Parc industriel à Bécancour : les Abénakis estiment que leur voix ne compte pas
Alors que le projet qui encadre l’agrandissement du parc industriel de Bécancour a été adopté, les Abénakis, qui vivent dans le secteur, y demeurent fermement opposés. Ils estiment toujours ne pas avoir été adéquatement consultés et déplorent de ne pas avoir de voix au conseil d’administration. Mais sous l’impulsion de la filière batterie, le parc industriel de Bécancour devrait prendre de l’expansion. Cette gestion a été confiée à la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour (SPIBP). Plus de 6 millions de pieds carrés seront ainsi rendus disponibles pour de petites et moyennes entreprises. Des usines sont en construction dans le parc industriel de Bécancour. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé Le projet de loi 87 qui a été adopté le 27 février encadre le développement et la mise en valeur de terrains industriels ainsi que la gouvernance de la SPIPB. Les Abénakis s’y sont opposés sans succès, à travers la voix de W8banaki, qui représente les deux communautés abénakises de Wôlinak et Odanak. En entrevue, il raconte avoir reçu des demandes de consultations L'autre point de friction est l'absence d'un siège réservé aux Abénakis au conseil d'administration de la SPIBP. Bien que la responsable des ressources humaines au Conseil des Abénakis d'Odanak, Suzie O'Bomsawin, siège au CA de la Société pour un mandat de quatre ans, La communauté de Wôlinak est située près de Bécancour. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Delphine Jung Pourtant, W8banaki ne s’est pas contenté de s’opposer au projet, il a aussi proposé des solutions de rechange. Selon les Abénakis, la zone visée possède des avantages environnementaux. Ils ont ainsi rédigé un mémoire dans lequel ils suggèrent que la zone du parc industriel qui fera l'objet d'un agrandissement puisse devenir une aire de conservation et, ainsi, permettre au Québec de poursuivre ses efforts dans la réalisation de son objectif d’atteindre les 30 % du territoire de la province protégé. Yves Landry ajoute que la zone compte de nombreux milieux humides, des zones marécageuses, qui sont un lieu de vie pour plusieurs espèces. Contactée pour commenter le dossier, la SPIPB nous a renvoyés vers le ministère de l'Économie, qui n'a pas accepté notre demande d'entrevue. Dans un courriel, il déclare que Alexandre Carrier, conseiller stratégique pour W8banaki, évoque également les efforts de négociation de la nation avec le gouvernement, mais chaque fois, Manon Massé abonde dans ce sens : Catégorique, elle lance que Par courriel, le ministère indique toutefois souscrire Les Abénakis estiment ne pas être traités comme les autres. Les industries en place à Bécancour ont signé des ententes avec les Cris et les Atikamekw, tandis que, pour nous, ça semble moins une exigence gouvernementale. Il fait référence à Nemaska Lithium, dont la mine Whabouchi est située sur le territoire cri, et à Nouveau Monde Graphite, qui a signé une entente avec les Atikamekw. L'usine de Nemaska Lithium est en construction dans le parc industriel de Bécancour. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé Les Abénakis se demandent si adopter une posture de collaborateur ne leur a pas Maintenant que le projet de loi a été approuvé, quels sont les recours pour W8banaki? Yves Landry préfère tempérer avant de dévoiler son jeu. J’ai toujours été ici, au fil des ans. La forêt a repris sa place dans le secteur et ç'a apporté beaucoup de gibier aux chasseurs autochtones comme allochtones
, laisse tomber Yves Landry, gardien du territoire de la communauté de Wôlinak. 
Manque de consultations
On n’a jamais été consultés pour le choix du lieu, pour la stratégie d’investissement… Pour toutes les grandes décisions gouvernementales, on n’a jamais été consultés
, déplore David Bernard, directeur du bureau du Ndakina (le territoire ancestral des Abénakis) à W8banaki.à la pièce
, mais on ne savait pas le cadre général
, et il estime que les Autochtones sont généralement consultés seulement en bout de piste
et jamais aux prémices des différents projets. ce n’est pas un siège réservé à la nation. La municipalité de Bécancour en aura un, mais pas nous. Il y a un fort sentiment d’injustice
, poursuit M. Bernard.
C’est vraiment joindre l’insulte à l’injure
, ajoute la députée Québec solidaire, Manon Massé, qui soutient les Abénakis.Un potentiel environnemental
On a des cartes à l’appui, on a fait des inventaires, on aurait pu partager notre compréhension du territoire pour pousser ça
, indique M. Bernard.[Si ces milieux sont détruits], ce sera difficile à compenser. On sait que lorsqu’ils sont détruits, ils ne sont jamais refaits. Il y a donc un paquet de vie qui disparaîtra à tout jamais
, dit-il.la création d’une aire de pratique dédiée aux Abénakis à l’intérieur du parc industriel est en cours de discussions
.Québec s’y est opposé
, alors que, rappelle-t-il, le premier ministre Legault a régulièrement répété vouloir traiter de nation à nation
. La CAQ aime dire qu’ils travaillent de nation à nation. Il y avait une belle opportunité pour le faire et je voyais même une ouverture de la part du ministre adjoint. Mais la CAQ n’a pas voulu traiter de nation à nation
.les Abénakis ont perdu sur toute la ligne
. au principe des discussions de "nation à nation"
, mais note que le meilleur lieu pour ces discussions est dans le cadre de négociations d’ententes avec elles, et non lors de l’adoption d’un projet de loi technique concernant un parc industriel
.Un traitement différent pour les autres nations?
Jamais la nation crie ou naskapie ne vivraient un tel blocage de Québec
, croit M. Carrier. 
plus nui
.Si c’est juste les Abénakis qui demandent, ça n’a pas d’importance. On a toujours été de bons voisins, bien polis, bien gentils, qui ne parlent pas plus fort qu’il faut
, appuie encore Yves Landry qui rappelle que Wôlinak, par exemple, c’est 0,97 km2. On n’a rien. La très grande majorité de notre territoire ancestral a été privatisé
.Nous évaluons les différentes options qui s’offrent à nous et n’excluons aucun scénario. Rien de concret n'est toutefois établi pour le moment
, dit Joanie Rancourt, la conseillère en communication de W8banaki.
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