Le traitement forcé contre la toxicomanie, une solution efficace ?
Les lois sur la drogue en Saskatchewan connaissent un tournant. Face à l’augmentation des surdoses liées au fentanyl et à la méthamphétamine, la province explore de nouvelles mesures pour lutter contre la toxicomanie, dont l’introduction du traitement involontaire. Mais experts et défenseurs des libertés s'interrogent sur l’efficacité de ce modèle. La province souhaite accorder davantage de pouvoirs à la police pour saisir des biens, suspendre des permis et procéder à des arrestations. La Saskatchewan envisage également de suivre l'exemple de l'Alberta en introduisant le traitement involontaire. Cela signifie que les toxicomanes seraient détenus, forcés de détoxifier et de suivre un traitement contre leur gré. Le gouvernement de l'Alberta prévoit de dépenser 180 millions $ sur trois ans pour construire deux centres de traitement de la dépendance involontaire. Un projet de loi, appelé la Loi sur l’intervention compassionnelle, permettrait aux membres de la famille, aux médecins ou à la police de demander un traitement obligatoire devant un juge si une personne est jugée dangereuse pour elle-même ou pour les autres. Photo : La Presse canadienne / Chris Young Un projet de loi, appelé la Loi sur l’intervention compassionnelle, permettrait aux membres de la famille, aux médecins ou à la police de demander un traitement obligatoire devant un juge si une personne est jugée dangereuse pour elle-même ou pour les autres. Cela ressemblerait à un mandat de santé mentale. Les experts en santé publique de la Saskatchewan s’opposent au modèle. La Société canadienne de médecine de la dépendance a récemment examiné 22 études dans le monde entier sur l'efficacité du traitement involontaire. Les études proviennent principalement du Canada, des États-Unis et de la Chine. Parmi ces 22 études, 10 ont rapporté des résultats négatifs, 5 n'ont trouvé aucune différence et 7 ont observé des améliorations, principalement en rétention. L'une des sept études a constaté une réduction de la consommation de substances après le traitement. Selon le Code criminel, les tribunaux ne peuvent pas forcer quelqu’un à suivre un traitement contre la toxicomanie. Mais dans certains cas, ils peuvent le proposer comme alternative à une peine de prison, avec la menace d'emprisonnement si la personne ne termine pas son traitement. La Saskatchewan a annoncé mardi que les personnes prises en train de manipuler ou de distribuer de la méthamphétamine ou du fentanyl pourraient recevoir des amendes allant jusqu'à 1 million de dollars. Cependant, ces amendes seraient considérablement réduites si les délinquants suivaient un traitement pour la dépendance. L'Association canadienne des libertés civiles a déclaré que cela ne donne pas vraiment aux gens un choix. Le gouvernement a également annoncé qu'il annulerait les permis provinciaux des personnes condamnées pour des crimes liés à la drogue. Cela inclurait les permis de conduire, d'armes à feu, de chasse et de pêche. Les dernières statistiques fédérales, datant de septembre, indiquent que plus de 49 000 Canadiens sont morts des suites d’une intoxication aux opioïdes toxiques depuis 2016. Avec les informations de Halyna MihalikL'Alberta parle depuis un certain temps de son traitement involontaire
, a déclaré mardi le ministre de la Justice de la Saskatchewan, Tim McLeod. La Saskatchewan suit cela de près, et nous observons attentivement cette législation et son développement. Nous surveillons très attentivement et envisageons nos options dans ce domaine.

Le traitement involontaire serait-il efficace ?
On pourrait peut-être forcer quelqu’un à entrer dans un centre, à l’obliger à arrêter d'utiliser des substances à ce moment-là
, a déclaré Barbara Fornssler, professeure adjointe à l’École de santé publique de l’Université de la Saskatchewan.Mais dès que l’occasion se présente à nouveau, la personne recommencera, car nous n’avons pas réellement abordé les causes profondes de la toxicomanie. Cela est enraciné dans le traumatisme et le manque de ressources disponibles.
Le traitement de la dépendance comme alternative à la prison et aux amendes
C’est essentiellement comme échanger une cellule de prison contre une autre
, a déclaré Harini Sivalingam, directrice du programme d'égalité à l'Association canadienne des libertés civiles.On va réduire votre peine ou votre amende si vous entrez dans un centre de traitement. Ce n’est pas vraiment un choix, et c’est ce sur quoi nous devons vraiment nous concentrer.
Je suppose qu’il reste à voir si ces mesures seront efficaces
, a déclaré Carla Beck, cheffe du NPD, lors d'une conférence de presse jeudi.Éliminer ce poison de nos communautés est certainement quelque chose dont nous devons tous nous soucier.
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