle fournit 20 % de l’électricité de la Grosse Pomme. Elle a modernisé ses équipements et les cheminées ne laissent plus échapper de la fumée épaisse comme autrefois, mais elle continue d'émettre des polluants atmosphériques. Les résidents ont surnommé Queensbridge Pour rétablir une certaine justice, Noel Merritt estime avoir un sauveur tout trouvé. Et celui-ci s’appelle Hydro-Québec. Noel Merritt attribue ses problèmes respiratoires aux émissions de la centrale électrique de Ravenswood. Photo : Radio-Canada À partir de 2026, Hydro-Québec doit livrer 10,4 térawattheures d’hydroélectricité à la ville de New York. C’est plus que ce que produit le complexe de La Romaine. Le contrat a été conclu en 2021 avec l’État de New York, engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. En effet, l’État a adopté une loi selon laquelle 70 % de son électricité devra provenir d'énergies vertes d’ici 2030. L'objectif passe à 100 % pour 2040. Pour acheminer l’hydroélectricité chez le voisin du Sud, Hydro-Québec et son partenaire américain, Transmission Developers Inc., s’affairent à construire une ligne de transport de 1250 mégawatts. Elle partira du poste Hertel, dans la municipalité de La Prairie. Elle s’étirera sur 58 kilomètres au Québec et sur 545 kilomètres du côté américain avant d’aboutir au poste Astoria, à quelques kilomètres de Queensbridge et de la centrale de Ravenswood. Rien n’assure pour le moment que cette manne d’énergie propre va mener à la fermeture de centrales thermiques comme celle de Ravenswood. Il faudra beaucoup plus d'énergie propre pour que l'État puisse un jour renoncer à brûler du gaz et du mazout pour alimenter la ville de New York. Mais le projet d’Hydro-Québec constitue un immense pas dans la bonne direction. Et il donne espoir à des gens comme Noel Merritt. La spécialiste des questions énergétiques à l’Université de New York, Carolyn Kissane, voit elle aussi le projet d’un très bon œil. Mais le Québec en sortira-t-il réellement gagnant? Le siège social d'Hydro-Québec Photo : Radio-Canada Le reportage de Dominique Forget et de Yanic Lapointe À l’époque où le contrat a été signé entre Hydro-Québec et l’État de New York, le Québec affichait des surplus d’électricité. L’exportation semblait donc être une solution tout indiquée. Mais depuis, le contexte a radicalement changé. La province a besoin de plus d’électricité pour assurer sa propre transition énergétique. Elle veut électrifier le transport et le chauffage des bâtiments. Elle souhaite aussi attirer des entreprises étrangères à la recherche d’énergie propre et bon marché. Pour répondre à tous ces besoins, Hydro-Québec doit trouver 60 térawattheures de plus d’ici 2035. La société d’État mise sur les parcs éoliens et sur l’efficacité énergétique, mais la construction de nouveaux barrages n’est pas exclue. Selon Pierre-Olivier Pineau, spécialiste des questions énergétiques et professeur à HEC Montréal, le Québec a manqué de vision en signant ce contrat avec l’État de New York, en 2021. Le Québec ne prenait pas sa propre décarbonation au sérieux, il y a quelques années. À court terme, le Québec devra sans doute devancer la mise en chantier de projets énergétiques pour honorer son contrat avec New York tout en poursuivant ses propres projets de décarbonation. Cela dit, Pierre-Olivier Pineau est convaincu qu'à long terme, la construction de la ligne de transport est une excellente nouvelle, autant pour le climat que pour l’économie du Québec. Car la nouvelle ligne est bidirectionnelle : elle permet non seulement d’exporter de l’électricité, mais aussi d’en importer. Pierre-Olivier Pineau croit que le Québec pourra ainsi tirer profit de futures éoliennes au large de New York. Pour réduire à zéro les émissions de gaz à effet de serre associées à la production de son électricité, l’État de New York compte en effet construire des éoliennes en mer, au large de Long Island. Il espère en tirer 9000 MW. C’est extrêmement ambitieux, mais si ce vœu se concrétise, le Québec pourra en tirer avantage. Lorsque le vent soufflera au large de Long Island et que les éoliennes en mer produiront des surplus, le prix de l’électricité sera forcément à la baisse. Pour Pierre-Olivier Pineau, la construction de la nouvelle ligne de transport d'hydroélectricité constitue une bonne chose pour le Québec. Photo : Radio-Canada Lorsque le vent cessera de souffler à New York, le prix sera à la hausse. Hydro-Québec pourra alors ouvrir ses vannes et exporter de l’énergie en maximisant ses profits. Cependant, les éoliennes de New York risquent de se faire attendre. Le 20 janvier dernier, Donald Trump a signé un décret pour bloquer tout nouveau projet d’éoliennes en mer. Certains projets au large de Long Island ont déjà été approuvés et devraient se concrétiser, mais l’avenir des autres est maintenant incertain. C’est sans parler des menaces de guerre tarifaire que fait planer le président américain et qui pourrait nuire aux échanges d’énergie entre le Canada et les États-Unis et faire augmenter le prix des matériaux nécessaires à la construction d’éoliennes. Pendant ce temps, dans le quartier Queensbridge, à New York, Noel Merritt rêve d’énergie propre. Il devra être patient. La lutte contre les changements climatiques est un combat de longue haleine. Noel Merritt Photo : Radio-CanadaOn levait les yeux au ciel et on voyait les cheminées cracher des nuages de fumée blanche
, raconte Noel.Asthma Alley
: le quartier de l’asthme.Je souffre d’asthme, mon fils et plusieurs de mes amis aussi
, affirme Noel. Il attribue ses difficultés respiratoires aux émissions de la centrale. À Manhattan, il n’y a pas de centrale comme celle-ci, ajoute-t-il. On préfère les construire dans les quartiers pauvres.
L’hydroélectricité représente un espoir pour les jeunes générations du quartier
, selon lui.
La Romaine à New York
C’est gagnant-gagnant, avance-t-elle. Le Québec vend son hydroélectricité et les États comme New York accèdent à de l’énergie renouvelable.

Brancher New York
a été diffusé à l'émission Découverte sur ICI TÉLÉ et est accessible sur ICI TOU.TV.Un manque de vision, mais une bonne nouvelle
Ça va nous donner une option supplémentaire pour importer de l’énergie
, dit le professeur.Un vent d’incertitude
Hydro-Québec en profitera pour importer de l’électricité verte et remplir ses réservoirs
, résume Pierre-Olivier Pineau.

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