Bris de services en obstétrique : « Je ne souhaite ça à aucune femme »
Il y a cinq mois et demi, Angélik Bertrand devait donner naissance à son petit Mathéo chez elle à Sainte-Anne-des-Monts. Mais faute de personnel au département d’obstétrique de l’hôpital, elle a été transférée à Matane pour accoucher.
C’était hors de notre contrôle et je me sentais impuissante, parce que je ne pouvais rien faire pour changer ça
, se remémore l’Annemontoise.
Je ne souhaite ça à aucune femme, ce que j’ai vécu. C’était stressant encore plus. Il faut trouver des solutions.

Angélik Bertrand et son fils Mathéo Vallée, âgé de 5 mois et demi
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
À Sainte-Anne-des-Monts, le nombre d’accouchements oscille entre 40 et 60 chaque année, ce qui peut-être un frein pour attirer et retenir le personnel spécialisé.
L’an dernier, le département d’obstétrique annemontois a ainsi connu 25 jours de ruptures de services, toutes liées à des enjeux de ressources infirmières, dont à fin de l’année durant la période des Fêtes. Le département sort aussi tout juste d’un autre bris de services qui aura duré plusieurs semaines.
Cette situation, tout comme son histoire, motive donc Angélik Bertrand à chercher des pistes de solutions pour éviter que d’autres femmes vivent son expérience d’accouchement.
C’est pourquoi elle siège, en tant que patiente partenaire, sur le comité de travail formée par le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Gaspésie, pour se pencher sur la question et ultimement mettre en place des solutions pour que les femmes enceintes puissent accoucher chez elles.
Je voulais vraiment donner mon point de vue, parce que je l'ai vécu et ça fait vraiment pas longtemps, donc je baigne encore dedans […] J’aimerais bien y contribuer pour éviter que ce genre de situation réarrive de sitôt
, explique-t-elle.

Le département d'obstétrique sort aussi tout juste d’un autre bris de services qui aura duré plusieurs semaines.
Photo : Radio-Canada / Myriam Ouellette
Remue-méninges
Le comité de travail s’est rencontré pour la première fois mardi. En plus d’une patiente comme Angélik Bertrand, une quinzaine d’intervenants – médecin de famille, infirmière, gestionnaires, élu, représentant syndical et organisme local – prennent part au comité de travail.
Cette première rencontre se voulait un remue-méninges avant de trouver et de mettre en place des solutions.
C’était convivial et on sentait que tout le monde avait quelque chose à dire […] que tout le monde voulait mettre la main à la pâte
, témoigne Laurence Dufour, codirectrice de la Maison des familles de Sainte-Anne-des-Monts, qui siège aussi au comité de travail.
Mme Dufour indique avoir constaté que le CISSS était en posture d’écoute, ce qui a facilité les échanges entre les différents intervenants, selon elle.
Le fait que ce soit des gens de milieux diversifiés qui sont assis autour de la table, ça dénote quand même une volonté d’avoir des points de vue différents
, ajoute-t-elle.
La direction du CISSS gaspésien ne s’avance pas sur la fin de ces travaux, mais elle aimerait les appliquer aussitôt qu’elle le pourra.
Certaines solutions vont peut-être être plus faciles à travailler, à mettre en application, ou d’autres vont pas mal demander des travaux plus exhaustifs, entre autres celles où on va impliquer les instances syndicales, alors ça va venir influencer notre échéancier. M ce qu’on souhaite, c’est de le faire dans le meilleur délai possible
, explique le président-directeur général adjoint du CISSS, Jean St-Pierre.

Jean St-Pierre est le président-directeur général adjoint du CISSS de la Gaspésie. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Roxanne Langlois
M. St-Pierre assure aussi que pour l’exercice d’équilibre budgétaire en cours, où le CISSS de la Gaspésie doit retrancher 40 millions de dollars, les services cliniques ne sont pas visés.
On est en train de regarder comment on peut faire mieux, mais du côté administratif. On n’est pas en train de regarder pour des coupures de services, surtout du côté de l’obstétrique de Sainte-Anne-des-Monts
, affirme-t-il.
Déjà vu
Le maire de Sainte-Anne-des-Monts, Simon Deschênes, était également de la partie mardi.

Par ailleurs, Simon Deschênes salue la proactivité du CISSS dans l'organisation de ces rencontres. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
Il rappelle que l’hôpital a vécu le même problème il y a une douzaine d’années. À l’époque, l’intervention du gouvernement québécois a été nécessaire, ce que le maire demande aujourd’hui.
M. Deschênes aimerait notamment que le ministre de la Santé s’inspire de ce qui se fait déjà pour les soins dentaires dans la région. Le modèle de la clinique communautaire dentaire est récent. C’est un projet-pilote dédié à la Haute-Gaspésie avec un financement récurrent qui provient du ministère de la Santé
, rappelle-t-il.
On a déjà joué dans ce film-là! […] C’est une situation particulière en Haute-Gaspésie, donc ça prend une attention particulière et des mesures particulières.
La prochaine rencontre sera consacrée aux pistes de solutions. Elle doit avoir lieu dans les prochains jours, soit d’ici la fin de la semaine ou la semaine prochaine.
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