Trois ans de guerre en Ukraine : un récit en huit dates clés
En lançant son offensive le 24 février 2022, le président russe Vladimir Poutine voulait en finir rapidement avec l'État ukrainien. Or, ce souhait s'est heurté à une résistance ukrainienne organisée et financée par l'Occident. Trois ans plus tard, la dynamique diplomatique connaît des changements. Voici quelques moments clés de ce conflit.
1. L'invasion
Le 24 février 2022 au petit matin, ce que le monde redoutait depuis plusieurs mois se produit : le président russe Vladimir Poutine annonce une « opération militaire spéciale » en Ukraine. Après des décennies de paix relative, c'est le retour de la guerre en Europe.
Il s’agit d'une attaque tous azimuts. Les missiles pleuvent non seulement sur la capitale, Kiev, et sur la ville frontalière Kharkiv mais aussi sur des villes plus reculées comme Odessa, dans le sud-ouest du pays. Les soldats russes franchissent la frontière à partir de la Russie à l'est, du Bélarus au nord et de la Crimée au sud.
Dès les premiers jours de l’invasion, les soldats russes tentent d’encercler Kiev avec l’intention claire de renverser rapidement le pouvoir ukrainien. La capitale résiste.

Des membres d'une unité de défense territoriale manient une mitrailleuse dans une tranchée improvisée à Kiev en attendant une attaque russe imminente pour s'emparer de cette ville. (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / Anastasia Vlasova
Une semaine après le début de la guerre, la Russie revendique la prise de Kherson, première victoire importante pour les troupes de Vladimir Poutine. Toutefois, partout en Ukraine, elles font face à une résistance organisée et farouche. Les Ukrainiens et leur gouvernement, le président Volodymyr Zelensky en tête, refusent de plier l’échine.
Un constat commence alors à s'esquisser : ce conflit sera une guerre d’usure.
2. Le siège de Marioupol, du 28 février au 20 mai 2022
Dès le début de l’invasion, le haut commandement russe a dans sa mire la ville portuaire de Marioupol, qui possède un accès stratégique à la mer d’Azov.
En quelques jours, cette ville est complètement encerclée. C’est le début d’un siège brutal qui s’étirera sur près de trois mois.
On tente tant bien que mal de créer des couloirs humanitaires pour laisser sortir quelque 100 000 civils, mais la ville est pilonnée sans relâche. Les morts se comptent par dizaines de milliers.
Pendant ce temps, une crise humanitaire s’installe, un épisode qui marque particulièrement les esprits.
Le 16 mars, l’artillerie russe vise un théâtre transformé en refuge qui abrite des centaines de personnes. La plupart se retrouvent prisonniers des décombres. Le déluge de bombes se poursuit; impossible d’aller les secourir.

Un soldat russe se promène dans les décombres du théâtre de Marioupol, en Ukraine. (Photo d'archives)
Photo : afp via getty images / ALEXANDER NEMENOV
Mi-avril, Vladimir Poutine affirme que son armée est parvenue à contrôler la majorité de la ville. Toutefois, deux bataillons ukrainiens refusent de rendre les armes et se terrent dans le complexe métallurgique d’Azovstal, qui comprend un labyrinthe de tunnels.
Ces bataillons tiennent tête aux Russes pendant un mois. Plusieurs militaires ukrainiens sont tués ou blessés. Sans soutien, sans ravitaillement et sans issue, les autres finissent par se rendre à la fin mai. La Russie déclare alors qu'elle a pris le contrôle entier de cette ville. Mais de Marioupol, il ne reste alors que des ruines.
3. Le massacre de Boutcha, le 1er avril 2022
Avec l’objectif de faire tomber rapidement le gouvernement ukrainien, les troupes russes se sont installées dans les banlieues de la capitale dès les premières semaines de l’invasion. Elles entrent notamment dans la municipalité de Boutcha, une ville de 28 000 habitants à 50 km de Kiev.
La stratégie initiale ayant échoué, le haut commandement russe ordonne le retrait des troupes du nord de l’Ukraine pour concentrer ses efforts dans l’est et dans le sud du pays. Le 1er avril, les soldats ukrainiens entrent à Boutcha. Des dizaines de cadavres de civils jonchent les rues de la ville, certains les mains liées dans le dos. La plupart semblent avoir été fusillés, d’autres, brûlés vifs.

