Le gérant du casino de Wôlinak interdit de faire des affaires
L'entreprise qui gère le casino de Wôlinak n’a plus le droit de faire des affaires, a décrété le gouvernement du Québec. Ce revirement de situation survient quelques mois après la diffusion de reportages d’Enquête sur cet établissement qui opère sans permis des autorités. Tribal Gaming Holdings Canada a été dissoute le 13 mars dernier par le Registraire des entreprises. Cet organisme a un pouvoir de vie et de mort sur les compagnies qui ne respectent pas certaines règles. Tous ses engagements en cours, ses comptes bancaires, etc. Tout doit cesser immédiatement. Le gouvernement du Québec a donné le baiser de la mort à Tribal Gaming parce qu’elle n’a pas dévoilé l’identité de ses réels propriétaires et n’a pas transmis ses déclarations de mises à jour annuelles. Depuis 2023, chaque entreprise doit rendre public le nom des individus qui la contrôlent. Cette nouvelle obligation de transparence vise à prévenir l’évasion fiscale, le blanchiment d’argent et la corruption, et à lutter contre eux. Tribal Gaming est un regroupement d’investisseurs dont le seul représentant connu est l’homme d’affaires montréalais Ofer « Josh » Baazov. Or, quelques jours après la diffusion d’un reportage d’Enquête sur le casino, le gouvernement a demandé à Tribal Gaming de rectifier le tir. Tribal Gaming ne s’est pas conformée à cette demande, ce qui a mené à sa radiation. Le site web de l’entreprise n’est d’ailleurs plus en ligne, a constaté Radio-Canada. Les internautes sont notamment redirigés vers une entreprise de bronzage par vaporisation. En novembre dernier, Enquête diffusait plusieurs révélations sur ce casino. La Première Nation des Abénakis de Wôlinak, dans le Centre-du-Québec, est propriétaire de l’établissement, mais elle n’a aucun pouvoir dans la gestion des lieux. Josh Baazov en mène large au casino. Selon une entente signée avec le chef Michel R. Bernard, Tribal Gaming a financé la construction du casino et gère l’endroit depuis son ouverture. En contrepartie, Josh Baazov et ses associés récoltent 75 % des profits. Avec ses 400 machines à sous et son site de jeux et de paris sportifs en ligne, le Grand Royal Wôlinak génère des dizaines de millions de dollars en revenus annuellement. Difficile de savoir quel sera l’impact de la radiation de Tribal Gaming sur le casino. Ni l’avocat de l'entreprise, ni Josh Baazov, ni le chef Bernard n’ont répondu aux demandes de commentaires pour ce reportage. Lorsque Radio-Canada a appelé au casino, les activités se déroulaient normalement. Josh Baazov en compagnie du chef Michel R. Bernard et du directeur général de Wôlinak de l’époque, Dave Bernard, lors de l’inauguration du casino en 2022. Photo : Courrier Sud / Stéphanie Paradis Source de tensions dans la petite communauté abénakise, la maison de jeu est au coeur d’une bataille judiciaire. L’ex-chef de Wôlinak, Denis Landry, demande aux tribunaux de casser le contrat qui lie Tribal Gaming à sa communauté, car il serait Tribal Gaming conteste ces allégations devant la Cour supérieure. Depuis 2022, le Grand Royal Wôlinak est exploité sans aucune autorisation gouvernementale, contrairement à ce que prévoit le Code criminel. Le chef Bernard soutient que les Abénakis ont un droit ancestral pour mener cette activité. En décembre dernier, le ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit, Ian Lafrenière, révélait que Tribal Gaming comptait ouvrir des maisons de jeu dans d’autres communautés autochtones au Québec et ailleurs au pays. En février, Radio-Canada apprenait que la Première Nation de Pabineau, au Nouveau-Brunswick, rompait ses liens avec Josh Baazov pour son projet de casino.L’entreprise n’existe plus
, résume l’avocate en droit des affaires Anne-Adma Louis, donnant en exemple le décès d’une personne. Elle n’a plus le droit de signer de contrat. Elle n’a pas le droit d’avoir un compte bancaire. Elle n’est plus en mesure d’opérer légalement.
Aucun bénéficiaire ultime n'a pu être retracé ni identifié
, déclarait l’entreprise l’automne dernier.Nous avons des raisons de croire que l’information déclarée [...] serait erronée
, écrivait l’équipe des inspections.Qui contrôle le casino maintenant?
Techniquement, le contrat devient caduc
, explique Me Louis. Lorsque la banque en est informée, le compte doit être gelé. Il n'est plus censé y avoir de flux de trésorerie ou d'activités
, poursuit l’avocate. Elle précise toutefois qu’il est possible de ressusciter une entreprise si elle en fait la demande et répond à certaines conditions.
contraire à l’ordre public
, en plus d’être lésionnaire, exorbitant et abusif
.Ça ne devrait pas arriver
, avait-il lancé.
Advertising by Adpathway









