Caribou : Des propositions d’élus de la Haute-Gaspésie critiquées par des experts
Les contre-propositions de la MRC de la Haute-Gaspésie, au plan de protection du caribou montagnard élaboré par Québec, ont été adoptées le 10 juin par les élus. Ce plan fait toutefois l’objet de vives critiques chez des spécialistes de la question. Un texte de Cédric Bérubé Les élus suggèrent neuf grandes propositions pour allier protection de l’espèce et développement économique. Parmi elles, il y a par exemple la création d’une réserve territoriale qui engloberait plusieurs massifs à l’ouest et le sud-ouest de la Haute-Gaspésie. Le plan propose aussi un programme de contrôle de prédateurs qui pourrait entre autres impliquer la communauté. Également, la MRC construirait un troisième enclos de maternité, plus grand que ceux déjà construits par le gouvernement du Québec. Anne-Alice Simard est la directrice de l'organisme Nature Québec. Photo : Radio-Canada / Anne-Sophie Roy Elle reconnaît tout de même l’effort, mais selon elle, plusieurs idées ne tiennent pas la route. Elle pense par exemple à la proposition d’habituer l’animal à la présence humaine pendant sa captivité en enclos. Elle compare cette façon de faire à un zoo. Elle critique aussi l’idée d’une serre de production de lichen. [Les élus] démontrent un certain manque de sérieux, peut-être d'expertise, et on aurait préféré finalement que les élus se basent sur la science, sur des expertises, sur une meilleure concertation. Cette idée de serre de lichen exaspère le professeur titulaire en écologie animale de l'Université du Québec à Rimouski, Martin-Hugues St-Laurent. Il précise que l’environnement gaspésien n’est pas fait pour ce genre de culture et rappelle que le lichen pousse lentement, très lentement. La seule manière qu’on peut fournir du lichen au caribou de la Gaspésie, c’est en ne coupant pas les vieilles forêts, et ça semble complètement occulté. Donc, j'ai trouvé ça plutôt loufoque, très déconnecté de la réalité. L’universitaire croit que ce document aurait nécessité plus de travail et de polissage auprès des spécialistes avant d’en arriver à une publication. Il est déçu de constater que les élus ont balayé du revers de la main les études probantes autour de la protection du cervidé. Cette remise en doute de concepts bien établis dans le monde scientifique est aussi constatée par le biologiste et spécialiste de l'écologie et de la préservation du caribou, Serge Couturier. Le biologiste Serge Couturier aurait préféré que le gouvernement du Québec agisse plus tôt pour protéger le caribou forestier. Photo : Radio-Canada La responsable de Nature Québec y va d’une autre critique. Elle ne comprend pas pourquoi la MRC a utilisé une carte de son organisation qui date de 15 ans. Cette carte fait l'objet de débats. Photo : AFP / Nature Québec Alice-Anne Simard indique que Nature Québec tend la main à la MRC depuis longtemps. On a tendu la main à la MRC pour élaborer cette contre-proposition. On espérait que les deux acteurs auraient été prêts à mettre de l’eau dans leur vin. Celle-ci invite l’État québécois à ne plus attendre la contre-contribution et à se baser sur la science. Elle se demande également comment le gouvernement Néanmoins, la proposition d’une stratégie élargie de contrôle des prédateurs en impliquant la communauté est bien accueillie par Martin-Hugues St-Laurent. De son côté, Serge Couturier voit aussi d’un bon œil la proposition de la MRC d’étendre la zone d’habitat de l’animal à l’extérieur de la Haute-Gaspésie. Aucun des élus de la MRC de la Haute-Gaspésie contacté n’a voulu accorder une entrevue. De son côté, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs a transmis une déclaration écrite à Radio-Canada. La ministre responsable de la région qui est aussi ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Maïté Blanchette Vézina, est contente que la MRC ait finalement déposé des propositions. Elle a refusé de commenter davantage. Avec les informations de Jean-François Deschênes.Propositions
farfelues
Dans les faits, il y a certaines des propositions qui sont avancées, qui sont complètement farfelues
, exprime la directrice générale de Nature Québec, Alice-Anne Simard.
Quand on comprend la biologie du lichen, on comprend que c’est impossible. Tout biologiste corroborerait notre position
, croit-elle, en précisant que le lichen prend des décennies à pousser.Il va falloir attendre un siècle avant d'avoir une biomasse de lichen intéressante
, précise-t-il.Je suis habitué que des élus, un peu partout, remettent en question les consensus scientifiques. Il y a souvent du cherry-picking, soit le fait d’isoler un résultat d’étude et de le monter en généralité pour ensuite oublier toutes les autres études qui ne font pas affaire avec notre ligne argumentaire
, ajoute-t-il.Malheureusement, on remet en doute certains faits qui sont bien établis quant aux effets de la destruction de l'habitat ainsi que les processus écologiques qui s'enchaînent
, soutient-il.
La carte est complètement caduque maintenant, elle a été utilisée, en plus, sans notre consentement.

Elle a entre les mains une proposition qu’on lui a faite qui est beaucoup plus récente. On a soumis à la MRC un scénario de protection du caribou dans le cadre de l’appel à projets d’aires protégées et cette proposition a été refusée par la MRC
, affirme-t-elle.va prendre [cette proposition] au sérieux
.Les bons coups
C’est une bonne manière d’investir les gens dans ce programme de diminution de la prédation. On le voit dans Charlevoix, la nation wendat contribue au contrôle des prédateurs, je crois que c’est une bonne idée.
Quand je regarde la carte de la Gaspésie, l’aire de réparations du caribou, je ne vois pas nécessairement les limites des MRC. Il y a des zones intéressantes à conserver près de la Réserve [faunique de] Matane, près de la Réserve [faunique] de Dunière et de [la Pourvoirie] Faribault. Il y aurait moyen d’accroître les aires protégées au bénéfice du caribou
, indique Serge Couturier.Nous allons prendre le temps d’analyser les propositions qui ont été adoptées avant de nous prononcer sur celles-ci.
Advertising by Adpathway




