Les Autochtones, propriétaires de grands projets : la barrière du financement s’abaisse
Si les peuples autochtones sont de plus en plus perçus comme des partenaires commerciaux, un obstacle de taille interfère encore avec une pleine participation dans les grands projets de développement sur leur territoire : l’accès aux capitaux abordables. Heureusement, les acteurs du secteur public et privé commencent à faire équipe pour faire tomber cette barrière. Depuis peu, les promoteurs privés ont changé leur fusil d’épaule dans leur approche envers les nations autochtones. Celles-ci se voient souvent offrir l’occasion de devenir copropriétaire des infrastructures prévues, qu’il s’agisse d’éoliennes, de pipelines ou de lignes de transmission. Seulement, ces parts ne sont pas données. Selon RBC, le coût de la participation des Autochtones dans le secteur énergétique et des ressources naturelles pourrait s'élever à 100 milliards de dollars au cours des 10 prochaines années. Une somme qui paraît disproportionnée pour leurs capacités actuelles. La plupart des peuples autochtones ne peuvent se permettre ce luxe. Entre en jeu, d’abord, les programmes de garantie de prêts pour les Autochtones, gracieuseté des gouvernements provinciaux et fédéral. Cette mesure permet aux groupes autochtones d'emprunter à des taux d'intérêt inférieurs à ceux du marché et de reporter le début du remboursement au moment où le projet commence à générer des revenus. D’un autre côté, ces emprunts font progresser l’agenda gouvernemental par rapport à la croissance économique et à la poursuite d’objectifs sociaux et environnementaux. C’est d’autant plus vrai pour l’Ontario qui lorgne le Cercle de feu pour ses minéraux critiques. Le cercle de feu du nord de l'Ontario est un gisement minéral considéré comme une source essentielle pour l'industrie florissante des batteries de véhicules électriques.
Photo : Josef MacLeod À Ottawa, Mark Carney, nouvellement élu premier ministre, a promis de doubler le programme fédéral, passant de 5 à 10 milliards de dollars, et de ne plus limiter les projets admissibles à ceux du secteur énergétique et des ressources naturelles. L’Ontario, l’Alberta, la Saskatchewan et la Colombie-Britannique se sont également dotés d’un tel programme de prêts. À travers le pays, l'agrégation des programmes de garantie de prêts publics s’élève à environ 20 milliards de dollars. Or, cette somme est susceptible d’être accaparée par seulement quelques nations. Le coût d’un projet de grande envergure, comme un pipeline, peut facilement atteindre les 5 milliards, souligne Mark Podlasly. Force est de constater que cette initiative du secteur public, aussi louable soit-elle, est donc insuffisante pour répondre au besoin en capital abordable des Autochtones. Le secteur financier privé semble à tout le moins prêt à être de la partie, à preuve de ses quelque 600 représentants à la Conférence de la FNMPC. Les commanditaires de la 8e édition de la Conférence de la FNMPC, principalement du secteur financier, énergétique et des ressources naturelles, étaient aussi nombreux que considérables. Photo : Radio-Canada / Simon Filiatrault Par contre, un tel financement privé n’est pas à l’abri d’une évaluation scrupuleuse des risques. Qu’elles émanent du secteur public ou privé, les sources de financement se multiplient, et de nombreuses nations autochtones n’ont pas tardé à en tirer profit pour concrétiser leurs projets. Par exemple, le portefeuille de Kahnawake est en pleine expansion dans le secteur des énergies renouvelables. La communauté compte à son actif des parts dans la ligne de transmission Hertel-New York avec Hydro-Québec et dans un parc éolien, en plus d’être l'adjudicataire d'un second encore plus puissant. À terme, la communauté souhaite se départir du financement public qui comporte des exigences Selon Paul Rice, les nations autochtones devraient systématiquement se voir offrir la possibilité d'acquérir au moins 50 % des parts des projets proposés sur leur territoire. Photo : Radio-Canada / Simon Filiatrault À Wendake, certains programmes publics ont été d’une grande utilité pour concrétiser les priorités de la communauté. Notamment, le projet Kwayaweh de condos locatifs a été financé à 95 % par la SCHL, a indiqué Maxime Picard, directeur au développement économique. L’acquisition de l’Hôtel Hilton de Québec figure aussi parmi les récentes réussites de la Nation Wendat. Il n’en demeure pas moins que d’intéressantes chances de financement ont vu le jour dans les dernières années au sein d’institutions financières traditionnelles, dont plusieurs ont fait affaire avec les Wendat. Celles-ci offrent Si le financement n’est pas d’ordinaire un enjeu pour Wendake, il en va autrement de la reconnaissance de leurs droits territoriaux, avance le chef Yves Sioui qui chapeaute le développement économique. Ce dernier déplore que l’obligation de consultation ne soit pas toujours respectée. Peu importe, les deux représentants wendat ont bien l’intention de consulter la FNMPC dans leurs projets à venir, ce qui aurait été improbable n’eût été leur présence à la Conférence. Maxime Picard et Yves Sioui sont heureux à l’idée de collaborer avec la FNMPC et de conclure d’autres partenariats. Photo : Radio-Canada / Simon FiliatraultLe problème, c’est que les Premières Nations sont des pupilles de la Couronne, ce qui signifie que tous nos actifs sont détenus en fiducie par le gouvernement fédéral pour notre usage
, a expliqué Mark Podlasly, PDG de la First Nation Major Projects Coalition (FNMPC) lors de la seconde journée de la Conférence annuelle de l’organisme à but non lucratif.Il est donc impossible de faire appel à des sources de financement privées, car nous n'avons pas de garantie
, a-t-il poursuivi, ajoutant que cette réalité fait exploser le taux d’intérêt. 
Les gouvernements ne pensent pas tant au profit qu'aux bonnes options en matière de politique publique
, a indiqué lors d’une table ronde le ministre responsable des Partenariats économiques et communautaires pour le développement du Cercle de feu en Ontario, Greg Rickford.Le secteur privé à la rescousse
D'où vient le reste de l'argent? Le reste du Canada accéderait aux marchés privés pour financer les projets. En tant que Premières Nations, nous voulons aussi être dans cette situation. Nous voulons être traités comme tous les autres groupes canadiens
, a soutenu M. Podlasly.
Les fonds privés ont toujours besoin de savoir d'où viennent les autres capitaux
, a expliqué Rob Phillips, vice-président de Canaccord Genuity, une société d'investissement et de services financiers.Dans la mesure où le gouvernement prête de l'argent, le secteur privé a tendance à attendre d'avoir plus de détails sur la portée de ce prêt [avant de s’engager]
, a-t-il renchéri, précisant que les capitaux privés visent généralement à combler des trous
bien délimités.Le foisonnement des projets autochtones
très lourdes
, selon le chef mohawk Paul Rice. En attendant, Kahnawake explore d’autres options sur le marché. Récemment, un partenariat d’entreprise commune à parts égales a été conclu avec la Caisse de dépôt et placement du Québec pour augmenter leur implication dans des projets d’énergie renouvelable.
de belles possibilités sensibles à la réalité autochtone et personnalisées à chacune des communautés
, a souligné M. Picard.
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