Des corps de civils jonchaient les rues de Boutcha, en banlieue de Kiev, après le retrait des forces russes. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / Zohra Bensemra
Les autorités de la ville font également la découverte de fosses communes dans lesquelles sont entassés des corps de civils. Des dépouilles de femmes et d’enfants sont du nombre.
Kiev dénonce d’emblée des crimes de guerre. Le 22 avril, un porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme confirme qu’au moins 50 civils ont été exécutés par des soldats russes. La Russie a toujours nié sa responsabilité dans ces exactions.

Des gendarmes français sont venus aider les policiers ukrainiens à extraire les corps des fosses communes de Boutcha. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / Volodymyr Petrov
De nombreux médias, dont le New York Times, le Guardian et Der Spiegel, ont enquêté sur le massacre de Boutcha. Leurs reportages corroborent la plupart des atrocités racontées par des témoins.
4. La libération de Kherson, le 11 novembre 2022
Tandis que la guerre s’enlise au sud et à l’est, l’Ukraine organise une contre-offensive. Déjà, en septembre, la résistance ukrainienne parvient à chasser les Russes de Kharkiv, la deuxième ville en importance du pays, située à la frontière entre les deux pays.
Toutefois, c’est la défaite des troupes russes à Kherson qui écorche davantage le Kremlin. Dès juillet, les forces ukrainiennes s’en prennent à des infrastructures militaires russes dans la région. Les combats s’étirent sur de longs mois, l’Ukraine parvenant à faire des percées qui repoussent toujours un peu plus loin les soldats ennemis.
Le 11 novembre, neuf mois après la prise de la capitale régionale du sud, le ministre russe de la Défense de l’époque, Sergueï Choïgou, ordonne le retrait de ses troupes de Kherson.
Cette défaite est d’autant plus cuisante que quelques semaines auparavant, Vladimir Poutine avait revendiqué l’annexion de la région lors d’un rassemblement patriotique sur la place Rouge. Derrière lui, des banderoles laissaient alors entendre que la Russie serait à Kherson pour toujours
.

Des résidents de Kherson qui s'étaient réfugiés dans la ville d'Odessa célèbrent la libération de leur ville, annexée à la Russie en septembre 2022. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / STRINGER
5. La bataille de Bakhmout, de l'hiver 2022 au printemps 2023
Alors que la guerre s'étire, une petite ville industrielle du Donbass devient, le temps de quelques mois, l’épicentre du conflit. De nos jours, Bakhmout, une ville anonyme d’à peine 70 000 personnes avant la guerre, est tristement célèbre pour avoir été le théâtre d’une des batailles les plus sanglantes du XXIe siècle.

Un soldat ukrainien se repose après des combats dans les environs de Bakhmout, le 11 mai 2023.
Photo : via reuters / RFE/RL/Serhii Nuzhnenko
Enfer sur terre
, hachoir à viande
: les survivants de cette bataille et les analystes ont manqué d’images pour décrire l’intensité des combats qui s'y sont déroulés. On compare Bakhmout à Verdun, une ville française où pas moins de 700 000 soldats français et allemands ont été tués ou blessés lors de la Première Guerre mondiale.
Bakhmout devient aussi le symbole de l’absurdité de la guerre. La plupart des analystes s’entendent pour dire que l’intérêt stratégique de cette ville est limité, voire négligeable. Et pourtant, tant l’Ukraine que la Russie s’arracheront quelques kilomètres de territoire pendant de longs mois, au prix d'immenses pertes.
C’est également lors de la bataille de Bakhmout que le monde fait la connaissance d’Evgueni Prigojine, un homme d’affaires proche de Vladimir Poutine devenu chef de guerre. À la tête du groupe paramilitaire Wagner, qui emploie tant des mercenaires que des prisonniers et des conscrits, Prigojine mène l’assaut sur Bakhmout. C’est lui qui annonce, le 20 mai 2023, la prise totale de cette ville.

Le fondateur du groupe paramilitaire Wagner, Evgueni Prigojine, au moment d'annoncer dans une vidéo la prise de Bakhmout. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / PRESS SERVICE OF "CONCORD\
6. La rébellion avortée de Prigojine, le 24 juin 2023
Pendant la bataille de Bakhmout, Evgueni Prigojine n’a jamais caché sa colère devant le haut commandement russe et le ministère de la Défense, qu’il accuse d’être corrompu. Il se plaint du peu de soutien et du manque de ravitaillement offert à ses troupes.
Ces tensions passent d’escalade en escalade jusqu’à ce que Prigojine annonce, le 23 juin, le début d’un conflit armé
contre le ministère de la Défense russe. Le lendemain, une colonne de blindés qui portent l’insigne du groupe Wagner traverse la frontière en sens inverse. Direction : Moscou.
Les troupes de Wagner parviennent à une centaine de kilomètres de la capitale avant de s’arrêter. Après des négociations menées par le président de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, Evgueni Prigojine met fin à sa rébellion, qui a finalement duré moins de 24 heures.

