La Martre, entre archéologie et eau potable
Une quinzaine de propriétaires de terrains privés pourraient avoir à payer d'importants frais, non seulement pour raccorder leur demeure au réseau d'aqueduc, mais aussi pour répondre à la commande du ministère de la Culture et des Communications qui souhaite réaliser des fouilles archéologiques dans leur cour.
Le sous-sol de La Martre, en Haute-Gaspésie, cache deux éléments d’intérêt : de l’eau potable attendue par les résidents depuis l’an 2000 et de potentiels artéfacts qui pourraient nous en dire plus sur l’arrivée des Premières Nations dans la péninsule, il y a peut-être de cela 10 000 ans.
Un montant de 506 468 $ serait nécessaire pour effectuer le travail. De ce nombre, le maire de La Martre, Yves Sohier, indique qu'une contribution de 50 000 $ du ministère de la Culture a été officialisée à ce jour.
Il en reviendrait ainsi aux Martriens et Martriennes de payer la balance du montant.
C'est d'une aberrance totale
, soutient avec conviction le maire Sohier.
Si c'est si important pour le ministère de la Culture, qu'il paie les recherches sur les terrains privés. Sinon, il n'y en aura pas de recherches, ce n'est pas plus compliqué que ça
, martèle-t-il.
De passer à travers des vestiges d'une grande rareté et de détruire les contextes archéologiques comme ça, [ce serait de ramer] un peu en sens contraire
, estime pour sa part l'archéologue consultant, François Guindon en entrevue à l'émission Bon pied, bonne heure!.
On s'entend, faire de l'archéologie, ce n'est pas un besoin primaire comme apporter de l'eau potable aux gens de La Martre. Mais ça reste quand même important dans le contexte de l'effort national de réconciliation avec les peuples autochtones.
Une particularité du site de La Martre, c'est la présence d'une carrière qui a pu être exploitée par les Premières Nations à cette époque, pour produire des outils,
explique l'archéologue. Des pointes de projectiles, de lance, ou encore des grattoirs travaillés à partir d'une pierre riche en silice pourraient être retrouvés dans le sol.

Les tout premiers vestiges d'humains au Québec se situent en Estrie et datent de l'époque glaciaire, alors que les terres étaient en voie de devenir habitables. La fonte des glaces a alors libéré les portions littorales du territoire, le long du fleuve et du golfe du Saint-Laurent. C'est ce qui a permis une migration vers la Gaspésie notamment, explique l'archéologue consultant, François Guindon. (Photo d'archives)
Photo : Photo offerte par François Guindon
La Martre, un lieu « énigmatique »
Le résultat des fouilles archéologiques pourrait devenir un attrait pour les touristes. Ç'a des impacts sur des économies locales qui sont peu diversifiées, [voire] dévitalisées
, est d'avis le scientifique.
Yves Sohier en convient. Il pourrait y avoir peut-être un jour un musée ou même une école d'archéologie dans le village. Ça pourrait être un levier économique.
Il reste toutefois ferme sur son point. Mais que le ministère de la Culture ne nous refile pas cette dette-là.

Au bureau municipal de La Martre, de très anciens vestiges, dits paléoindiens, sont exposés. (Photo d'archives)
Photo : François Guindon
Minuit moins une
Pour que l'eau propre à la consommation coule des robinets de la municipalité cette année, l'entrepreneur qui procédera aux travaux de raccordement du réseau d'aqueduc doit obtenir le feu vert avant le 3 avril 2025.
Cette autorisation dépend d'une lettre d'intention du ministère des Affaires municipales et de l'Habitation (MAMH) confirmant le financement de 95 % du chantier estimé à plus de 12 millions de dollars.
Or, le maire rapporte que le MAMH a d'abord demandé qu'il y ait entente dans le dossier impliquant le ministère de la Culture quant au financement de la recherche d'artéfacts avant de garantir les fonds.
Mais nous allons aller de l'avant malgré que nous n'ayons pas encore eu de nouvelles du ministère de la Culture
, conclut finalement Yves Sohier.
Il assure avoir reçu la confirmation que la lettre d'intention du MAMH lui serait envoyée en début de semaine.
La dernière séance du conseil avant cette date butoir du 3 avril a lieu lundi soir.
Avec la collaboration de Renée Dumais-Beaudoin
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