Des maraîchers désertent les champs
Alors que la saison des fruits et légumes bat son plein au Québec, plusieurs fermes maraîchères ont décidé de faire une croix sur cette saison estivale. Que ce soit le temps d'un été, ou pour de bon. Précarité, épuisement, aléas climatiques, la production maraîchère semble vivre un creux de vague dans la région du Bas-Saint-Laurent, de l'avis de plusieurs agriculteurs. Depuis huit ans, la coop paysanne La Pagaille cultivait une quarantaine de variétés de légumes. D'abord en Montérégie, puis dans les terres de Saint-Germain-de-Kamouraska à partir de 2021. Mais l'an dernier, l'entreprise maraîchère a décidé que la saison 2024 serait sa dernière à distribuer des paniers de légumes à des dizaines de familles de la région. Camille Perron-Thivierge était responsable de la mise en marché et des communications pour la coop paysanne La Pagaille. Photo : Radio-Canada / Félix Ledoux Ses membres n'ont réussi à se dégager qu'un salaire de 9000 $ pour 1600 heures travaillées pendant la dernière année de la coop. À quelques rangs de là, Les Jardins des Essaimées ont annoncé une pause pour la saison 2025. À Saint-Valérien, près de Rimouski, la ferme du Champ Botté a aussi annoncé mettre sur pause ses paniers pour la saison estivale. L'Union des producteurs agricoles du Bas-Saint-Laurent dit être au fait d'une La production maraîchère a connu un certain élan dans la région pendant la pandémie, note l'UPA. Quelques cultures subsistent encore sur les terres de La Pagaille pour nourrir la famille de Camille Perron-Thivierge. Photo : Radio-Canada / Félix Ledoux De plus, les prix des légumes vendus à la terre sont plus chers que ceux qui se retrouvent sur les tablettes d'épicerie. Et dans un contexte où les maraîchers font face à une féroce compétition de l'international et que l'inflation était à la hausse à l'époque, les abonnements pour les paniers ont diminué avec les années. Stabiliser une nouvelle entreprise agricole prend entre cinq et sept ans, estime Nathalie Lemieux. Pourtant, la production maraîchère est une vocation qui va au-delà de l'alimentation, aux yeux de Camille Perron-Thivierge. Souvent, les gens s'imaginent que jardiner, c'est cool, c'est le fun, que ça me relaxe. Oui, mais 60 heures par semaine à éteindre des feux, ça ne me relaxe plus. Lorsqu'il s'est lancé en agriculture, Stéphane Lussier tenait à tout prix que le maraîchage demeure un passe-temps, dissuadé par des connaissances épuisées après s'être lancé à temps plein dans l'aventure agricole. Stéphane Lussier, propriétaire de la ferme Vert Framboise de Trois-Pistoles Photo : Radio-Canada / Félix Ledoux Deux ans plus tôt, les paniers de la ferme Vert Framboise étaient bien plus diversifiés. Mais comme son propriétaire occupe un autre emploi à temps plein, il n'avait pas l'énergie pour se consacrer à autant de cultures, qui ont chacune Aujourd'hui, Stéphane Lussier ne se consacre qu'à la production d'asperges, au printemps, et de framboises, l'été, une façon pour lui de s'adapter à la réalité du maraîchage. La survie des fermes maraîchères passe peut-être par la spécialisation, histoire de proposer une offre maraîchère globale aux consommateurs, suggère la présidente de l'UPA régionale. Camille Perron-Thivierge croit en effet que les localités pourraient tirer avantage de la mise sur pied d'opérations plus petites, comme des jardins collectifs, sans nécessairement à but lucratif. À son apogée, La Pagaille cultivait environ 0,8 hectare de terres. Photo : Radio-Canada / Félix Ledoux Au fond, la production maraîchère connaît des cycles de sept à huit ans, d'après Mme Perron-Thivierge. Des fermes ouvrent, tandis que d'autres ferment par épuisement en manque de moyens financiers. Un Nombreux à s'être rassemblés aux quatre coins du Québec au printemps 2024 pour se faire entendre, les producteurs espèrent encore une fois avoir l'oreille du gouvernement pour qu'il bonifie ses programmes d'aide. Ceux-ci pourraient s'étendre au-delà de la période de démarrage d'une entreprise agricole, suggère la présidente de l'UPA, rappelant le cinq à sept ans nécessaires pour atteindre la rentabilité. La ferme Vert Framboise, avec sa vue imprenable sur le fleuve Saint-Laurent, cultive des asperges et des framboises. Toutefois, après avoir lancé sa saison avec la récolte d'asperges, la ferme a mis un terme à la culture du légume pour laisser les plants reprendre des forces pour l'an prochain. Photo : Radio-Canada / Pier-Olivier Busque Pour sa part, le propriétaire de Vert Framboise, Stéphane Lussier, souhaite que Québec se fixe des politiques restrictives de produits locaux achetés dans les hôtels et restaurants, et non pas uniquement des objectifs. Malgré les embûches, tant lui que l'ex-membre de La Pagaille croient toujours que la culture maraîchère peut avoir d'importants rôles à jouer. Que ce soit par Avec la collaboration de Félix LedouxOn ne voyait plus d'issue possible pour La Pagaille
, nous dit l'ancienne responsable de la mise en marché, Camille Perron-Thivierge.
