Relations de travail : le ciel s’obscurcit entre syndiqués et employeurs au Québec
Avec la grève à la Société de transport de Montréal (STM) pendant le Grand Prix du Canada, le débrayage des employés d’entretien du Réseau de transport de la Capitale (RTC) en plein Festival d’été de Québec et, depuis dimanche, celui de 3300 ambulanciers paramédicaux, force est de constater que les conflits de travail sont nombreux cette année encore au Québec. À elle seule, la Centrale des syndicats nationaux (CSN) a connu depuis le début de l’année 73 conflits de travail au sein des 1600 syndicats qui lui sont affiliés. Et ce phénomène n’est pas propre à la CSN. Selon Statistique Canada, en 50 ans, le Québec n’a jamais recensé autant de conflits de travail que depuis deux ans. En 2023, on comptait 691 grèves et lock-out dans la Belle Province. En 2024, ce chiffre est passé à 759. Cette année, Statistique Canada en compte déjà 378. Avant 2023, le record précédent remontait à 1974, avec 384 conflits. Selon François Enault, premier vice-président de la CSN, à qui l'on a posé la question au micro de l’émission Tout un matin, l’une des causes de tous ces conflits est le rattrapage salarial post-inflation. De nombreux travailleurs dont les contrats de travail étaient en vigueur lors de la flambée inflationniste des dernières années n’ont pas touché d’augmentations salariales suffisantes pour compenser la perte de pouvoir d’achat qu’ils ont subie. François Enault, premier vice-président de la CSN (Photo d'archives) Photo : The Canadian Press / Graham Hughes Toutes ces conventions qu’on renégocie présentement, c’est des conventions collectives où ces gens-là ont eu des augmentations de 2 %, 2,5 % ou 1,5 % lorsque l’inflation était à 7 % ou 8 % en 2021-2022. Pour de nombreux syndiqués dont les contrats de travail sont échus, les attentes sont grandes. Les salariés d’entretien du RTC, par exemple, réclament pas moins de 30 % d’augmentation sur cinq ans. Il faut dire que Québec a lui-même contribué à la montée des enchères en accordant ces dernières années des augmentations de 17,4 % sur cinq ans à 420 000 fonctionnaires, 30 % aux députés de l’Assemblée nationale et de 26 % à 32,9 % sur six ans aux policiers de la Sûreté du Québec, pour ne nommer que ceux-là. Mais il n’y a pas que les salaires qui achoppent aux tables de négociation. La pénurie de main-d’œuvre et la question de la flexibilité des horaires et des affectations sont également des enjeux de plus en plus problématiques. Les services de traversiers sont perturbés cet été au Québec jusqu'au 13 juillet en raison d'une grève. Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau Les employeurs cherchent à arracher des pages de nos conventions collectives au nom de la flexibilité. Les employeurs veulent avoir plus de droits de gérance qu’ils n’en avaient. Dans le cas des paramédicaux, qui ont déclenché la grève dimanche, l’employeur réclame des changements au sein des régimes de retraite ainsi que le droit d’affecter les travailleurs dans d’autres régions sans compensation financière, ajoute M. Enault. Certains corps de métiers, comme les policiers ou les pompiers, par exemple, doivent offrir un service à la population même en temps de grève ou de lock-out, ce qu'on appelle un service essentiel. Or, la multiplication des grèves ces dernières années a incité le gouvernement de François Legault à légiférer en mai dernier pour diminuer l’impact des conflits de travail en élargissant la définition des services essentiels. Pour François Enault, cette loi vient déséquilibrer les rapports de force aux tables de négociation à l’avantage des employeurs, notamment le gouvernement lui-même. Jean Boulet, ministre du Travail (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel Pour lui, l’adoption du projet de loi 89 n’est ni plus ni moins qu’un Rappelons que dans l’arrêt Pour M. Enault, le vent tourne depuis la fin de la pandémie où les travailleurs avaient regagné un certain pouvoir de négociation. C’est en quelque sorte un retour du balancier, souligne-t-il. En ce qui a trait aux ambulanciers en grève générale illimitée depuis dimanche, au cabinet de la présidente du Conseil du Trésor, Sonia LeBel, on assurait ce matin que Les ententes conclues qui prévoient une hausse salariale de 17,4 % l’ont été en échange de contreparties qui permettent d'améliorer les services à la population, précise-t-on, en ajoutant que le cadre de négociation ne sera pas remis en question. Que se passe-t-il dans les rangs syndicaux?

Pénurie de main-d’œuvre et flexibilité

Il y a une pénurie de main-d’œuvre. Il y a deux ou trois ans, les employeurs nous appelaient pour rouvrir les conventions collectives pour maintenir leurs employés et être plus attractifs
, se souvient François Enault. Mais les choses ont changé depuis.Présentement il y a un ressac où les employeurs sont beaucoup en demande sur de la flexibilité [ils veulent] maintenir des gens avec des postes temporaires au lieu de leur donner des postes à temps plein. Et on s’explique mal pourquoi.
On est ouvert à la flexibilité, mais en même temps […] demander à des gens d'être sur des quarts de travail de nuit pendant 15 ans avant d'avoir une chance de revenir de jour ou du soir… En 2025, ça ne fonctionne pas, les gens vont aller travailler ailleurs, c'est ça aussi le problème.
Gagner du temps
Je me pose des questions. Comment ça se fait qu'il y a des employeurs comme la RTC présentement qui sont aussi intransigeants? Moi, je pense que ces employeurs-là font juste étirer le temps pour attendre au mois de novembre, lorsqu'ils pourront vraiment changer les règles par rapport aux droits de grève
, redoute le premier vice-président de la CSN.
cadeau
du ministre du Travail, Jean Boulet, à ses amis employeurs
.C'est clair qu'on va le contester devant les tribunaux. Ce projet de loi là [ne] fait pas de bon sens. Ça va à l'encontre de la Saskatchewan, ça va à l'encontre des décisions de la Cour suprême, ça ne tiendra pas la route.
Saskatchewan Federation of Labour c. Saskatchewan
, le plus haut tribunal du pays confirmait qu’au Canada, le droit de grève est protégé par la Constitution.Une amélioration du service en contrepartie
les syndicats des ambulanciers seront traités en équité avec ce que 99 % des salariés des secteurs public et parapublic ont accepté jusqu'à maintenant
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