Des Libanais revitalisent l’hôtel symbolique de Schefferville
Un couple originaire du Liban s’est installé à Schefferville, il y a environ un an, avec comme mission de revitaliser l’un des hôtels de cette ville minière située au nord du 54e parallèle. Il s’agit d’une tâche colossale, puisque peu de travaux ont été effectués sur l’immeuble depuis la fermeture de la mine, en 1982.
Le vieil hôtel Royal est un symbole de Schefferville qui ramène aux balbutiements de cette région minière du Nord-Est québécois.
L’hôtel Royal a été construit dans les années 1950. C’est en 1955 que la ville de Schefferville a été fondée.

L’hôtel Royal est de couleur blanche au début des années 1980.
Photo : Radio-Canada
Vue de l’extérieur, seule la peinture extérieure semble avoir changé depuis 1982, lorsque des milliers de gens ont quitté la ville devenue quasiment fantôme.
Les gens aiment l’hôtel Royal. C’est ancien. Des générations de gens d’ici ont travaillé, auparavant, à l’hôtel. Ça fait partie de l’histoire de Schefferville
, lance Pamela Mahrouk, qui a déménagé au Canada en mai 2024.

L'hôtel Royal vu de l'extérieur, durant l'hiver.
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
Son mari, Georges Jabbour, est arrivé à Schefferville en septembre 2023. Le couple originaire du Liban admet que vivre si éloigné est un défi de taille.
C’est challenging d’être à Schefferville. C’est difficile, car tu n’as pas beaucoup de choix d’activités et de choses à faire
, fait valoir Mme Mahrouk.
Les journées sont très tranquilles. Il n’y a personne d’autre qui vient du Liban. Mais on ne se sent pas seul. Les gens sont gentils. Après deux jours, tu peux connaître [pratiquement] tout le monde ici.

Pamela Mahrouk travaille régulièrement à l'entrée principale de l'hôtel Royal de Schefferville, là où est situé son bureau.
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
Le couple, accompagné de quelques collègues, est à pied d'œuvre afin de redorer l’image de l’hôtel. Ils démolissent la cuisine pour en refaire une nouvelle. Mme Mahrouk souhaite être en mesure de rouvrir le restaurant de l’établissement d’ici le 1er mai.

Les travaux sont majeurs dans la cuisine de l'hôtel Royal de Schefferville. Plusieurs des meubles sont démolis à coups de marteau.
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
Michaël Lee est justement l’un des employés de l’hôtel qui s’occupent activement des travaux de la cuisine. On refait [notamment] la tuyauterie, les planchers, l'électricité. La cuisine va être complètement différente
, indique-t-il.
Michaël Lee est originaire de Montréal. Il est arrivé à Schefferville en septembre 2023. Beaucoup de gens de mon entourage travaillaient dans le nord. Après une séparation, j’ai décidé de faire différent et de venir vivre ici,
raconte-t-il.

En date du 23 mars 2025, quelques semaines après le passage de Radio-Canada, les travaux ont grandement avancé dans la cuisine de l'hôtel Royal de Schefferville, comme l'explique Michaël Lee.
Photo : Gracieuseté de Michaël Lee
L’ensemble de la trentaine de chambres va également subir une cure de rajeunissement.
On veut tout renouveler. On ne va pas seulement changer les meubles. On refait les planchers, les murs et les salles de bain. D’ici l’été, on doit avoir fini
, explique Mme Mahrouk.

Radio-Canada a constaté, au début du mois de mars, que les visiteurs sont très peu nombreux à fréquenter l’hôtel en rénovation. Il s’agit surtout de travailleurs miniers qui y sont hébergés.
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
D’autres travaux sont envisagés au cours de l’année 2025. Durant l’été, on souhaite refaire l’extérieur puisque c’est ancien. Sinon, ça sera l’année prochaine
, fait-elle savoir.
Le bar, lieu de rassemblement
Dans l’attente de la réouverture du restaurant et de la rénovation des chambres, l’artère économique de l’établissement demeure le bar.
C’est le bar qui fait tout rouler. C’est important pour les gens d’ici. Les gens aiment notre bar. Les gens nous ont demandé que le bar [demeure] ouvert, même si on comptait le rouvrir [après les travaux]
, précise Pamela Mahrouk.
L’arrivée d’une nouvelle barmaid, au début de l’année 2025, permet de maintenir ouvert ce lieu de rassemblement.
Originaire de Brossard dans le sud du Québec, Marie-Pier Simard a œuvré de longues années dans le domaine de la restauration. Elle souhaite maintenant vivre loin des grandes villes, dans la nature et la tranquillité du nord.
J’ai touché au monde des bars et des restaurants. J’ai travaillé quinze ans à la SAQ. Je voulais maintenant être dépaysée. Je suis servie à souhait. Je crois que j’ai trouvé le jackpot en déménageant à Schefferville
, explique-t-elle.

