Le nehlueun reconnu comme langue officielle à Mashteuiatsh
Après des décennies de travail, le nehlueun est enfin reconnu comme langue officielle dans la communauté autochtone de Mashteuiatsh. De la formation et de la traduction permettront notamment de faire rayonner l'innu-aimun.
Le conseil des élus a profité de la Journée des langues autochtones, célébrée le 31 mars, pour adopter une résolution afin d'officialiser le statut juridique de la langue innue.
Le chef de la Première Nation des Pekuakamiulnuatsh est à même de témoigner des conséquences du passé sur la maîtrise du nehlueun.
Ma mère, aujourd’hui âgée début 80 ans, nous apprenait avec stupéfaction qu’elle avait été victime de violence lorsqu’elle utilisait sa langue à l’école, au pensionnat
, confiait Gilbert Dominique.
Il concède qu'il a lui-même besoin d'améliorer ses connaissances en nehlueun.
Pour nous protéger, elle a décidé de faire en sorte qu’on ne parle pas notre langue, mais qu’on parle très bien français. Avec le recul c’est sûr que cela a eu ses effets
, ajoute l’élu.

Thelesh Bégin, aînée de Mashteuiatsh parle le nehlueun.
Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard
Une quarantaine de personnes ont assisté à ce moment. L’aînée Thelesh Bégin était émue devant l’engagement de sa communauté.
Dans les années 70, ç’a été quand même assez bas. Petit à petit, des gens comme moi et comme d’autres personnes qui parlaient la langue, on a continué à montrer la langue à l’école, à travers notre communauté. Plus tard, il y a eu un réveil
, témoigne celle qui enseigne la langue.
Cette volonté de préserver et de restaurer la langue remonte à la fin des années 90. Une résolution en ce sens avait d’ailleurs été adoptée en 1998.
Mashteuiatsh s’est engagé à ce que les rencontres publiques des élus soient traduites. Les employés de l'organisation devront suivre un atelier obligatoire sur la langue.
La directrice du volet patrimoine, culture et langue souligne que la situation de Mashteuiatsh est différente des autres communautés où plus de gens parlent la langue officielle.
On a environ une centaine de locuteurs pour notre Première Nation. Des locuteurs qui sont âgés. On a également un bon bassin de locuteurs silencieux, des personnes qui comprennent bien l’innu, mais qui ne le parlent pas. C’est une génération un peu plus jeune
, explique Julie Rousseau.
On est vraiment dans la revalorisation présentement. De l'officialiser, c’est une première étape, ça vient dire : "là, on protège notre langue"
, ajoute-t-elle.

Thelesh Bégin, Utshimau Germain et Sylvie Langevin ont participé à l'événement.
Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard
Le conseil des élus s'est engagés à créer un fonds dédié au nehlueun. Les revenus découlant de projets énergétiques réalisés au cours des dernières années pourraient permettre d’enseigner le nehlueun aux Pekuakamiulnuatsh. Le chef Gilbert Dominique est d’avis qu’il faudrait quelques millions de dollars par année.
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