De la LHJMQ à la NCAA : le meilleur des deux mondes
Sans surprise, le changement de réglementation de la NCAA permettant aux joueurs de la Ligue canadienne de hockey (LCH) de poursuivre leur parcours dans les rangs universitaires américains changera le visage du sport au pays. On commence à en voir des exemples concrets. La semaine dernière, la Ligue de hockey junior Maritimes Québec (LHJMQ) a annoncé que pas moins de 35 joueurs ont quitté leur équipe pour se joindre au circuit depuis l’annonce en novembre. Des 18 équipes de la LHJMQ, 17 ont accueilli un ou plusieurs nouveaux venus, le Drakkar de Baie-Comeau et les Mooseheads d’Halifax menant le bal avec quatre. La Ligue de hockey de la Colombie-Britannique (LHCB), qui attire généralement des hockeyeurs aspirant à la NCAA, a pour sa part dû essuyer des pertes importantes avec 25 joueurs qui ont quitté le circuit pour les Maritimes ou pour le Québec. Du lot, on retrouve un attaquant des Tigres de Victoriaville, le Trifluvien Enzo Lottin, qui a sauté sur l’occasion de se rapprocher des siens dès l’annonce du changement de réglementation. Enzo Lottin Photo : Tigres de Victoriaville / Alex Garneau L’été dernier, le septième choix au total du plus récent repêchage de la LHJMQ a pris la décision difficile, mais longuement réfléchie, de se rendre à Chilliwack pour y jouer avec les Chiefs dans la LHCB. Une résolution prise Quand j'ai pu combiner la NCAA et la LHJMQ, je pense que c’était un no-brainer pour moi. En décembre, Lottin s’est engagé auprès de l’Université du Nebraska, à Omaha, pour la suite de son parcours. Le côté scolaire est l’un des aspects expliquant la décision de Lottin de choisir la voie du circuit américain. L’autre, c’est le développement à plus long terme que pouvait offrir la NCAA au joueur de centre de 1,70 m (5 pi 7 po) et de 73 kg (160 lb), comparativement à la LHJMQ. Cette possibilité de progresser sur une plus longue période a également séduit le nouvel attaquant de l’Océanic de Rimouski Thomas Belzil, qui a lui aussi quitté la LHCB pour se joindre à la LHJMQ. Thomas Belzil lors de son passage avec les Jets de Janesville dans la NAHL. Photo : Shelley Schmidt Photography Le Trifluvien de 18 ans, déjà engagé auprès de l’Université du Massachusetts, a vu dans le changement apporté par le circuit américain une nouvelle ouverture. Cette perception n’a pourtant jamais découragé des hockeyeurs comme Jonathan Fauchon, un coéquipier de Belzil ayant choisi de suivre le parcours type de la LHJMQ sans y penser à deux fois. Jonathan Fauchon Photo : Instagram / L'Océanic de Rimouski Fauchon, qui mène le classement des pointeurs de la saison dans le circuit Cecchini au moment d'écrire ces lignes, s’est engagé en décembre à se joindre au Providence College, après mûre réflexion. Toutefois, il y a quelques années à peine, ce n’était pas du tout dans les plans. Le capitaine de l’Océanic, Jacob Mathieu, partageait le même souhait que son coéquipier à l’aube de sa carrière junior. Jacob Mathieu Photo : Instagram / L'Océanic de Rimouski Bien que l'athlète de 20 ans confirme avoir évalué ses options, lui aussi n’a pas hésité avant de faire son choix. Et en rétrospective, la distance était un facteur important. Au fil du temps, sa réflexion a évolué, puis il a choisi il y a quelques semaines de s’engager avec l’Université Northeastern, à Boston. Si la nouvelle réglementation de la NCAA a permis à certains joueurs de rentrer au bercail, elle suscite également un questionnement fort pertinent pour l’avenir de la LCH : se dirige-t-on vers un exode des joueurs de 18, 19 ans, désormais admissibles à s'en aller vers les États-Unis? À en croire Étienne Lafleur, avocat et agent de joueur pour l'entreprise Propulsion, c’est peu probable. Qui plus est, les exigences scolaires pourraient freiner les ardeurs de certains. Pour le président et agent de KAM Sports Mathieu Curadeau, il est toutefois évident que la LCH, et incidemment le circuit Cecchini, devra revoir sa structure. Je crois que les cycles vont être un peu plus courts dans certains cas parce que les bons joueurs vont se retrouver à s'en aller au collège américain s'ils ne sont pas signés au niveau professionnel. Et si un joueur de 21 ans comme Jonathan Fauchon a eu droit à une bourse complète à sa dernière année dans la LHJMQ, il ne faut pas s’attendre à ce que ce soit la norme. Sans l’ombre d’un doute, la possibilité de se joindre au circuit américain après la LHJMQ a ouvert des discussions avec les clients, a noté M. Curadeau, mais il n’en demeure pas moins que ceux-ci doivent être conscients du défi qui les attend. Avec les informations de René LévesqueC’est le fun à voir, c’est un influx de talent important, a souligné le commissaire Mario Cecchini. On l’a dit lors du changement de règlement qu’on était content pour les jeunes, car ils n’auraient plus à devoir éviter la LHJMQ pour pouvoir, un jour, jouer dans la NCAA.