Le chef du groupe paramilitaire Wagner, Evgueni Prigojine, le 24 juin 2023.
Photo : Reuters / ALEXANDER ERMOCHENKO
Prigojine accepte de céder les rênes de Wagner, dont les combattants doivent intégrer l’armée régulière. Il accepte également de se rendre en Biélorussie.
Deux mois plus tard, le 23 août 2023, un avion qui transporte Evgueni Prigojine et neuf autres personnes s’écrase entre Moscou et Saint-Pétersbourg. Une analyse génétique confirme quelques jours plus tard la mort du chef de guerre.
7. La percée de Koursk, le 6 août 2024
L’année suivante, le conflit devient une guerre à longue portée, les deux parties s'échangeant missiles et drones kamikazes à intervalles réguliers.
Sur le terrain, par contre, le résultat ne fait aucun doute : malgré des victoires modestes, la Russie gagne du terrain.
Le 6 août 2024, l’Ukraine surprend la Russie (et le monde entier) en envoyant deux brigades profondément en territoire russe, dans la région de Koursk. Le but, selon un haut responsable ukrainien, consiste alors à étirer les positions de l'ennemi, à lui infliger des pertes maximales, à déstabiliser la situation en Russie […] et à transférer la guerre sur le territoire russe
.

Un soldat ukrainien du 33e bataillon s'abrite derrière un arbre dans la ville de Soudja, en Russie, le 16 août 2024. Les forces ukrainiennes ont envahi la région de Koursk en août.
Photo : Getty Images / Taras Ibragimov
Pris au dépourvu avec ses forces engagées de l’autre côté de la frontière, le Kremlin demande l’aide d’un allié de longue date : la Corée du Nord. Le régime de Kim Jong-un accepte de prêter des milliers de soldats avec pour mission d’aider à la reprise de Koursk.
Si elle a depuis lors perdu une partie des territoires occupés, l’Ukraine maintient encore à ce jour un contrôle sur cette région. Plusieurs spécialistes croient que ces territoires pourraient servir de monnaie d’échange lors d’éventuelles négociations de paix.
8. Le retour au pouvoir de Donald Trump, le 20 janvier 2025
Donald Trump a été reporté au pouvoir avec la promesse de mettre fin à la guerre en Ukraine, mais sa réélection a surtout marqué la fracture du front commun des forces occidentales contre la Russie.
Le président américain a changé du tout au tout la position des États-Unis à propos du conflit en Ukraine, reprenant la rhétorique du Kremlin sur la responsabilité des autorités ukrainiennes et qualifiant même Volodymyr Zelensky de « dictateur ». Il a plusieurs fois tenté de réécrire l’histoire, entre autres en accusant l’Ukraine d’avoir « commencé » la guerre avec la Russie.

S'adressant aux journalistes après avoir signé des décrets à sa résidence floridienne de Mar-a-Lago, le président Donald Trump a critiqué l'Ukraine le 18 février 2015.
Photo : Getty Images / Joe Raedle
Après une conversation téléphonique avec Vladimir Poutine le 12 février, M. Trump a dépêché une délégation américaine en Arabie saoudite afin de négocier avec la Russie une issue à la guerre. L’Ukraine était absente lors de ces pourparlers.
En filigrane de ces négociations, le président américain essaie de soutirer à Volodymyr Zelensky une entente sur les minerais critiques d’une valeur de 500 milliards $. Les États-Unis prendraient ainsi le contrôle de terres rares afin de se « rembourser » les milliards de dollars envoyés en aide militaire à l’Ukraine depuis le début de la guerre. Le président ukrainien a jusqu’ici fermé la porte à de telles concessions.
La Russie a déjà indiqué qu’elle exigerait, lors d’éventuelles négociations, que Kiev lui cède quatre régions ukrainiennes en plus de la Crimée annexée en 2014 et qu'elle renonce à son projet d’adhérer à l’OTAN. Il s'agit de conditions inacceptables
, ont indiqué les autorités ukrainiennes.
Cependant, la nouvelle administration américaine, M. Trump en tête, a déjà jugé irréaliste
une adhésion de l'Ukraine à l'OTAN, tout comme l'ambition ukrainienne de reprendre les territoires perdus aux mains de la Russie.

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