La barmaid Marie-Pier Simard est hébergée dans l’une des chambres de l’hôtel Royal de Schefferville, l’une des rares pièces à ne pas subir de travaux majeurs pour l’instant.
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
Le bar de l’hôtel Royal est l'un des rares établissements de la région à servir de l’alcool. Dans ce contexte, la présence de Marie-Pier Simard est devenue davantage essentielle lorsque sa prédécesseur a pris sa retraite.
Il y a quelques mois, j’ai rencontré, de façon fortuite à Brossard, la personne qui a pris sa retraite ici. Lors de notre rencontre, les étoiles étaient définitivement alignées. Elle m’a expliqué qu'elle cherchait une remplaçante. J’ai embarqué tout de suite
, lance-t-elle.
À Schefferville, il ne faut pas avoir peur de la solitude. Il faut aimer le plein air. Être barmaid ici, c’est rock’n’roll. Pour venir travailler ici, il faut être ouvert d’esprit.

L'hôtel Royal de Schefferville est à proximité du restaurant Bla Bla, l'un des rares lieux pour se procurer de la nourriture en soirée dans la région.
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
Un carrefour multilingue
Tous les soirs, depuis le début du mois de février, sauf les lundis, Marie-Pier Simard accueille des Innus, des Naskapis et d’autres curieux. Elle constate que sa nouvelle ville est un vrai carrefour multilingue, en pleine taïga.
Il y a des soirées très tranquilles qui sont entrecoupées de soirées mouvementées. On parle plusieurs langues, dont le français, l’anglais, l’innu [et le naskapi]. On entend des bribes de conversations dans plusieurs langues. C’est très diversifié
, raconte-t-elle.

Schefferville est à cheval entre le Québec et le Labrador. Tout juste à côté de cette ville nordique se trouvent les deux communautés autochtones de Matimekush-Lac John et de Kawawachikamach. Moins de 2000 personnes habitent la région.
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
C’est que les Innus de Matimekush-Lac-John s'expriment plus facilement en français, tandis que les Naskapis de Kawawachikamach s'expriment davantage en anglais.
Selon le dernier recensement de Statistique Canada de 2021, environ 250 personnes vivaient à Schefferville. Mais les deux communautés autochtones de la région sont davantage peuplées.
Toujours en 2021, Matimekush-Lac-John comptait environ 700 personnes, tandis que Kawawachikamach en dénombrait environ 650.

La communauté de Kawawachikamach est la seule communauté naskapie au Canada. Elle est située à une quinzaine de minutes de voiture de Schefferville.
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
Un nouveau souffle
Marie-Pier Simard, Pamela Mahrouk, Georges Jabbour et Michaël Lee prennent à cœur leurs nouvelles occupations. Ils s’entraident, veillent sur l’un et l’autre et tentent de prendre part à la vie nordique qu’offre leur nouvelle région.
Tous les quatre sont d’avis que leur présence contribue à un certain renouveau à Schefferville.
Il y a une nouvelle énergie [dans la région]. Je sens que ce n’est que le début
, lance Marie-Pier Simard, qui envisage de demeurer à Schefferville de nombreuses années.
Même son de cloche du côté du couple d’origine libanaise. Notre contrat est d’une durée de trois ans, jusqu’en juillet 2026, mais je pense qu’on va rester plus longtemps
, atteste Pamela Mahrouk.
On est comme une petite famille. On essaye d'offrir quelque chose de nouveau pour tout le monde [à Schefferville]. Je suis tombé en amour avec une personne de la communauté naskapie. Ça va bientôt faire un an que j'ai une copine ici. Je compte rester longtemps ici
, indique de son côté Michaël Lee.

Les seuls moyens de rejoindre Schefferville sont l'avion et le train.
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
Il est toutefois encore difficile de déterminer si ces nouveaux Scheffervillois contribueront à pleinement redynamiser la région. Sur les quelque 4000 habitants que comptait Schefferville dans ses meilleures années, il n’en reste que quelques centaines.
Nombreux sont ceux qui se souviennent que cette ville septentrionale du Québec a fait face à une quasi-fermeture lors de la fin des activités minières d’Iron Ore du Canada, en 1982.
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