Là, si ces 35 joueurs ou d’autres désirent aller dans la NCAA au terme de leur engagement avec nous, ils pourront le faire et on sera les premiers à les féliciter
, a-t-il ajouté.Le retour à la maison avant l’aventure américaine
J’ai essayé de savoir au plus vite si c'était possible de revenir [...]. En à peu près 35 heures, c'était réglé et j'avais déjà un billet d'avion
, raconte-t-il.
à contrecœur
par le jeune homme de 17 ans.Quand j’ai été repêché par les Tigres, je voulais y aller. Ç’a pris un été de réflexion complet. J'ai toujours voulu jouer dans la LHJMQ depuis que je suis jeune. Mes amis jouent là, ma famille a joué là, mon grand-père a joué là, mon oncle a joué là.
Je trouvais que, pour un joueur de petit gabarit qui a besoin de, peut-être, plus de temps pour se développer physiquement et pouvoir rentrer pro – parce que peut-être qu’à 19 ou 20 ans, je ne vais pas être prêt pour le professionnel – ça offrait une porte de plus.
Je me suis toujours développé un peu plus tard que les autres. J’étais plus petit quand j’étais jeune, je n’ai pas encore de barbe [rires]. Il me reste encore beaucoup de développement physique et mental à faire. La voie de la NCAA, c’est bon pour ça
, souligne-t-il.Après ton junior, tu peux aller là et passer quatre ans avec probablement l'un des meilleurs développements que tu puisses avoir au niveau de l’entraînement, des matchs, des heures de pratique, et tous les coachs qui sont à ta disposition pour t’aider à passer au prochain niveau.

Avant la règle, la LHJMQ, c’était pas mal ça : tu essayais de rentrer à 16 ans, le plus tôt possible, tu essayais de performer au meilleur de tes capacités pour pouvoir décrocher un contrat dans la Ligue nationale ou la Ligue américaine, mais si ça ne marchait pas, tu retournais à l’école à tes 21 ans ou tu allais à l’université canadienne.

Mon but, quand j’étais jeune, c’était de jouer junior majeur et après de jouer dans la Ligue nationale
, indique-t-il.Je n’avais jamais vraiment pensé à jouer dans la NCAA. Donc, quand la règle est passée, c’était beaucoup de nouveau pour moi. Je n’avais jamais vraiment regardé les programmes, donc ç’a été beaucoup d’informations en peu de temps, mais ça s’est bien passé.
Depuis que je suis tout jeune, mon rêve est de jouer dans la LHJMQ et ça n’a pas changé. Ma décision était de venir jouer ici, au Québec. Et de me retrouver à Rimouski, je ne pouvais pas demander mieux
, assure-t-il.
À 16 ans, j’avais été en pension à Lévis dans le midget AAA, mais j’étais encore près de la maison. Je ne pense pas que j’étais prêt à faire un saut aussi loin, aux États-Unis.
D’apprendre que je pouvais avoir le combiné des deux, faire la LHJMQ, tout mon parcours ici, à Rimouski, les cinq années, et ensuite pouvoir faire mon baccalauréat plus tard dans la NCAA, c’est le meilleur des deux mondes.
Vers un rajeunissement de la LHJMQ?
Je ne pense pas que ça va être la majorité des joueurs qui vont être en mesure d'accéder à la NCAA, puis ça ne veut pas dire que tous vont vouloir y aller. Il y en a qui vont être très heureux d'évoluer toutes leurs années dans la LHJMQ, donc je n'appréhende pas un exode. Mais encore là, c'est très embryonnaire, c'est très récent comme situation
, note-t-il.La LCH, donc la WHL, l’OHL et la LHJMQ, est la meilleure ligue de développement au monde et c'est ici [que les joueurs] ont les meilleures possibilités de se développer, de se faire voir par les recruteurs de la Ligue nationale. La LCH a la cote auprès des recruteurs, ça, il n’y a aucun doute
, affirme-t-il.Ça reste quand même un circuit académique où tu dois satisfaire les critères académiques, avoir fait tes cours de base. Il faut que tu aies pris tes études au sérieux
, ajoute l’agent.Ça va apporter un vent de changement du côté de la LHJMQ pour la planification des équipes, qui fonctionnent souvent par cycle
, dit-il.Je ne pense pas que c’est quelque chose qu'on va voir sur le long terme, des joueurs de 19, 20 ans qui signent des bourses, parce que la majorité des collèges font leur recrutement vraiment avant ça
, précise M. Curadeau.Souvent, les bourses sont déjà données, les budgets sont déjà dépensés. En ce moment, c'est une période de transition, donc il y a des joueurs qui sont proches d'aller jouer professionnel et qui se voient offrir des bourses. Les équipes ont trouvé des budgets pour le faire, mais à long terme, je pense que ça va être plus planifié.
Je pense qu'il va falloir que les familles et les joueurs comprennent que ce n'est pas nécessairement un plan B, c'est un plan A. Les collèges américains, c'est extrêmement fort aussi et ça va être réservé aux meilleurs joueurs, un peu comme la LHJMQ l’est ou le niveau professionnel
, conclut-il.
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