Capitaine condom à la rescousse : du théâtre pour l’éducation sexuelle des jeunes
Au centre de santé de Flemingdon, dans le nord de Toronto, une vingtaine d’adolescents écoutent attentivement. Affublé d’une perruque blonde et d’une cravate rouge, il poursuit en pointant régulièrement son index vers le haut. Le sketch, créé par l’atelier de théâtre pour jeunes SExT, est intitulé La scène est loufoque, mais elle atteint son but : parler aux jeunes de santé sexuelle tout en captant leur attention. La jeune femme participe à l’atelier SExT depuis le mois de septembre. Comme chaque semaine, elle est venue parler de santé sexuelle et répéter avec les membres de la troupe. Les jeunes s'y déguisent en Qu’il s’agisse d’inviter une collègue de classe à un rendez-vous romantique, de consentement ou de conflits intergénérationnels au sein de familles d’immigrants, les thèmes abordés et les inquiétudes des adolescents sont restés sensiblement les mêmes au fil des ans, selon Shira Taylor, qui est également professeure adjointe à la faculté des changements environnementaux et urbains à l’Université York. La différence principale, précise-t-elle, est l’importance qu'ont prise les réseaux sociaux et la désinformation. Les propos misogynes de certains influenceurs l’inquiètent particulièrement. Des membres de la troupe de théâtre SExT répètent un sketch inspiré du film Barbie. Photo : Radio-Canada Un des sketchs présentés ce soir-là au centre de santé Flemingdon parodie d’ailleurs la chanson I’m Just Ken du film Barbie, rebaptisée par les jeunes We’re Just Men (nous ne sommes que des hommes). Les paroles, modifiées par la troupe, parlent de la difficulté de certains hommes à parler de leurs émotions. Depuis sa création en 2014, la troupe a présenté ses sketchs à plus de 11 000 élèves à travers le pays. Elle se concentre particulièrement sur les communautés où les taux d'infections transmises sexuellement sont élevés ainsi que les communautés de nouveaux arrivants et les communautés autochtones. Surtout qu’au cours des dernières années, les autorités sanitaires canadiennes ont noté une augmentation des cas de certaines infections transmises sexuellement, comme la syphilis et le VIH, à travers le pays. Le nombre total de personnes vivant avec le VIH au Manitoba a augmenté de 52 % entre 2018 et 2021, selon le Manitoba HIV Program. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Prabhjot Lotey L’organisme LetsStopAIDS rapporte également une diminution du port du condom lors de relations sexuelles chez les jeunes. Pour son rapport annuel publié en 2024, l’organisme a sondé 1105 Canadiens de 18 à 24 ans à travers le pays. Selon le document, le pourcentage de jeunes rapportant Deux jeunes canadiens sur cinq sexuellement actifs disent d’ailleurs ne pas se sentir en sécurité ou à l’aise de négocier le port du préservatif lors de relations sexuelles. Si les causes pour expliquer cette situation sont multiples selon Frédérique Chabot, la militante croit que le manque d’éducation sexuelle dans les classes canadiennes y est pour quelque chose. Plus de 10 ans après sa création, la troupe SExT, elle, a toujours le vent dans les voiles. Elle se prépare pour sa tournée printanière dans les écoles de la grande région de Toronto et prévoit de se rendre dans le nord du Québec en mars. Les médias traditionnels ne veulent pas en parler, mais je suis de retour et plus fort que jamais. Je suis tellement populaire que tout le monde peut m’attraper : les hétérosexuels, les homosexuels, les Blancs, les Noirs et même les Mexicains!
, leur lance un homme.Lors d’une relation sexuelle, vous pouvez construire un mur autour du pénis avec un condom.
Capitaine condom
et met en scène le président américain Donald Trump pour parler de VIH.C’est beaucoup moins inconfortable ici qu’à l’école où tout ce qu’on souhaite c’est que [les ateliers d’éducation sexuelle] se terminent le plus vite possible
, lance d’emblée Genesis Sutton, 18 ans, les poignets ornés de bracelets à clous.Capitaine condom
, Karaté chlamydia
et Syphilis sournoise
et jouent des scènes sur le thème de la santé sexuelle qu’ils ont eux-mêmes écrites afin d’aider les adolescents à aborder les questions qui les préoccupent.L’éducation sexuelle traditionnelle n’est pas toujours adéquate. Les jeunes se sentent vraiment déconnectés [par rapport à ce qui est enseigné], surtout au sein des communautés de nouveaux arrivants comme Thorncliffe et Fledmington Park
, explique la fondatrice de l’atelier de théâtre SExT, Shira Taylor.Combattre la désinformation
Ce que nous constatons est que les jeunes ont désespérément besoin d’un espace où ils peuvent penser de manière critique et remettre en cause ces messages auxquels ils sont exposés sur les réseaux sociaux
, dit-elle.
Elle parle du fait que c’est correct de pleurer et de demander de l’aide. C’est important de le rappeler aux garçons parce qu’ils érigent souvent des murs autour d’eux
, affirme Hurriya Hurriya, une participante de 18 ans.Utilisation du condom en baisse
Des initiatives qui font en sorte qu'il y a plusieurs endroits, plusieurs modalités, plusieurs possibilités sur comment cette éducation est faite, c'est extrêmement important
, affirme la directrice générale de l'organisation Action Canada pour la santé et les droits sexuels, Frédérique Chabot.
toujours
utiliser un préservatif est passé de 53 % en 2020 à 24 % en 2024.C'est très inégal à travers le pays. De plus en plus, il y a des [attaques] politiques qui se font sur l'éducation à la sexualité dans nos classes
, déplore-t-elle.Quand j’étais en sixième année, notre enseignant a simplement fait jouer des vidéos YouTube et tous les élèves étaient comme : eeewww. [...] Ce n'est pas comme cela qu'on enseigne quoi que ce soit
, raconte Genesis Sutton.
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