C'est à peu près 5,60 $ de l'heure
, calcule l'ex-membre.Nos maisons tombaient en ruine, nos voitures étaient à changer, les enfants grandissaient et on n'avait pas d'économies... Elles étaient toutes injectées dans La Pagaille, année après année
, explique Camille Perron-Thivierge sur les terres de la défunte coop.Les revenus de la ferme ne permettent tout simplement pas de générer la rémunération horaire d’une personne salariée
, peut-on lire dans un long message publié sur le site Internet de la production maraîchère de Saint-Alexandre. vague de fermetures
de maraîchers locaux. Plusieurs marchés publics nous ont interpellés pour nous dire qu'il allait y avoir moins de producteurs maraîchers
, confirme sa présidente, Nathalie Lemieux. À l'échelle du Québec, on a vu beaucoup de fermes arrêter dans les trois dernières années. On sent qu'il y a une espèce d'épuisement suite à l'engouement qu'il y a eu dans les dix dernières années
, renchérit Stéphane Lussier, maraîcher de Trois-Pistoles.Autopsie d'un déclin
Il y a tellement eu de stimulation pour aider au démarrage de ces entreprises-là [...] pour favoriser l'achat local
, se souvient Nathalie Lemieux, rencontrée sur sa ferme du Kamouraska. Il y a plein de gens qui se sont lancés tous en même temps
, ajoute Stéphane Lussier. Un moment donné, malheureusement, j'ai comme l'impression que l'offre surpassait la demande.

Il y a beaucoup d'éducation sur ce que c'est comme savoir-faire, le maraîchage, et d'expliquer que c'est de l'artisanat et pas juste un hobby.
Si je peux en faire des revenus, tant mieux, mais c'est plus pour le plaisir de produire des légumes pour la population locale
, explique cet ancien conseiller en développement agricole pour la MRC des Basques.
ses calendriers particuliers, ses insectes
. Est-ce qu'ils devraient travailler une certaine spécialité dans certains légumes? Faire des collaborations entre eux?
, se demande Nathalie Lemieux, qui invite à une réflexion plus large sur le modèle agricole actuel.On a rencontré une fille dernièrement qui disait faire des légumes pour les familles de ses cinq amis
, cite en exemple celle qui croit que l'agriculture devrait être démonétisée
.
cycle
qui semble capitaliser sur l'enthousiasme de la relève qui sort de l'école, selon ses dires.On leur dit "vas-y! À force de travailler, t'es capable!", mais on se rend compte que c'est pas possible ou qu'il va falloir être très inventif pour trouver un multimillionnaire qui va nous payer des salaires par en dessous
, ironise-t-elle.De l'aide sollicitée
Il faut qu'on ait des programmes qui viennent les supporter et les rendre pérennes dans le temps, ces entreprises-là
, croit Mme Lemieux. Quitte à subventionner directement les salaires versés aux agriculteurs, avance même Camille Perron-Thivierge. 
Je peux bien dire que je vise 25 % [de produits locaux], mais si j'ai 10 %, je peux juste dire tant pis
, illustre-t-il.création de sens
pour Stéphane Lussier, ou pour prendre soin
de sa communauté pour Camille Perron-Thivierge. Mais tranquillement, ils sentent que la fleur du maraîchage se fane.
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